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Fernand Duchaussoy et Francois Blaquart | AFP-LANGLOIS

Belkacemi a enregistré, mais pas divulgué

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Mohammed Belkacemi, conseiller technique national en charge du football de quartier, a avoué avoir enregistré le 8 novembre dernier, la réunion qui a entraîné tant de remous à la FFF. Faisant partie des 18 personnes participant à cette réunion pendant laquelle la question d'une possible mise en place de quotas a été évoquée, il a affirmé n'avoir remis cet enregistrement qu'à la FFF, le 9 novembre. Une autre personne, à la Fédération, l'aurait donc remis à Médiapart.

Belkacemi n'a pas "balancé"

Interloqué par la tournure que prenait la conversation entre les dirigeants de la Fédération Française de Football, M. Belkacemi, qui est très attaché au football diversifié comme l'atteste son rôle au sein de la FFF, aurait pris la décision d'enregistrer les échanges auxquels ont participé le sélectionneur de l’équipe de France Laurent Blanc, le directeur technique national François Blaquart et le sélectionneur des espoirs, Erick Mombaerts. Depuis les révélations du site Mediapart, la plus haute instance du football français a mis en place mardi une Commission d'enquête, qui a visiblement porté ses fruits sur l'un des points en question. Il reste désormais à déterminer "si les éléments révélés sont exacts", comme l'indique la FFF dans un communiqué. Cette commission auditionne tous les intervenants de la réunion DTN qui s'est tenue au siège de la FFF, le 8 novembre 2010, et elle rendra ses conclusions "sous huitaine, au plus tard".

"J'ai tout expliqué à la commission d'enquête", a déclaré Mohammed Belkacemi sur Infosport. "J'ai enregistré la réunion du 8 novembre 2010 pour témoigner en interne des propos inqualifiables que j'avais déjà entendus auparavant. J'ai remis le seul enregistrement à la Fédération le 9 novembre 2010 pour confirmer mes propos. Depuis cette date, l'enregistrement n'était plus entre mes mains mais en possession de la Fédération, ce qui a été confirmé par les auditions. Je n'ai donc jamais remis l'enregistrement à un journaliste. Cette tempête médiatique ne me profite pas. Je n'ai aucun intérêt à une telle publicité. Je n'ai aucun intérêt à un débat public. Cette affaire me dépasse et me blesse. Je veux simplement pouvoir faire mon travail, et non pas être une star. Je m'en fiche de tout ça. Je voulais parler aujourd'hui car tout est déformé et on s'attaque à ma famille. Ça, je n'accepte pas. Je suis triste pour le football et les gamins. Il faut que ce soit clair: je n'ai commis aucune faute. Je ne me suis pas "dénoncé"."

Jouanno ne veut pas de sanction précipitée

Si la FFF peut considérer que l'agissement de M. Belkacemi peut s'apparenter à une faute professionnelle, la ministre des sports Chantal Jouanno a demandé à la Fédération française de football d'attendre la fin des enquêtes avant de prendre d'éventuelles mesures contre Mohammed Belkacemi. "Voyons le contenu global de la mission d'inspection (menée par le  ministère) et la mission d'enquête (diligentée par la FFF) pour prendre des  décisions. Ce n'est pas illégal en soi d'enregistrer une conversation", a  indiqué la ministre sur France Inter, tout en déplorant la "méthode". "Il faut aller au bout de l'enquête, savoir pourquoi il a fait cet  enregistrement, pourquoi il ne sort que six mois après, en pleine période  préélectorale à la fédération, pourquoi on a pas estimé nécessaire de  s'adresser au ministère pour faire part de l'illégalité des méthodes?", s'est interrogée Mme Jouanno, soulignant que Mediapart était "assez prompt à créer des scandales".

Duchaussoy n'était pas au courant
"Jusqu'à jeudi dernier dans la soirée, je n'ai à aucun moment été informé par quiconque des échanges tenus au cours de la réunion du 8 novembre 2010, pas plus que de l'existence d'un enregistrement", a écrit mercredi soir le président de la FFF dans un communiqué.

