Zidane
D'un coup de patte magique sur coup franc, Zinedine Zidane égalise contre les Anglais à l'Euro 2004. | Reuters

Angleterre-France : entre coups de Trafalgar et french flair

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Dans un contexte très particulier, Anglais et Français se retrouvent ce mardi soir (21h00) à Wembley pour la 40e fois dans leur histoire. Depuis 1906, les deux sélections ont souvent vécu des instants épiques, avec des premières rencontres "vidéo gag" pour les Tricolores, conclues sur des scores d'un autre siècle, avant que le Coq finisse par gonfler les plumes lors des dernières décennies. Les doublés de Platini, d'Anelka puis de Zidane ont calmé, au fil du temps, les ardeurs de la sélection aux "Three Lions". Voici dix matches de légende, avec des dénouements rocambolesques.

France - Angleterre 0-15 (1er novembre 1906 à Paris) - Première note salée

Pour ce premier match de l'histoire contre les Anglais, tout juste affiliés à la FIFA, les Bleus jouent en rouge, laissant le blanc à leurs prestigieux visiteurs. Dans l'ancien Parc des Princes, les deux sélections sont constituées de joueurs amateurs. A la pause, l'Angleterre mène déjà 6-0 ! En tout et pour tout, le gardien anglais, Ernest Proud, ne touchera que deux ballons dans la partie. Son homologue tricolore, le Lillois Zacharie Baton, ira, pour sa part, chercher à quinze reprises le ballon dans ses filets bien garnis, dont sept buts inscrits par le seul et même Stanley Harris (Cambridge Univeristy). Très fair-play, les Anglais se paient même le luxe de louper un penalty. Il faut dire qu'ils mènent alors 11-0 !

Angleterre - France 10-1 (16 avril 1910 à Brighton) - "Then Mouton scored"

Après trois matches contre les Anglais, les Bleus ont encaissé 38 buts, n'en marquant aucun ! Le voyage à Brighton confirme la différence de classe entre les deux sélections. A la 84e minute, alors que Thomas Wilson vient d'inscrire un quadruplé, les "Three Lions" mènent 10-0. Mais les ultimes secondes sont historiques : la France sauve l'honneur. Dans la confusion la plus totale ! Appelé en catastrophe pour ce match, Auguste Tousset tire à ras de terre. Frederick Leese, le goalkeeper anglais, semble se saisir de la balle mais, chargé par Henri Mouton (du club parisien de l'Etoile des 2 Lacs), entre dans le but avec le cuir. "Sporting Life" titrera le lendemain : "Then Mouton scored" ("Puis Mouton marqua"). Un rien ironique, isn't it ?

France - Angleterre 2-1 (5 mai 1921 à Paris) - À la mémoire de Napoléon

En ce jour glorieux au stade Pershing, coïncidant avec le centenaire de la mort de Napoléon Ier, la France remporte son premier succès en huit confrontations contre son voisin anglais. Sans vouloir minimiser la performance du onze tricolore dans le Bois de Vincennes, il est juste de préciser que les Anglais n'avaient envoyé que leur équipe Amateurs. Après dix minutes de jeu, le score était de parité (1-1, le Parisien Jules Dewaquez ouvre le score, égalisation d'Ernest Farnfield). C'est Jean Boyer qui, d'une reprise de volée limpide, offre la victoire aux Coqs. Vexés, les Anglais ont failli subir un affront plus sévère, après une frappe sur le poteau d'un Raymond Dubly déchaîné. Qu'importe : Napoléon était vengé !

Angleterre - France 2-2 (26 mai 1945 à Wembley) - Armistice et euphorie

Après avoir vaincu le nazisme, quelques jours seulement après l'Armistice, Anglais et Français de rencontrent dans le Temple londonien. En toute amitié. Pour la première fois sur le sol anglais, le Coq sort les ergots face aux Lions. Avec une formation solide, l'équipe de France rend coup pour coup à l'Angleterre. "La France méritait de l'emporter !", affirme la star écossaise d'Arsenal, Alec James, présente au match. Bien que deux fois menés, les Bleus reviennent au score. D'abord par Ernest Vaast, puis par le capitaine Oscar Heisserer (tous deux du RC Paris). Quelle émotion pour ce dernier, Alsacien de naissance, qui s'était réfugié en Suisse en 1943 pour échapper à une incorporation dans la Wehrmacht !

Angleterre - France 2-0 (20 juillet 1966 à Wembley) - Pas de miracle français

Les Français protestent à Wembley, lors du Mondial 1966.
Les Français protestent à Wembley, lors du Mondial 1966.

