Edito. Les supporters, syndicats indispensables des clubs

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
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Le Kop Nord de Saint-Etienne lors de la défaite contre le PSG (0-4). | AFP

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Alors que la France redécouvre ses syndicats à l’occasion du mouvement social contre la réforme des retraites, la France du foot redécouvre elle les siens, ou du moins ceux que l’on apparente comme tels : les ultras. La question qui anime les débats : faut-il laisser les supporters prendre du pouvoir dans les clubs ? Est-ce normal ? Evidemment.

 Tout a (re)commencé mardi, après les incidents entre joueurs et supporters lyonnais à l’issue de Lyon-Leipzig en Ligue des champions. "Les supporters qui sifflent ne viendront plus au stade" promet alors Jean-Michel Aulas, logiquement irrité par l’image renvoyée par son club ce soir-là, devant l’Europe entière. Si ces incidents sont inacceptables, la réaction du président de l’OL interpelle tout autant. Le football doit-il tendre vers des stades aseptisés, vidés de ses supporters les plus fervents ? Autrement dit, les clubs doivent-ils éliminer le contre-pouvoir que constituent les groupes Ultras ?  

Le théorème d’Aulas  

Parmi les poncifs qui gangrènent le ballon rond, l’un d’eux est indéniable : dans un club de football, les joueurs et dirigeants passent, les supporters restent. Dès lors, qu’on le veuille ou non, leur avis compte. Passionné, le public vient au stade pour vivre des émotions qui peuvent troubler sa vision. Certes. Mais qui connaît mieux un club, son environnement et son histoire qu’un fidèle des tribunes ? Sans leur accorder une confiance aveugle, l’avis des supporters, surtout des plus passionnés, mérite d’être entendu, puis nuancer. Pour cela, il doit être exprimé au stade ou sur les réseaux sociaux. Au football comme en amitié, ce serait trop facile d’inclure les supporters que lorsque tout va bien.  

Pour revenir à l’exemple lyonnais, Jean-Michel Aulas a ouvertement regretté d’avoir cédé à la pression des supporters au moment d’évincer Bruno Génésio. Facile. Est-il nécessaire de rappeler la logique sportive de ce choix ? A la limite, la vraie erreur du président lyonnais serait d’avoir écouté les supporters en rapatriant Juninho au poste de directeur sportif, même si l’on attendra un peu avant de condamner le bilan de ce dernier. Ce qui est sûr, c’est qu’en choisissant Rudi Garcia après le départ de Sylvinho, Aulas est allé à l’encontre total de l’avis des supporters. Avec tout autant de réussite quand les écoutant.  

Amour, gloire et arrêtés  

Il faut dire que ces derniers temps, les supporters ont donné des raisons à leurs clubs de se braquer, que ce soit à Lyon, à Toulouse samedi soir ou ailleurs. S’ils sont inexcusables, ces abus sont toutefois à recontextualiser. Et pour cause : en terme d’abus, les Ultras s’y connaissent puisqu'ils en sont victimes depuis des années dans et autour de stades. Depuis 2006, les enceintes françaises sont devenues des laboratoires de la répression, sans parler des interdictions de déplacements toujours plus nombreuses, abusives et injustifiées. Abus dont la société française a pris connaissance lors du débat autour du vote de la très polémique loi anti-casseurs en avril 2019, largement inspirée de ce qui se fait en football.  

Lors de Toulouse-Reims samedi dernier, des supporters se sont introduits en tribune présidentielle.
Lors de Toulouse-Reims samedi dernier, des supporters se sont introduits en tribune présidentielle. © AFP

Et lorsque, comme à Toulouse, vous ajoutez à ces abus une sixième saison consécutive à jouer le maintien sans aucun signe d’amélioration, la cocotte-minute explose. Evidemment, cela ne justifiera jamais les méthodes parfois employées. Mais comme dans toute relation passionnée, l’amour des supporters peut parfois pousser à des actes désespérés, ou du moins irréfléchis et irresponsables. Il ne faut pas oublier non plus que pour certains, leur club est leur principale raison de vivre. Ce que beaucoup semblent oublier, ou ignorer.  

Un environnement hypocrite envers les Ultras  

Dimanche soir au Canal Football Club, l’ancienne joueuse professionnelle Laure Boulleau s’étonnait de voir "de plus en plus de joueurs aller échanger avec les supporters à la fin du match". Comme s’il ne devrait pas y avoir d’interaction et d’échange possible entre ceux qui portent le maillot, et ceux qui l’aiment. S’il est plus constructif de débattre à froid lors de réunions au club comme le signalait Morgan Sanson, invité de l’émission, cela reste trop rare. Qu’on ne s’y trompe pas : l’investissement - pas seulement financier - et la passion des supporters méritent ce peu de considération, surtout à l’heure où l’on reproche trop souvent aux joueurs une déconnexion du monde réel.  

Ce matraquage répété - au sens propre comme au figuré - d’une partie des supporters est d’autant plus insupportable qu’il s’inscrit dans un environnement hypocrite. Quand il s’agit de faire monter les droits TV ou de stimuler les campagnes d’abonnements, médias et clubs abusent d’images de tribunes animées par ces mêmes ultras, avec tifos et surtout fumigènes, qu’ils adorent détester le reste du temps. En témoigne ce commentaire de la LFP hier, vantant le show pyrotechnique stéphanois. Type de spectacle que la Ligue s’efforce pourtant d’éradiquer.  

Après tout, dimanche soir le public de Geoffroy Guichard et ses feux d’artifices n’ont-ils pas donné une aussi bonne image de la Ligue 1 que les combinaisons offensives parisiennes ? Il n’y a qu’à regarder outre-Rhin pour voir à quel point la coopération enter autorités, clubs et supporters bénéficie à tous. Sans parler du modèle espagnol de "socios" où des supporters ont des parts dans leur club. Avant d’en arriver là, il s’agirait déjà de considérer les Ultras pour ce qu’ils sont : un élément à part entière d’un club, un contre-pouvoir et un atout sur lesquels s’appuyer et donc, à respecter.