Et d'ajouter: "Encore une fois, ce qu'il faut savoir c'est comment et pourquoi des événements qui datent de plus de cinq mois sortent aujourd'hui, en contexte pré-électoral". La FFF devra élire son président le 18 juin prochain, et la ministre des Sports a déjà apporté toute sa confiance au président sortant: "Je n'ai aucune raison de douter de la sincérité du président de la FFF (Fernand Duchaussoy) et de son vice-président" (Noël Le Graët). Mais ce n'est pas le cas de tout le monde, puisque Chantal Jouanno, à la question de savoir si la FFF était au courant de ces discussions, a répondu: "Pas la FFF au sens de toutes ses instances dirigeantes mais certains de ses dirigeants." Et de conclure: "Il faut éviter que ce climat délétère ne pénalise durablement la FFF. Il y a trop d'amalgames dans cette affaire et malheureusement, quel que soit le résultat des enquêtes, qu'il y ait des faits délictueux ou au contraire diffamation, le sport est perdant, le foot est perdant".

Thuram maintient le cap, Dugarry hausse le ton

Invité du plateau du 20h de France 2, Lilian Thuram, très en pointe dans le débat consécutif à cette réunion de la DTN, a réaffirmé ses convictions: "On a le droit de discuter, mais la conclusion est importante. La bi-nationalité est un faux problème: les meilleurs joueront pour la France. mais c'est bizarre qu'on ne parle que de Franco-Africains, c'est ce qui prêt à confusion." L'ancien arrière du FC Barcelone se place sur le plan du terrain lorsqu'il ajoute que "ce n'est pas la taille du joueur qui est en question, mais c'est la philosophie. Si on a la même philosophie qu'à Barcelone, on pourra avoir le même style de jeu." L'ancien international revient également sur un terrain qui a surtout étonné le grand public, à savoir ses propos à l'égard de son ancien coéquipier Laurent Blanc: "Je ne suis pas agressif envers Laurent Blanc, mais je suis agressif envers les gens qui veulent discriminer des enfants de 12 ans. Je ne pense pas que Blanc soit raciste. Mais derrière, il y a une idéologie. Est-qu'il a été mis sur un chemin qu'il ne maîtrise pas ? Bien sûr qu'il est fragilisé. Ce sont quelques cadres de la Fédération qui ont tenu ces propos. Il ne faut pas dire que le football est raciste. Mais il est intéressant de les arrêter tout de suite." Et de relier cela avec l'actualité de nos sociétés: "Evidemment, c'est lié avec le racisme qui augmente en Europe. Ce n'est pas un hasard. En 1998, cela n'aurait pas été le cas."

Quelques minutes auparavant, Christophe Dugarry, lui-aussi champion du monde en 1998 avec Blanc et Thuram, s'en prenait, sur Infosport, à son ancien coéquipier afin de défendre le sélectionneur, qui risquerait de vouloir selon lui "démissionner" après cette affaire: "Ce qui me gène dans le comportement de Lilian Thuram, surtout quand je le vois s'affronter de manière aussi frontale à Laurent Blanc, c'est de vouloir passer pour le juge de la cour suprême. J'ai toujours l'impression qu'il veut donner des leçons de comportement à tout le monde en disant qu'il faut que certain fasse ceci et pas cela, comme avec Patrice Evra où il fallait presque le guillotiner parce qu'il était capitaine de l'équipe de France et qu'il n'a pas voulu descendre du bus." Et de briser la loi du silence des vestiaires en racontant un épisode de l'après-sacre en France en 1998: "On a la coupe, on est en train de faire des photos entre nous (...). Et là j'entends Lilian Thuram, et je ne suis pas le seul Frank Leboeuf aussi, dire "allez les Blacks on fait une photo tous ensemble". (...) Et il y a Frank Leboeuf qui relève et lui dit "Lilian qu'est ce que tu dis là ? Imagine si nous, on avait dit allez les blancs on fait une photo tous ensemble. Comment tu aurais réagi?" Ca c'est des propos discriminatoires et à aucun moment nous les avons mal interprétés et à aucun moment nous avons pu nous imaginer que Lilian Thuram pouvait être un facho ou être raciste".

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Romain Bonte