Blanc: "J'ai songé à démissionner"

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Le sélectionneur de l'équipe de France Laurent Blanc a déclaré vendredi dans un entretien à l'AFP avoir "songé à démissionner" à la suite de l'affaire des quotas qui a secoué le football français, avant de se rétracter et de se reconcentrer sur l'objectif sportif des Bleus.

Comment avez-vous vécu cette affaire des quotas ?
"Je l'ai très mal vécue et je la vis encore très mal. Tout ce qui a été dit, qui a été rapporté et toute cette tempête médiatique n'est pas facile à vivre. On touche à l'humain et c'est difficile à admettre même si on fait un métier très médiatisé. Mais là, on va au-delà de ça. Pour moi et pour mes proches, c'est un moment délicat et je ne le souhaite à personne. Mais il y aussi des témoignages qui font qu'on arrive à tenir le choc."

Etre associé à des termes comme discrimination ou racisme vous a blessé ?
"Oui, c'est le moins que l'on puisse dire. Jamais vous ne pouvez penser qu'on va toucher à ces valeurs-là sur lesquelles je suis intransigeant."

Avez-vous songé à démissionner durant cette période ?
"Est-ce que j'ai présenté ma démission? A aucun moment. Est-ce que j'ai songé à démissionner? Oui. Parce qu'à un moment donné vous sentez que tout s'emballe, qu'il y a des amalgames qui sont faits et qui prennent une dimension au-delà du sportif. Vous êtes dans un engrenage et vous vous dites que vous n'avez pas choisi ce poste pour connaître ça et que si la solution est de partir, vous devez partir. Mais il y a une analyse plus globale à avoir. J'ai été engagé par la Fédération française de football sur un contrat de deux ans avec une mission bien précise, qualifier l'équipe de France pour l'Euro-2012. On est en course pour ça et on travaille pour ça. Le fait que mon entourage sportif me dise qu'on peut encore relever le défi, qu'on va arriver à le relever, m'a redonné le goût de ne pas lâcher et de me concentrer uniquement sur cet objectif-là."

Cette affaire a également créé une fracture au sein de France 98 avec les critiques de Thuram et de Vieira. Qu'en avez-vous pensé ?
"Il ne faut surtout pas que cette histoire terrasse ou balaye tout ce qu'on a vécu. Ce serait trop bête. C'était le message que j'ai voulu transmettre aux gens que j'ai eu au téléphone. Après, je peux comprendre certaines réactions puisque mes propos sont maladroits et, sortis de leur contexte, blessants. Je m'en suis expliqué parce que je ne voulais pas que cette histoire altère les bons rapports que j'ai avec Thuram et Vieira."

Vous reconnaissez avoir eu des propos maladroits ?
"Oui. Je regrette mes propos qui sont blessants, dans un contexte où la conversation s'envenime. Je m'en veux de ne pas avoir pris de la hauteur dans le débat, sur un sujet sensible. On aurait dû rester concentré sur le jeu, c'est ce qui m'intéresse en premier. La conversation sur le jeu a évolué vers le problème des joueurs à double nationalité. Encore faut-il déterminer s'il y a un problème ou pas. Vous avez deux positions. Ou c'est un faux problème ou vous estimez qu'il y a matière à discuter. Mais s'il y a débat, comme c'est un sujet sensible, il faut faire très très attention à l'utilisation des mots."

Craignez-vous l'impact de cette affaire sur l'équipe de France ?
"Je souhaite que les rapports humains restent les mêmes. A moi de faire comprendre que cet épisode ne change rien aux relations que je peux avoir avec les joueurs."

N'avez-vous pas l'impression que les Bleus sont dans un cycle infernal depuis le fiasco du Mondial-2010 ?
"Depuis le mois de juin 2010, ce n'est pas de tout repos d'être sélectionneur de l'équipe de France mais je l'ai choisi. La sérénité n'est pas présente longtemps mais il ne faut pas lâcher et se concentrer sur l'atteinte de l'objectif, qui va au-delà du sélectionneur. C'est très important pour le football français."

A aucun moment vous avez regretté d'avoir accepté ce poste ?
"Non. On ne m'a pas forcé à le faire. Dans la vie, il faut toujours assumer ses choix."

AFP