Edito. Santa Maradona

Publié le , modifié le

Auteur·e : Julien Lamotte
Diego Maradona
Diego Maradona | Maxi Failla / AFP

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Diego Maradona n'était pas un exemple. Personne ne dira le contraire. Mais il n'était pas non plus le démon que l'on a parfois voulu décrire. Finalement, l'Argentin, toute sa vie, n'a été qu'une victime. Presque un martyr. Depuis son enfance jusqu'à sa mort, il n'a jamais réussi à contrôler, malgré son pied gauche, le cours de sa destinée.

"Santa Maradona priez pour moi" scandait la Mano Negra en 1994. Le groupe de Manu Chao, dans cette chanson qui dénonce la bêtise du foot, de ses supporters, la violence et la vulgarité qui y règnent, sanctifiait l'Argentin pour la lumière qu'il apportait à ce milieu corrompu. Un ange échoué au purgatoire.

Dies irae

Il ne s'agit pas ici de béatifier Maradona. "El Dies" n'était pas Dieu, loin de là. En tout cas dans le comportement. Il était, au contraire, l'un des sportifs les plus humains que l'on ait connus. Avec ses forces mais surtout ses faiblesses. Et c'est ce qui le rendait finalement si attachant, malgré ses frasques, ses colères, ses caprices. Il suffisait qu'il nous regarde avec ce sourire espiègle dont il savait si bien jouer pour qu'on lui pardonne aussitôt. Comme à un gamin finalement. Un gamin en or.

Diego Maradona
Diego Maradona © JORGE DURAN / AFP

"El pibe de oro" n'a jamais quitté l'enfance. Victime du syndrome de Peter Pan, il n'a pas voulu/pu/su le faire. Pour lui la vie n'était qu'un jeu. Il y était le meilleur, sans aucun doute, mais il n'en connaissait pas les règles. Et celles-ci ont fini par le briser. Le talent, le succès, la richesse... Maradona avait tout pour lui, et tout pour attiser la haine et la jalousie. Adulé dans le monde entier, il était pourtant terriblement seul pour faire face à la pression et ses dérives... Tout Dieguito qu'il est, il ne pouvait pas slalomer éternellement. 

Dernier tango 

Au fond, depuis ses premiers jongles filmés dans un bidonville de Buenos Aires, l'Argentin n'a cessé de vivre dans le tumulte et le chaos. Il semblait même parfois les rechercher. De peur de s'ennuyer ? Par défi ? Pensait-il naïvement que la vie est aussi facile à dompter qu'un ballon ? Aujourd'hui il est aisé de pleurer le génie envolé tout en jouant les pères moralisateurs qui dénoncent ses excès et ses dépendances. C'est vrai, Diego n'a pas cherché à dribbler ses addictions, il les a même enlacées dans un tango mortel. Mais qui menait la danse ? 

Il faut revoir les images de Maradona sortant dans les rues de Naples et être aussitôt englouti par une marée humaine pour comprendre qu'il était avant tout une victime. A une époque où la communication n'était pas aussi verrouillée qu'aujourd'hui, Diego est là, au milieu de cette foule hurlante, il est bringuebalé de toutes parts, le souffle court, les yeux implorants. Sa vie lui échappe complètement. Il n'y a que sur le terrain où il peut reprendre le contrôle. Au dehors, sa vie appartient à d'autres, et pas les plus fréquentables. Mais ils ont dans les poches ce que Diego veut. L'enfer est pavé de bonnes intentions.

Cry for me Argentina

L'existence de Maradona n'aura suivi qu'un seul et même cercle, non vertueux. Monter très haut. Chuter plus bas que terre. Tutoyer les anges et se faire crucifier. Encore et encore. A chaque fois qu'on l'a cru fini, l'Argentin a ressuscité. Pas cette fois. Il sera toujours temps pour les bien pensants de persifler sur l'air de "Il l'a bien cherché". Que la mano de Dios se pose sur leur bouche et les fasse taire, au moins momentanément. Maradona n'a pas sauvé de vies mais il en a illuminé des centaines de millions... Il n'était pas Eva Peron mais cela ne nous empêchera pas de pleurer pour lui avec l'Argentine.

En 2000 il déclarait "je sais que j'ai fait des erreurs mais j'espère qu'avec le temps qui passe, mon coeur pourra être réparé et qu'il sera alors en paix avec mon âme". Santa Maradona priez pour vous.

Edito. Santa Maradona
© ALEJANDRO PAGNI / AFP