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Domenech livre sa vérité

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L'ancien sélectionneur des Bleus, Raymond Domenech, dévoile les dessous du Mondial-2010, et donne aussi son état d'esprit, ses joies, ses déprimes, ses erreurs, les joueurs qu'il a aimés, et ceux qu'il aurait "accrochés au plafond", dans "Tout seul" (Flammarion), un livre de souvenirs rédigé à partir du journal qu'il a tenu durant son mandat, et qui sortira mercredi.

Toutes les étapes du psychodrame de l'Afrique du Sud sont révélées dans cet ouvrage où Domenech livre sa vérité, sans occulter aucun des faits majeurs d'une épreuve qui a sali et décrédibilisé l'image du football français. Ainsi,  l'insulte d'Anelka à la mi-temps de France-Mexique au Mondial-2010 est bien sûr un des passages les plus attendus. La version de Domenech est un peu différente de celles parues jusqu'ici. Domenech se souvient avoir dit: "J'avais demandé de la profondeur et toi Nico, sur le premier ballon, tu restes là sans bouger". Anelka proteste. Domenech rapporte: "Patrice Evra a alors essayé d'éteindre le feu qui couvait". Mais "Anelka ne s'est pas calmé et a lancé: ...."(Enc..T'as qu'à la faire tout seul ton équipe de merde ! J'arrête moi.." .Je n'ai pas tout entendu. La fin de la phrase m'a échappé dans le brouhaha", précise l'ancien coach.

Enfin un mea culpa  

L'absence de mea culpa après la déroute de l'Euro-2008 et le fiasco du Mondial-2010 ont souvent été reprochés à Domenech. Cette fois, il reconnaît ses erreurs et va même plus loin en confessant une "usure" ou encore une "perte d'énergie" après l'Euro-2008. Il admet qu'il n'aurait pas dû prendre Vieira blessé à l'Euro-2008 ("absence de décision" sur Vieira "comme preuve de faiblesse"), qu'il n'a pas osé priver Henry, qu'il apprécie mais alors hors de forme, du Mondial-2010 ("cette proximité m'a empêché de prendre la bonne décision"). Un extrait de son journal du 28 octobre 2008 lève un coin du voile sur le ras-le-bol qui s'empare de lui parfois: "Juste envie de me balader sur la plage en Bretagne. Tout le reste me fatigue. J'ai très mal au dos..." Bref, il en a marre.

Enfin, à la question de savoir pourquoi il s'est accroché à son poste après l'Euro-2008, Domenech répond simplement: "A cause de la finale perdue de 2006. Je me suis répété que la prochaine fois, on gagnerait cette finale, que je serais du bon côté. C'était pour vivre à nouveau ce rêve que je me suis accroché". Et de raconter une joie intense: "Quand nous avons battu l'Espagne (au Mondial-2006), je n'avais jamais ressenti une joie aussi sauvage, une telle envie de hurler. J'aime les photos de cette soirée là, on y voit les joueurs m'associer à leur bonheur".   

Des joueurs au scalpel 

Concernant les joueurs, Raymond Domenech livre le fond de sa pensée entre ceux qui trouvent grâce à ses yeux et ceux qu'il a honnis, qui ont pourri le groupe, qui n'en ont fait qu'à leur tête au détriment du collectif, qui maugréaient, qui menaçaient, bref qui n'avaient rien à faire dans une équipe engagée pour une coupe du monde, tant leurs égoïsmes étaient aux antipodes de ce qu'il faut pour vivre un mois ensemble dans une compétition exigeante, d'autant qu'ils nourrissaient des antagonismes peu compatibles non plus avec le sens même d'une équipe. 

Raymond Domenech ne prend pas de gants pour ceux qu'il accuse d'avoir fait échouer l'équipe de France. De Ribery aux "attitudes de diva susceptible", à Nasri qui "symbolise cette dérive des joueurs ne pensant qu'à leur gueule", en passant par Benzema témoignant de ses mécontentements sous forme d'insultes ou encore  Gallas, Malouda, Evra et bien sûr Anelka.

Extraits sur les joueurs

Franck Ribery: Il continuait à pourrir le groupe.Quand j'ai voulu le remercier, il m'a envoyé paître en retirant son bras: Ne me touchez pas ! Tout Ribéry qu'il était, je l'aurais volontiers accroché au plafond." (Après Serbie-France en septembre 2009) "Je dis à Gourcuff: "Je t'ai donné les clés, à toi de jouer!". Le pire à ce moment précis est le regard de Franck Ribéry: J'ai vu dans ses yeux la haine, le mépris ou la jalousie. Il ne l'aime pas c'est certain...."Un joueur cadre de l'Euro-2008 m'avait prévenu au sujet de Ribéry et moi je lui ai donné les clés ! Quel con je suis.."

Samir Nasri:   "Samir Nasri symbolise cette dérive des joueurs ne pensant qu'à leur gueule. Au sein d'un groupe, il vient toujours appuyer là où ça fait mal et révèle la faille au lieu de la colmater (...) et dans sa position de meneur de jeu, il fait seulement illusion."

Karim Benzema: Il a la morgue d'un grand joueur sans en être un (29 mai 2008). Il convenait surtout d'éteindre ces ego se mettant à ébranler le collectif. Comme celui de Benzema maugréant des insultes parce qu'il n'était pas entré en jeu aux Iles Féroé. 

Florent Malouda: "Fait la gueule à chaque fois que je lui donne un conseil. Il est même arrivé à tacler Valbuena et Diaby sans raison....Je l'ai repris à la volée devant tout le monde "Si tu crois que fracasser tes potes réglera ton problème, casse toi ! Il n'a pas répondu, heureusement, sinon il prenait l'avion du retour (10 juin 2010, veille du premier match du Mondial). 

Nicolas Anelka: "A lui aussi toujours quelque chose à dire, il m'a ressorti qu'il n'y avait pas de décalages. Cours, ça viendra ! Je sens ma causerie de demain toute prête..."Allez vous faire foutre !"  (10 juin 2010, veille du premier match du Mondial).  

Yoann Gourcuff: J'avais envie de lui mettre des gifles avec son air de garçon candide, de pauvre petit malheureux à qui on veut du mal, un meneur c'est un guerrier, pas un suiveur (9 juin 2010). Quand Ribéry et d'autres avaient tué la séance parce que Gourcuff se trouvait dans leur équipe, il n'a rien vu, il a subi, et je me suis dit qu'il restait dans son monde des bisounours (lendemain de France-Mexique, Mondial 2010) 

Lilian Thuram:  "Je l'ai remercié pour sa droiture et assuré de mon admiration et de mon respect." (veille de France-Italie, Euro-2008) "Nous avons parlé de l'équipe et des jeunes bien sûr, (Thuram) a lâché: "Il y a des petits cons, entendez-moi bien, coach, des petits cons"" (veille de France-Italie, Euro-2008).

Claude Makelele: "C'est un joueur comme tous les coaches en rêvent".

Zinedine Zidane: "L'autorité du leader s'avérait incontestable. Personne n'a pu prendre la place de Zidane, patron aussi évident avec l'équipe que joueur exceptionnel sur le terrain".

AFP