France - Ukraine : manque de rythme, prévisibilité... Les limites du système Deschamps face aux équipes regroupées

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Didier Deschamps vs Ukraine
Derrière le masque, la moue de Didier Deschamps au coup de sifflet final. | Anne-Christine Poujoulat / AFP

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Tenue en échec par l’Ukraine ce mercredi 24 mars (1-1), l’équipe de France de football a débuté sa campagne de qualification pour la Coupe du monde 2022 par un raté indigne de son statut. Peut-être malchanceux sur l’égalisation ukrainienne, les Bleus ont néanmoins manqué de tranchant face à un adversaire largement à leur portée. Un schéma trop souvent entrevu sous Didier Deschamps face à des blocs regroupés.

Rien à voir avec le dernier rendez-vous. Quand les Bleus quittaient la pelouse du Stade de France le 7 octobre dernier enorgueillis par un succès facile (7-1), ils ne se doutaient sûrement pas que l'Ukraine réussirait à accrocher le match nul à peine six mois plus tard dans la même enceinte (1-1). Ce mercredi 24 mars, l'équipe de France a été surprise dès son tout premier match de qualification pour la Coupe du monde 2022 par un adversaire largement à sa portée.

Un manque de réalisme ou une animation défaillante ?

Cette fois, l'Ukraine jouissait d'un effectif bien plus conséquent, laissé un peu plus tranquille par les cas de Covid-19. Contrairement à octobre dernier, les jaune et bleu n'avaient pas à inscrire l'entraîneur des gardiens Oleksandr Shovkovskiy (46 ans) sur la feuille de match... Mais cela ne saurait suffire à expliquer les difficultés éprouvées par l'équipe de France à d'abord concrétiser une avance rapidement acquise (Griezmann, 19e), puis à reprendre les choses en mains après avoir encaissé un but contre son camp clairement malchanceux (Kimpembe, 57e).

"On aurait dû se mettre à l'abri en première période. On a eu des occasions, après ça il nous a sans doute manqué un peu de peps en seconde période", a estimé Didier Deschamps après la rencontre. Pour le sélectionneur des Bleus, ses joueurs n'étaient "pas au top de la fraîcheur" et pas question de pointer des lacunes dans l'animation offensive. "On a cinq occasions nettes, avec 18 frappes mais seulement trois cadrées. Ce n'est pas forcément quand il y a le plus de joueurs offensifs que ça marche", s'est-il défendu après les prestations particulièrement discrètes de Kylian Mbappé et d'Olivier Giroud (aucun tir cadré à eux deux). Les entrants Anthony Martial et Ousmane Dembélé n'ont guère gratifié les téléspectateurs de plus de réjouissances.

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Mais la question de l'animation offensive dépasse celle du strict choix des joueurs, du nombre d'atouts offensifs alignés dans le onze de départ ou encore du spectacle offert par les acteurs. Comme souvent, l'équipe de Deschamps, championne du monde en titre et réputée pour son vivier exceptionnel, a paru très loin d'exploiter son plein potentiel face à un adversaire regroupé et organisé en bloc bas. En septembre 2016 contre la Biélorussie, les Bleus avaient déjà débuté leur précédente campagne de qualification pour la Coupe du monde par un match nul contre un adversaire plus faible mais décidé à éviter la défaite (0-0). Dans un autre contexte, lors du Mondial 2018, ils avaient rendu une prestation sans saveur contre un Danemark venu pour ne pas perdre (0-0).

La leçon d'adaptation de Shevchenko

Cette rencontre insipide avait rapidement été rangée au placard par l'ajout d'une deuxième étoile au palmarès français. Mais la force de l'équipe championne du monde était sa capacité à se projeter dans la profondeur rapidement avec Paul Pogba en rampe de lancement pour Kylian Mbappé dans le dos de la défense adverse, particulièrement criante dans le succès fondateur contre l'Argentine (4-3). Face à l'Ukraine ce mercredi soir, ces espaces étaient couverts par un bloc très bas fondé sur une défense à trois axiaux (Matvyenko-Kryvtsov-Zabarnyi), limitant le terrain de jeu des fusées Coman et Mbappé.

Le sélectionneur ukrainien Andriy Shevchenko a avoué s'être servi de la défaite 7-1 d'octobre dernier pour échauffauder un nouveau plan. "On a travaillé en lien avec les analystes vidéo pour donner des indications aux joueurs défensifs. Les Français ont beaucoup de talent dans le un contre un. Proposer des lignes compactes était une solution à ce problème", a expliqué l'ancien Ballon d'Or. Didier Deschamps a d'ailleurs semblé décontenancé par l'adaptation tactique de l'adversaire du soir.

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"C'est une équipe venue pour bien défendre et c'est la première fois qu'on les voyait dans cette organisation sur leurs vingt derniers matchs", a reconnu le sélectionneur des Bleus qui, comme d'habitude, n'a pas touché à ses convictions. En plus de garder un dispositif en 4-2-3-1 et des défenseurs centraux de formation sur les côtés, "DD" a même ressorti du placard son idée de placer un milieu axial au poste d'ailier. Après Blaise Matuidi et Moussa Sissoko, c'est à Adrien Rabiot qu'il a confié ce rôle (il a joué à gauche à partir de l'heure de jeu), sans succès.

Deschamps et l'art du réchauffé

Dans l'animation, ses joueurs ont été capables de produire quelques séquences de passes rapides et propres, mais ils n'ont pas réussi à créer des brèches significatives en faisant bouger le bloc adverse. Peut-être aussi que les joueurs étaient tous trop proches les uns des autres pour étirer assez la dernière ligne jaune. Et à l'image d'un jeu trop souvent porté à droite ou des dribbles manqués de Dembélé, tout était assez prévisible. La seule fois où les Bleus sont sortis d'un schéma convenu, ils ont marqué grâce à une frappe de l'extérieur de la surface d'Antoine Griezmann. Et si Deschamps arguera que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleurs soupes, ses recettes sentent très souvent le réchauffé.

Equipe de France de football