Laurent Blanc en mauvaise posture

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Après les démentis, vendredi, de Laurent Blanc et d'une partie du staff de la Fédération française de football, Médiapart a décidé de passer à l'étape suivante en diffusant, samedi, le verbatim de la réunion du 8 novembre, au cours de laquelle a été évoquée la mise en place de quotas discriminatoires. De quoi mettre dans l'embarras le sélectionneur de l'équipe de France.

Le problème de la double-nationalité

On attendait des preuves et Médiapart n'aura mis que deux jours avant de se décider à les livrer au grand public. Ainsi, samedi matin, le site d'informations publie le verbatim de la réunion du 8 novembre 2010 ayant confronté Laurent Blanc, François Blaquart, Erick Mombaerts ainsi que Francis Smerecki.  A la lecture du document, on découvre que les cadres techniques ont bien abordé le sujet de la double-nationalité. "Est-ce qu'on s'attelle au problème et on limite l'entrée du nombre de gamins qui peuvent changer de nationalité ?", aurait donc questionné Erick Mombaerts, entraîneur de l'équipe de France Espoirs.

Blaquart : "On peut baliser sur une espèce de quota. Mais il ne faut pas que ce soit dit."

"Moi j'y suis tout à fait favorable, aurait répondu Laurent Blanc. Sincèrement, ça me dérange beaucoup [...] A mon avis, il faut essayer de l'éradiquer. Et ça n'a aucune connotation raciste ou quoi que ce soit. Quand les gens portent les maillots de l'équipe nationale des 16 ans, 17 ans, 18 ans, 19 ans, 20 ans, Espoirs, et qu'après ils vont aller jouer dans des équipes nord-africaines ou africaines, ça me dérange énormément." Et Monbaerts de répliquer : "Donc il faut 30% ? Un tiers de gamins qui peuvent changer (de nationalité, ndrl) ?"  "On peut baliser, en non-dit, sur une espèce de quota. Mais il ne faut pas que ce soit dit", aurait proposer le directeur technique national François Blaquart. Des révélations qui ont de quoi mettre la Fédération française de football en bien mauvaise posture.

Une politique discriminatoire

De son côté, Francis Smerecki, le sélectionneur des moins de 20 ans, aurait dénoncé une politique discriminatoire : "Si le mec a envie d'être international, c'est quand même normal qu'il aille vers un pays où il va pouvoir jouer. Je pense que c'est humain quand même". Et d'ajouter : "Ce qui me gêne sur le fond, c'est (qu'il y a) celui qui a la possibilité d'être français-français et d'aller avec Laurent (Blanc, ndlr), et celui, parce qu'il n'a pas assez d'aptitudes et de talent pour aller avec Laurent et qui va aller dans un autre pays, et c'est celui-là que vous voudriez éliminer. C'est impossible !"

Blanc : "Qu'est-ce qu'il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ? Les blacks."

Toujours selon Médiapart, la discussion se serait un peu emballée et Laurent Blanc aurait tenté de s'expliquer de manière un peu sèche : "On veut pas éliminer les étrangers, pas du tout, mais faire en sorte que les pôles Espoirs ou les pôles de la DTN testent sur des critères mieux définis pour pouvoir attirer d'autres personnes, parce que si on a toujours les mêmes critères, y aura toujours les mêmes personnes (...) Qu'est-ce qu'il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ? Les blacks. Et c'est comme ça. C'est un fait actuel. Dieu sait que dans les centres de formation, dans les écoles de football, ben y en a beaucoup (...) Je crois qu'il faut recentrer, surtout pour des garçons de 13-14 ans, 12-13 ans, avoir d'autres critères." Francis Smerecki aurait alors reproché à Laurent Blanc de confondre "équipes de France" et "football français". Il aurait poursuivi agacé : "Aujourd'hui, ceux-là (les Blacks, ndlr), si on les enlève... je sais pas si on a une division."

Ces dernières révélations, plutôt embarrassantes pour les instances dirigeantes du football français, n'ont pas encore été commentées par les principaux intéressés. Mais il y a fort à parier que la polémique ne va pas en rester là.

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Isabelle Trancoën