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La une du journal L'Equipe le 19 juin 2010 | AFP - JOHANNA LEGUERRE

Anelka attaque L'Equipe

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Onze mois après les faits et des propos supposés à la une du journal L'Equipe, le procès entre Nicolas Anelka et le quotidien sportif débute vendredi. Le joueur réclame 150 000 euros de dommages et intérêts. Le journal campe sur ses positions et ses informations. Jeudi, Thierry Henry, Eric Abidal et Patrice Evra ont déposé en faveur de l'attaquant de Chelsea.

Près d'un an après le clash prétendu entre Nicolas Anelka et Raymond Domenech en pleine Coupe du monde, et les mots affichés à la une du journal L'Equipe, le joueur et la direction du quotidien se retrouve, vendredi 20 mai, devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. L'ancien attaquant de l'équipe de France a porté plainte pour propos diffamatoires et réclame 150 000 euros de dommages et intérêts ainsi qu'une publication en première page.

Le samedi 19 juin 2010, L'Equipe avait titré "Va te faire enculer, sale fils de pute" sur une photo représentant Anelka et Domenech. Un titre choc pour un échange verbal supposé entre les deux hommes à la mi-temps du match France-Mexique (0-2) deux jours plus tôt au Mondial sud-africain. Le sélectionneur aurait demandé à son joueur de se replacer en seconde période, ce qui aurait déplu au buteur de Chelsea. S'en était suivi un tollé médiatique et un véritable tourbillon qui allait emporter l'équipe de France et des membres de la FFF.

Anelka:"les propos auraient dû rester dans le secret des vestiaires"

Ce clash avait surtout débouché sur l'exclusion d'Anelka quelques jours plus tard et une grève des joueurs à Knysna, confinés dans leur bus après avoir renoncé à l'entraînement avant leur dernier match de poule face à l'Afrique du sud (1-2). Une fin honteuse d'un tournoi calamiteux et une image ternie des Bleus depuis.

Nicolas Anelka, qui a toujours nié avoir tenu ces propos. "Quand le coach me dit de rester devant, c'est monté direct au cerveau. Je me suis dit qu'il cherchait un mec pour prendre les coups à sa place. Je marmonne dans mon coin des choses qui resteront dans le secret des vestiaires. Et qui auraient dû y rester. Mais en aucun cas ce ne sont les mots que j'ai pu lire dans L'Equipe", avait-il déclaré dans les colonnes de France-Soir en août dernier. Il aura fallu plusieurs mois de réflexion, mais il a finalement choisi de porter plainte contre le journal L'Equipe. Onze mois plus tard, les deux parties ont rendez-vous vendredi à 13h30. Le jugement sera rendu fin juin.

L'Equipe plaide "le devoir d'information"

Du côté du quotidien sportif, on reste droit dans ses bottes et sûr de son fait. Les deux journalistes qui ont recueilli les déclarations de quatre sources anonymes, Damien Degorre et Raphaël Raymond, vont témoigner. L'ancien président de la Fédération, Jean-Pierre Escalettes, présent dans le vestiaire au moment des faits, est également attendu pour confirmer les mots prononcés. En revanche, Roselyne Bachelot, ex-ministre des Sports, a finalement renoncé à témoigner.

L'Equipe se défend de toute diffamation, estimant que ni le joueur ni l'encadrement de l'équipe de France n'a nié la véracité des propos dans les heures qui ont suivi la publication du journal. Le journal juge également que le "devoir d'information" était légitime vu les circonstances, un vice-champion du monde où l'ambiance n'était pas bonne, et que cela n'avait rien à voir avec un quelconque différend envers Anelka.

Avant même l'ouverture du procès, trois anciens coéquipiers ont déposé en faveur du buteur tricolore. Selon la chaîne Infosport, Thierry Henry, Eric Abidal et Patrice Evra ont témoigné, jeudi, que Nicolas Anelka n'avait jamais tenu les propos qui lui sont prêtés. "J'ai assisté aux échanges, je peux donc confirmer que Nicolas Anelka n'a jamais prononcé la phrase", explique le Barcelonais Eric Abidal. "Pendant la mi-temps, j'étais à proximité de Domenech et Anelka. Je sais et j'atteste que les propos retenus en une de l'Equipe ne sont pas ceux d'Anelka", témoigne, pour sa part, le joueur de Manchester United en résonnance des déclarations de Thierry Henry. L'avocat de L'Equipe, Me Basile Ader, a confirmé les dépositions, mais regrette qu'aucun joueur, pas plus que Anelka, ne soit présent au procès pour témoigner. "Entre ce qu'on réclame et ce qu'on a, il y a souvent une différence. Anelka a l'air sûr de lui, mais on sait qu'il n'a pas tout le temps raison", a déclaré l'avocat de la défense.