Nacho Monreal
Nacho Monreal, le latéral de la Roja | AFP - FRANCK FIFE

France-Espagne, la différence vient aussi du banc

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La marge entre l'Espagne et la France s'est réduite depuis le quart de finale du dernier Euro, mais elle est encore là, bien présente comme vient le rappeler la défaite de mardi soir. Si la Roja l'a emporté, elle le doit autant à ses hommes forts (Alonso, Xavi, Iniesta…) qu'à ses remplaçants (Valdes, Monreal). Cette profondeur de banc est un atout qui manque encore aux Bleus à l'heure notamment où le cas Benzema fait débat.

Monreal. Très peu de supporters français, seuls les connaisseurs du championnat espagnol et d'Arsenal à vrai dire, devaient connaître ce nom au moment de l'annonce de la composition des équipes. Mardi soir au Stade de France, Nacho Monreal, ce latéral gauche formé à Osasuna, passé et révélé à Malaga avant d'atterrir chez Arsène Wenger cet hiver, a pourtant crevé l'écran. Passeur décisif sur le but de Pedro, il est le symbole de l'impressionnant vivier espagnol. Jordi Alba, habituel titulaire dans le couloir gauche, qui avait éclaté aux yeux du monde l'été dernier, absent, Monreal a assuré l'interim. Mieux que bien. Et le cas n'est pas isolé. Casillas blessé à la main gauche. Pas de problème, Victor Valdès est là. Le gardien du Barca a été décisif, stoppant toutes les tentatives bleues.

L'un des soi-disant maillons faibles de cette équipe, tout de même cinq fois vainqueur du trophée Zamora récompensant le meilleur gardien de Liga, a soutenu la comparaison avec son homologue français Hugo Lloris, un des hommes forts de Didier Deschamps. Le sélectionneur tricolore a du jalouser Vicente Del Bosque quand il a vu Villa sortir au profit de Jesus Navas qui a martyrisé Patrice Evra, pièce essentielle de DD et titulaire à Manchester. Pedro, le buteur retourne sur le banc, Cesc Fabregas entre. Dernier symbole de cette incroyable richesse, Mata, titulaire indiscutable à Chelsea et meilleur passeur de Premier League, n'a eu droit qu'à deux minutes de jeu. Et encore David Silva, maître à jouer de Manchester City, était suspendu. Cette marge de manœuvre, ces innombrables possibilités, dont jouit Del Bosque, Deschamps ne les a pas et cela pèse, presque autant que la philosophie et la maîtrise ibérique.

Pogba et Varane, un bien pour un mal

Paul Pogba et Raphaël Varane. Les deux petits nouveaux ont prouvé qu'ils étaient à la hauteur de l'équipe de France contre la Georgie et l'Espagne. Le milieu de terrain de la Juventus a régné sur l'entrejeu face aux Georgiens, avant d'afficher sa technique et sa solidité contre la Roja, dans un rôle de sentinelle qui n'est pas le sien en club. Malheureusement la jeunesse ne remplace pas encore l'expérience comme le prouve son expulsion suite à deux cartons jaunes reçus en deux minutes. L'expérience, justement, Varane n'en a pas en Bleu et pourtant il a été irréprochable sur les deux matches. Tout juste peut-on lui reprocher son occasion manquée sur corner en seconde mi-temps face à la Roja. Mais son jeu de tête et la précision de ses relances ont rassuré une arrière-garde bleue qui n'en finissait plus d'être en chantier depuis 2006 et le duo Gallas-Thuram.

Si tout le monde se félicite de l'ascension de ces deux phénomènes, il illustre aussi en creux la faillite de toute une génération qui peine à confirmer. Sakho semblait avoir convaincu Deschamps qui l'avait systématiquement titularisé depuis sa prise de fonction, mais le Parisien était sur le banc mardi. Koscielny alterne le bon et le moins bon, sans parler de Rami et Mexès. L'assurance de Pogba pourrait bien aussi avoir ringardiser des noms sur lesquels de nombreux observateurs misaient. Où sont les Diaby, Diarra, M'Vila, Nasri autrefois alignés par Laurent Blanc? Le premier se soigne encore et toujours, le deuxième est à Rennes pour remplacer M'Vila qui a fui la France et les polémiques pour la Russie (Rubin Kazan). Le dernier n'est même plus titulaire à City.