C'est la première rencontre de la Coupe du monde entre les deux meilleurs ennemis. Déjà au bord de l'élimination, les Bleus de Philippe Gondet, pour ce troisième match du premier tour, ont peu d'espoir face au pays organisateur, qui plus est dans son écrin. Contre toute attente, l'équipe de France joue bien. Notamment en alignant une défense de zone inédite. Après un but refusé à Jimmy Greaves pour un hors-jeu inexistant, les Anglais vont finalement trouver l'ouverture par Roger Hunt... cette fois-ci hors-jeu ! L'attaquant de Liverpool doublera la mise en seconde période. Dans le but, Marcel Aubour n'y peut rien. Fin de l'aventure pour Jean Djorkaeff, Robert Herbin, Robert Budzynski, Bernard Bosquier...

France - Angleterre 2-0 (29 février 1984 à Paris) - Une doublé du maître

Tête basse, les Anglais viennent de se faire sortir dans les éliminatoires de l'Euro 1984 par le Danemark. Dès le coup d'envoi, les Français impriment leur domination. Surtout avec un Michel Platini au sommet de son art. Pour ce match de prestige au Parc des Princes avec, dans les gradins, des hooligans maîtrisés par les CRS, le capitaine des Bleus inscrit un doublé tout en maîtrise. “Platoche“ ouvre d'abord le score, d'une tête téléguidée, au cœur d'une défense anglaise dépassée (un comble !). Le second but est des plus classiques : un coup franc exécuté à la mode Platini. C'est la première victoire française sur l'Angleterre depuis 1963. Quatre mois plus tard, les Bleus remporteront leur Euro.

Angleterre - France 0-2 (10 février 1999 à Wembley) - Le jardin d'Anelka

Nicolas Anelka, roi d'Angleterre.
Nicolas Anelka, roi d'Angleterre.

Pour son sixième match dans le Temple londonien contre l'Angleterre, la sélection française de Roger Lemerre signe un premier succès historique. Les champions du monde, emmenés par un Zinedine Zidane au-dessus du lot, dominent outrageusement David Beckham, Michael Owen, Alan Shearer... Tout se dénoue après la pause, sur un exploit de Nicolas Anelka, auteur d'un doublé en huit minutes! Le jeune attaquant alors à Arsenal prend le dessus sur une défense anglaise pourtant expérimentée mais déjà sur le déclin (Seaman, Dixon, Keown, Adams, Le Saux). Jamais, en plus de cinquante ans de confrontations londoniennes, l'équipe de France n'avait paru aussi souveraine chez la reine Elizabeth II.

France - Angleterre 2-1 (13 juin 2004 à Lisbonne) - Zizou, c'est fou !

Coup d'envoi sensationnel de l'Euro au Portugal pour les deux formations, dans l'un des plus beaux stades du continent, la Luz. Sur les rives du Tage, la France se fait d'abord d'abord sacrement bouger. Notamment par un jeune attaquant sans complexe, Wayne Rooney. En fin de première période, Frank Lampard donne logiquement l'avantage à la bande à Beckham. Le “Spice Boy“ loupe le break à l'heure de jeu, en ratant un penalty devant Fabien Bathez. Le match s'emballe dans les ultimes instants. Dans le temps additionnel, les Bleus égalisent, grâce à un magistral coup franc de Zidane. Tout juste le temps de réengager et “Calamity“ James, le gardien anglais, fauche en pleine surface Thierry Henry. Zizou transforme le penalty. Un happy end inoubliable !

Angleterre - France 1-2 (17 novembre 2010 à Wembley) - La loi du milieu

Samir Nasri lors du dernier succès tricolore dans le Temple londonien.
Samir Nasri lors du dernier succès tricolore dans le Temple londonien.

Déficients dans l'impact physique, les partenaires de Rio Ferdinand ont laissé, durant plus d'une heure, les Bleus manœuvrer à leur guise. Dans l'entrejeu, Yoann Gourcuff et Samir Nasri s'en sont donné à cœur joie. Karim Benzema ouvre le score après le premier quart d'heure et Mathieu Valbuena, d'une volée croisée, permet à la France de s'envoler. Même si l'Angleterre est diminuée par une kyrielle de forfaits (Rooney, Wilshere, Lampard, Terry à l'infirmerie), l'impression de supériorité technique est flagrante. On pourra toujours chipoter sur les vingt dernières minutes laborieuses du groupe dirigé alors par Laurent Blanc, n'empêche que le résultat est probant. Même si, cinquante-cinq secondes après son entrée en jeu, Peter Crouch réduit le score dans les derniers instants. Cette dernière sortie en date dans le Temple est clairement l'exemple à suivre.

Nicolas Gettliffe