Knysna, quenelle et choix de carrière : Nicolas Anelka lève le voile dans son documentaire événement

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Anelka profil 2014
Nicolas Anelka | AFP

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Dix ans après la débâcle de Knysna, provoquée par son exclusion du groupe France suite à une altercation avec Raymond Domenech, Nicolas Anelka livre ses vérités dans un documentaire événement, disponible sur Netflix. Son exclusion du groupe France en 2010, sa quenelle en 2013 et les choix controversés de sa carrière : l’ancien attaquant n’élude aucun sujet et donne sa version des faits dans un récit auto-centré qui casse un peu son image d'enfant terrible du foot français.

Plus de dix ans après les faits, beaucoup de mystères entourent encore la débâcle des Bleus lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Si le sélectionneur d’alors, Raymond Domenech, a depuis longtemps raconté sa version des faits, on attendait encore celle de Nicolas Anelka. L’attaquant français avait prévenu : dans un documentaire lui étant consacré, il la donnerait, sans détour. Ce qu’il a fait, sans préciser toutefois les propos exacts qu’il a tenu à Domenech lors de la tristement fameuse mi-temps du France-Mexique.

Une frustration accumulée

Dans le documentaire, où il apparaît comme un père de famille assagi qui reconnaît ouvertement ses erreurs, Anelka raconte la montée en puissance du conflit avec Domenech. Avant le Mondial, lors d’une visite à Londres, le sélectionneur lui avait expliqué qu’il serait le titulaire. Anelka assure lui avoir alors expliqué que jouer seul en pointe ne correspondait pas à ses qualités, ce que Domenech s’est obstiné à faire. Résultat : ça ne fonctionnait pas sur le terrain, et la frustration s’est accumulée selon le joueur, à tel point qu’il souhaitait déjà quitter le groupe France lors du stage de préparation en Tunisie.

Finalement convaincu par Evra de rester, il arrive avec les Bleus en Afrique du Sud. “On vivait bien ensemble, on avait envie de se retrouver, de faire quelque chose de bien. C’était un groupe sein. Ambiance magnifique, on rigolait", assure Anelka, loin de ce qui a été écrit sur le sujet. Sur le terrain, en revanche, ça ne se passe pas bien et Anelka, seul en pointe, décroche trop, ce qui irrite son sélectionneur. Il se justifie ainsi : “Rester en pointe pour moi, ce n’était pas la solution. C’était être victime de tout ce qui se passait, et je déteste être victime sur le terrain", tout en reconnaissant : "Je suis conscient que mes prestations ne sont pas terribles".

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Arrive alors la mi-temps du France-Mexique. Anelka raconte : “Je rentre frustré dans le vestiaire : je n’ai pas un ballon, on n’arrive pas à jouer. Tout d’un coup le coach entre, et il sort mon nom. Là avec toute la frustration accumulée, c’est sorti. Je n’admets pas que tu sortes mon nom presque comme si j’étais l’ennemi public numéro 1. Comme si c’était de ma faute. J’ai senti une agression. Il doit savoir que la frustration est là, qu’à l’intérieur je suis un volcan”, explique le joueur qui nie les propos rapportés par l’Equipe en Une, sans préciser ce qu’il aurait dit à ce moment-là. "Si j’avais dit ce qui est sorti dans la presse, j’aurais assumé. J’ai toujours assumé ce que j’ai dit et tout ce que j’ai fait".

Dans sa version des faits, Nicolas Anelka assure également qu’il est totalement étranger à la grève décrétée par ses coéquipiers suite à son expulsion du groupe France. Il ajoute avoir cherché à organiser une réunion d’explication avec Domenech, appuyé par William Gallas : “L’entraîneur a fui. Tout le monde le cherchait dans l’hôtel pour qu’il y ait cette réunion”. Le documentaire évoque aussi la suite, moins connue, et notamment le dénouement judiciaire qui a reconnu que les propos à la Une de l’Equipe étaient diffamatoires. Anelka est alors dépeint en victime idéale de ce fiasco, notamment par Robert Pirès, lui aussi en froid avec Domenech, qui sous-entend que cela arrangeait bien le sélectionneur : “On n’a plus parlé de ce qu’il se passait sur le terrain. Il n’y avait plus qu’une affaire : l’affaire Anelka”. 

De son cauchemar à Madrid à la quenelle en 2013

Dense, le documentaire retrace toute la carrière de Nicolas Anelka au delà de ce triste épisode sud-africain. De son départ fracassant du PSG à sa quenelle en 2013 sous le maillot de West Bromwich, en passant par ses passages réussis à Arsenal, Liverpool et Chelsea, ou raté au Real Madrid. En ce qui concerne la quenelle effectuée pour célébrer un but en 2013 avec West Bromwich, alors que l’affaire Dieudonné secoue la France, Anelka précise qu’elle était destinée à son ancien entraîneur, viré avant le match et qui l’avait écarté : “Quand je fais la quenelle, c’est pour lui. (…) Prends-la là où je pense. (...) Je n’avais pas la télé française. Je n’étais pas au courant de ce qu’il se passait”. Le Français écope de cinq matches de suspension, et de 100 000 euros d’amende. 

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Visiblement assagi, et sans éluder les sujets, Anelka revient sur chaque polémique qui ont jalonné sa carrière en 1h30. Il justifie ainsi son départ du PSG à 17 ans pour gagner du temps de jeu à Arsenal, dément les accusations de “clan Anelka”, explique avoir été dépassé par son statut de star à 20 ans au Real Madrid, affirme qu’il aurait souhaité rester à Liverpool mais que Gérard Houllier n’en voulait plus… Anelka revient aussi sur sa vie tumultueuse en Bleu : privé du Mondial 1998, mais champion d’Europe 2000 “sans avoir rien apporté”, selon ses mots. Il évoque aussi sa brouille avec Jacques Santini qui est venu le voir pour lui dire qu’il ne le sélectionnerait pas parce qu’il “ne le connaissait pas”. “J’ai joué au PSG, à Arsenal, au Real Madrid : et tu ne me connais pas ?”, ironise le joueur.

Au détour d'anecdotes et de témoignages d’anciens joueurs et entraîneurs qui l’ont côtoyé, mais aussi de son ami d’enfance l’acteur Omar Sy, un autre visage d’Anelka est effectivement dépeint dans ce documentaire. Un visage méconnu qui prend toute sa dimension lorsque le joueur évoque le titre de l’Euro 2000 et sa frustration d’avoir gagné sans être bon, ou son penalty raté lors de la finale de Ligue des champions entre Chelsea et Manchester United en 2008. Evidemment, il s’agit d’un documentaire dédié aux joueurs, destiné à rétablir sa version des faits. Mais il n’en demeure pas moins intéressant de découvrir la personnalité d’un des meilleurs attaquants français de sa génération, souvent caricaturé pour son côté "badboy".

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