Qui quand les titulaires souffrent?

1012 minutes sans marquer. Un nombre qui gifle la figure de Karim Benzema, l'option numéro 1 de Didier Dechamps en attaque. Le Madrilène est muet et l'opinion publique commence à s'impatienter. Les sifflets qui ont plu sur sa tête au moment de sa sortie mardi le prouvent. Déjà face à la Georgie, il avait raté deux faces-à-faces. Sa participation au jeu, intéressante contre la Roja, ne masque pas le manque de confiance, lui, criant. Pourtant, en le maintenant contre vents et marées, Deschamps envoie un message : qui d'autre à part lui? Giroud? L'attaquant d'Arsenal a bien marqué contre la Georgie, mais après avoir raté une action seul face au but. S'il a inscrit le but égalisateur en Espagne, sa titularisation pour le retour, réclamée par les détracteurs du Benz, n'avait rien d'obligatoire. Surtout au vue de la physionomie de la rencontre, où il fallait bonifier chaque ballon récupéré. A ce jeu-là, malgré les critiques, Benzema a prouvé qu'il avait largement le niveau. Techniquement, il reste l'un des (le?) meilleurs Bleus et cette qualité ne se retrouve pas chez ses remplaçants qui patientent sur le banc.

Les cas Valbuena et Ribéry ne se discutent pas. Ils sont les moteurs de l'équipe depuis quelques mois, mais derrière eux, ce n'est pas morne plaine, mais presque. Indéboulonnable sur l'aile gauche, Francky est au top, mais si le coup de mou, que connaît Benzema, le touchait, il faudrait songer à un remplaçant. Ce ne sont pas les entrées de Jérémy Menez, ni son temps de jeu au PSG, qui vont inciter le sélectionneur à en faire un titulaire bis, au détriment d'un Dimitri Payet qui n'a pas joué une seule seconde en deux rencontres. Hatem Ben Arfa et Romain Alessandrini, deux potentiels sélectionnables, sont blessés pour un long moment. Idem pour Valbuena. DD a remis en selle un joueur sous-utilisé par Blanc (il n'a pas joué une seule minute à l'Euro 2012) qui s'est imposé au cœur du jeu. Ce poste d'organisateur en chantier depuis la retraite de Zidane en a vu des prétendants. Valbuena en est pour l'instant l'occupant, mais si la méforme pointait son nez, il faudrait ressortir du fond du placard Gourcuff et Nasri.

Il va pourtant falloir trouver

Multiples côté espagnol, les solutions ne sont pas légions de l'autre côté des Pyrénées. Pourtant, Deschamps va devoir en trouver pour les prochaines rencontres de qualification au Mondial en septembre. Paul Pogba, Blaise Matuidi et Yohan Cabaye, le trio titulaire dans l'entrejeu face à la Roja, sera suspendu contre la Géorgie (6 septembre). Deschamps sera donc dans l'obligation de repenser totalement le cœur du jeu.

Dans son malheur et sa réflexion, le sélectionneur bénéficiera de deux galops d'essai au mois de juin lors de la tournée sud-américaine. Les rencontres face à l'Uruguay (mercredi 5 juin) et le Brésil (dimanche 9 juin) feront office de tests à un an du Mondial et permettront à certains (Matuidi) de souffler après une saison épuisante. Les autres qui jouent peu (Payet) ou qui sont blessés ou disparus (Diaby, Lassana Diarra) pourraient réapparaître et ainsi jouer un rôle dans la route qui mène au Brésil. Reconstruire encore et toujours.