Equipe de France féminine
Les Françaises Gaëtane Thiney, Laure Boulleau et Sabrina Dellannoy | AFP - JONATHAN NACKSTRAND

Encore raté pour Les Bleues

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L’équipe de France féminine n’ira pas au bout de son rêve. Une nouvelle fois. Les Bleues ont été éliminées en quarts de finale d’un Euro qu’elles avaient abordé en favorites. Comme au Mondial, aux JO ou lors du précédent Euro, elles ont flanché dans le "money time". Il leur manque encore ce petit quelque chose, ce brin de réussite, ce mental, qui leur ouvrirait la route vers un premier titre qui continue de les narguer.

"On est champion de rien". Bruno Bini s’était empressé de calmer l’enthousiasme de tout le monde durant la phase de poules. Une semaine après, sa phrase résonnera encore dans les têtes de ses joueuses. Oui l’équipe de France féminine ne soulèvera pas encore un premier trophée qu’elle convoite et qu’on lui promet depuis quelques années. Notamment depuis cette quatrième place lors de la Coupe du monde 2011 qui les avait révélées aux yeux du grand public. On s’était pris d’affection pour ces joueuses dont l’Euro en Suède devait être la consécration. Une récompense pour une génération qui arrivait enfin à maturité.

Qui était programmée pour gagner. Hormis un dernier couac contre l’Australie (2-0) juste avant l’Euro, la confiance était bien là avant d’arriver en Suède pour y disputer ce cinquième championnat d’Europe d'affilée. Et après un premier tour brillamment mené (3 victoires, 7 buts marqués, 1 seul encaissé), la route des Bleues s’est brusquement arrêtée. Contre des Danoises, invité surprise, qui a mis en lumière les failles de l’équipe de France. Toujours les mêmes. Pour une déception à chaque plus grande. "C'est un peu irréel, mais là je ne suis pas encore consciente que l'on est éliminées", assurait encore sonnée Gaëtane Thiney.

Cette réussite qui ne sourit pas

Louisa Nécib pensait avoir fait le plus dur. Égaliser alors que son équipe était menée depuis la 28e minute. Son penalty a un quart d’heure du terme concrétisait enfin la domination, jusqu'ici stérile, des Bleues. Un chiffre pour l’illustrer : la France a tiré 22 fois, les Danoises… 4. Ce schéma rappelle tristement celui de la demi-finale des derniers JO de Londres où face aux championnes du monde en titre, le Japon, la bande à Bini avait multiplié les occasions d’égaliser à 2-2 avec en point d’orgue, ce penalty raté par Elise Bussaglia. Face au Danemark, c’est Camille Abily qui a touché du bois sur coup-franc. A chaque fois, "il manque ce but" a souligné fataliste Gaëtane Thiney et ce soupçon de chance qui ferait basculer la rencontre du bon côté.

Conclure, le mal des Bleues. Le scénario se répète compétition à compétition, sans que la leçon ne soit retenue. Les exemples ne manquent pas. Dans la petite finale aux JO, les Françaises avaient fait le siège du but canadien avant de se faire surprendre en fin de rencontre sur l’unique tir cadré des Canadiennes. Face à un adversaire qui attend devant son but, les Bleues buttent. Irrémédiablement. Un constat mis en lumière par Bruno Bini. "Après, à un quart d'heure de la fin les autres attendent les tirs au but. J'ai revécu ce qu'il s'était passé en 2009 quand les Pays-Bas avaient fait la même chose (en quarts de finale, ndlr). Les tirs au but, c'est un coup les uns, un coup les autres ». Malheureusement pour les Françaises, ça fait deux fois que "les autres" lèvent les bras à la fin.

Un mental défaillant

Attendues les Bleues l’étaient. Ambitieuses aussi. Un statut qu’il a fallu assumer. Pendant la phase de poules, cela n’a pas posé de problèmes. Mais au moment d’aborder les matches couperets, le groupe a affiché ses limites. Tendues, crispées, elles ont déjoué pendant la première mi-temps, malmenées par des Danoises sans complexe. Débarquées en Suède par la petite porte à la faveur d’un repêchage, comme leur homologue masculin en 92, elles ont joué avec l’envie de celles qui n’ont plus rien à perdre. L’exact contraire de la France. Etre favori c’est bien, l’assumer c’est mieux. Et ne pas se croire arriver, encore mieux.

Les Bleues ont-elles été coupables d’un pêché d’orgueil ? Peut-être à en croire les déclarations de Camille Abily ou de Wendy Renard au micro d’Eurosport après l’élimination. "On se voyait déjà en finale, ça s’était dégagé avec l’Allemagne de l’autre côté du tableau", a déclaré la milieu lyonnaise. "Peut-être aussi qu’on nous a vues trop tôt en finale, je répétais depuis le début qu’il fallait y aller étape par étape", a corroboré sa coéquipière à l’OL. Incapables de se muer dans la peau des favorites, elles ont raté le coche. Et ce n’est pas la "bonne image de la discipline" laissée par les joueuses, selon Bruno Bini, qui devraient les consoler.

L’avenir

Maintenant qu’elles sont en vacances, les Bleues vont pouvoir réfléchir au futur. Et la coupe du monde au Canada qui se profile déjà en 2015. Sandrine Soubeyrand, l’historique capitaine au 198 sélections, n’en sera pas. Elle a joué face au Danemark son dernier match international. Camille Abily, elle, s’interrogeait. "La Coupe du monde, c’est dans deux ans, on ne sait pas quel niveau on aura, les vieilles comme moi". Et Bruno Bini ? Sous ses ordres, les Bleues ont grandi comme jamais dans leur histoire. Quatrième au Mondial, quatrième aux JO, deux quarts de finale à l’Euro, son bilan est positif

Mais maintenant les Bleues ne sont plus une surprise, elles sont attendues, favorites et l’attente tarde à se concrétiser. Ce premier titre devait être cet été en Suède. C’est repoussé de deux ans. En place depuis 2007, Bruno Bini sera-t-il toujours là ? Le principal intéressé est resté évasif en conférence de presse au moment d’aborder cette question. "Ce n'est pas le moment d'en parler. Il y a un temps pour tout." Trop tôt. La déception était encore là. Mais elle ne devrait pas tarder à laisser place à la réflexion.