Evra Abidal
Patrice Evra et Eric Abidal, têtes basses. | CHRISTOPHE SIMON / AFP

Evra & Abidal : La fin du voyage ?

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Si les Tricolores ne se qualifient pas pour la Coupe du Monde 2014, la rencontre de ce mardi soir face à l'Ukraine pourrait bien marquer l'épilogue des carrières internationales d'Eric Abidal, 34 ans, et de Patrice Evra, 32 ans. Portraits croisés de deux Coqs qui cumulent les similitudes, sans toutefois véhiculer la même image.

Qu'il y a t-il de plus triste, lorsque l'on est footballeur international, de clôturer sa carrière sur une élimination de coupe du monde ? Franck Sauzée, jamais rappelé en équipe de France après le camouflet de 1994 et la défaite face à la Bulgarie, pourrait vous en parler. Quant à David Ginola, s'il a été de nouveau convoqué après la piteuse élimination des joueurs de Gérard Houiller, il ne s'en est jamais vraiment remis. Ce mardi soir, à l'issue du match retour des barrages de la coupe du monde 2014, Patrice Evra et Eric Abidal pourrait connaître le même sort. Si les Bleus n'inversent pas la tendance contre l'Ukraine, ils devront attendre jusqu'en 2016 et l'Euro en France pour disputer une nouvelle rencontre officielle. Evra aurait 35 ans, et Abidal 37, et ne feront, pratiquement à coup sûr, pas partie de l'aventure. On parle de deux joueurs français qui, s'ils ont marqué leur décennie, laisseront des souvenirs contrastés. Explications. 

Evra, dans l'ombre d'Abidal

Les défenseurs de Monaco et de Manchester United ont ceci en commun d'avoir explosé au poste de latéral gauche. Passés par le club de la principauté, ces deux gauchers ont néanmoins montré dès leurs débuts des aptitudes bien différentes.

Plus largement porté vers l'avant, le Red Devil, qui signe son premier contrat pro à Marsala (Sicile), commence au poste d'ailier gauche. Après un bref passage à l'AS Monza (Italie), Evra rejoint l'OGC Nice, où il est reconverti latéral gauche. Sur le flanc de la défense azuréenne, il réalise une excellente saison et est même élu meilleur joueur de la saison à son poste. Avec la suite que l'on connaît : l'épopée européenne de l'AS Monaco et la signature à Manchester United. Toutefois, il est admis qu'Evra est plus reconnu pour ses qualités de contre-attaquant que de défenseur. A l'inverse d'un Eric Abidal qui, en plus d'être intraitable en un contre un (du moins dans des grandes années à Lyon), jouit d'un excellent sens du placement. 

Nous parlons ici de deux joueurs aux qualités bien différentes. Paolo Maldini, qui regrettait récemment la propension croissante des latéraux à "vouloir attaquer avant de savoir bien défendre", aurait certainement une petite préférence pour Eric Abidal. D'ailleurs, lors de la Coupe du Monde 2006, Domenech l'a eu lui aussi. Excellent à Lyon, le natif de Saint-Genis Laval est resté devant Evra dans l'esprit du sélectionneur, qui souffrait de la concurrence offerte par Gaby Heinze à Manchester United. 

Au contraire de Patrice Evra, Eric Abidal a donc joué une finale de coupe du monde. En 2006, les Français ont vibré avec lui, et à ce titre, il jouit d'une côte de popularité largement supérieure à celle du joueur des Red Devils. Mais là n'est pas la seule raison. 

Les casseroles d'Evra, le miracle d'Abidal

Si le match entre les deux hommes se jouait à la réputation, Abidal battrait Evra à plate couture. Pourquoi ? Les raisons sont pléthores. D'abord, l'ancien Lillois a joué dans le grand Barcelone, qui a presque tout gagné entre 2007 et 2012, et forcé l'admiration des acteurs du monde du foot. Aussi, car il est bien plus discret que son homologue de Manchester, qui n'a jamais lésiné à lancer des pavés dans la marre, à allumer ses détracteurs (Domenech, Pierre Menes) et dont les petites aventures nocturnes ont été révélées dans la presse (The Sun en Avril 2013). Et puis, il y a eu 2010 et le malheureux épisode de Knysna. Patrice Evra, promu capitaine par Raymond Domenech, a été l'un des principaux instigateurs de la mutinerie en Afrique du Sud. 

Enfin, Eric Abidal, qui a subit en mars 2012 une greffe de foie, possède une côte de sympathie (voire de compassion) inégalable. Largement loué pour son courage et son abnégation, l'ancien Lyonnais restera comme celui qui a mis la tumeur à genoux, pour revenir à un niveau tout à fait acceptable. Voilà un point sur lequel Evra ne pourra jamais lutter. 

Jean Charbon