Droits TV : Le sport amateur impacté par la baisse des revenus liés à l'accord entre Canal+ et la LFP

Publié le , modifié le

Auteur·e : Jean-Baptiste Lautier
Sport amateur

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Le nouvel accord conclu avec Canal+ pour la diffusion de la Ligue 1, en exclusivité sur la chaîne cryptée et jusqu'à la fin de la saison, va drastiquement faire baisser les revenus attendus par la Ligue. Le ruissellement sur le sport amateur sera également impacté par cette baisse.

La part restera la même mais le gâteau à partager n'est plus du tout de la même taille. Pour l'Agence Nationale du sport et le monde du sport amateur, la chute des droits TV dans le football français va laisser un goût amer à 34,4 millions d'euros contre près de 70 il y a quelques mois. "Ce nouvel accord va provoquer une diminution du rendement de la taxe Buffet, qui prévoit que 5% du montant des droits TV audiovisuels des compétitions domestiques abondent le budget de l’Agence Nationale du sport, explique Christophe Lepetit, responsable des études économiques aux Centre de Droit et d'Économie du Sport de Limoges. L’ANS va donc recevoir 5% du nouveau montant des droits TV, plutôt que 5% de 1,15 milliards d’euros.”

L'accord conclu ce jeudi entre Canal+ et la Ligue entérine une diminution de 50% cette saison, faisant passer les revenus de 1,15 milliards à 688 millions d’euros. Ce montant, inférieur à celui de la période 2016-2020 (726 millions d’euros par ans), va donc mécaniquement faire baisser les revenus liés à la taxe buffet. “Bien sûr que là on voit l'effet direct de la taxe buffet”, affirme Clément Roussel, député LREM et président du groupe “Économie du sport” à l’Assemblée Nationale. "Sachant qu’on a voté un budget qui n’était pas sur ces bases-là. Il avait été budgété sur les bases prévisionnelles de l’encaissement des redevances de Mediapro et donc ce qui a été budgété pour l’ASN, qui est le bras opérationnel et de financement sur le territoire, des politiques publiques liées au sport.”

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Pas une fatalité

Le risque existe donc de voir les investissements dans le sport pâtir de cette baisse de la taxe Buffet, du nom de l’ancienne ministre des sports Marie-George Buffet“L’ANS finance des programmes de développement des pratiques sportives sur tout le territoire, et des programmes de haute performance, reprend Lepetit. Si son budget est réduit, il faudra qu’elle fasse des économies, et j’ose espérer que dans le contexte actuel, ces économies ne seront pas faites sur le développement du sport pour tous, et que ça n’impactera pas le sport amateur. Une baisse de budget pourrait ralentir les rénovations d’équipements sportifs.”

Fort heureusement, le sport amateur n'est pas perfusé par cette taxe. Son financement, il le tient avant tout de ses adhérents. “Il ne faut cependant pas dramatiser”, rassure le spécialiste de l’économie du sport. “Certes c’est embêtant, mais le financement du sport amateur vient finalement très peu de l'État. Ce sont surtout des ressources privées, les revenus liés à l’adhésion des pratiquants, et les aides des collectivités territoriales qui financent les clubs amateurs. Ce n’est pas une catastrophe industrielle pour eux.”

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Une réflexion nécessaire à travers la taxe Buffet

Cette crise doit avant tout servir à trouver un financement pérenne et solidaire. Pour Cédric Roussel, il est important de repenser le financement du sport en France en prenant en compte le fait que les droits TV ne vont pas augmenter éternellement : “Il faut réfléchir à ce système de solidarité financière à travers la taxe Buffet, voir si des évolutions ne sont pas à envisager et plus largement le modèle économique du financement du sport français. Ça passe par conforter le patrimoine Ligue 1 et la valeur du championnat, mais aussi créer d’autres formes de financement et de solidarité envers les sports amateur, car les droits TV ne vont pas monter jusqu'au ciel”, explique le député des Alpes-Maritimes.

En attendant une évolution des modèles économiques des clubs professionnels, l'arrivée de nouveaux acteurs sur le marché des droits TV comme Amazon pourrait permettre de regonfler les budgets. Le géant américain s’est positionné sans succès sur la consultation de la Ligue en début de semaine et va notamment retransmettre les sessions de nuit de Roland-Garros en mai prochain. Leur intérêt pour les droits TV en Europe et en France est grandissant. Et pas que sur le football. Pour Christophe Lepetit : “Ils pourraient être intéressés par le Top 14 pour le diffuser à partir de 2023”, suite à l’appel d’offres lancé par la LNR. Les GAFA, la nouvelle poule aux œufs d'or ? À la différence de Mediapro, ces géants du numérique ont les reins plus solides.