Disparition de Robert Herbin : l'hommage de ses anciens joueurs

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Auteur·e : Apolline Merle
L'équipe de Saint-Etienne en 1976, avec à sa tête Robert Herbin
L'équipe de Saint-Etienne pose le matin de la finale, le 12 mai 1976. | STAFF / AFP

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Les réactions s'enchaînent après l'annonce lundi soir de la disparition de Robert Herbin, légende de l'AS Saint-Etienne. Ses anciens joueurs ont pris la parole pour un dernier hommage au "Sphinx".

Michel Platini sous les couleurs stéphanoises en 1982
Michel Platini sous les couleurs stéphanoises en 1982 © AFP - JEAN-PIERRE PREVEL

► Michel Platini : "Nous avons vécu ensemble de très belles aventures dans ce club qui ne ressemble à aucun autre"

"Nous avons vécu ensemble de très belles aventures dans ce club qui ne ressemble à aucun autre. De ces aventures qui marquent toute une carrière et fabriquent de magnifiques souvenirs comme le titre de champion de France en 1981", a écrit dans une déclaration transmise à l'AFP Michel Platini, ancien joueur de l'AS Saint-Etienne entre 1979-1982). "J'ai aussi une pensée affectueuse pour la communauté des supporters de l'ASSE qui viennent de perdre l'un des plus grands entraineurs de l'histoire du club", a poursuivi Platini.

Dominique Bathenay (à droite) face aux Glasgow Rangers en 1975
Dominique Bathenay (à droite) face aux Glasgow Rangers en 1975 © MAXPPP - LE PROGRES

► Dominique Bathenay : "Il résumait à lui seul ce qu'on voyait sur le terrain"

"A chaque fois que quelqu’un s’en va, qu’on a bien connu, on a beaucoup de tristesse", a réagi Dominique Bathenay, joueur stéphanois de 1973 à 1978 et auteur d'un célèbre tir sur la barre transversale en finale de la Coupe des Clubs Champions en 1976. "Il faisait partie de ma vie de footballeur, dans une belle période. C’est quelqu’un que j’aimais bien, qui avait beaucoup de qualités, même si c’était un taiseux. Il ne parlait pas beaucoup, mais chaque fois qu’il disait quelque chose, c’était relativement juste. C’est difficile de donner des souvenirs. C’est lui qui m’a donné ma chance en pros, qui m’a fait confiance. J’ai essayé de lui rendre le maximum. Il parlait peu mais agissait. Il disait les choses vertement, quand il le fallait. C’est quelqu’un que tout le monde appréciait, même quand il ne vous faisait pas jouer. Il n’y avait pas beaucoup de soucis avec lui. C’est une époque où toute la France était verte. Robert était le porte-parole de toute l’équipe. Il résumait l’AS Saint-Etienne, travailleur, qui donnait le maximum à chaque fois. Il résumait à lui seul tout ce qu’on pouvait voir sur le terrain. Il a compté dans une période de ma vie. Je le revoyais toujours avec plaisir. C’est lui qui était l’étendard de cette équipe. Il a inculqué des valeurs aux joueurs de cette équipe, avec des méthodes d’entraînement innovantes.Tous les entraîneurs se nourrissent de leurs expériences. Je me suis nourris de cette expérience, et d’ailleurs. Chacun prend à droite à gauche. Saint-Etienne, c’était quelque chose de différent car c’est un club qui avait 20 ans d’avance sur les autres, au niveau de la structure, de l’encadrement, des entraînements."

Gérard Janvion, sous les couleurs de Saint-Etienne
Gérard Janvion, sous les couleurs de Saint-Etienne © MAXPPP - PHOTO ARCHIVE LA TRIBUNE-LE PROGRES

► Gérard Janvion : "Il m'a donné ma chance"

"C'était un entraîneur honnête et rigoureux, j'ai beaucoup de peine", a témoigné sur franceinfo, Gérard Janvion, ancien joueur de l'AS Saint-Étienne de 1972 à 1983 et de l'équipe de France. "J'ai appris son hospitalisation mais je ne m'attendais pas à cette nouvelle-là. Je savais qu'il était un peu fatigué. Je suis arrivé en 1972 à Saint-Etienne, c'était le début de sa carrière de jeune entraîneur. Il a intégré énormément de jeunes du centre de formation. C'est grâce à lui si j'ai fait une carrière de haut niveau aussi longtemps. Il a su donner leurs chances aux jeunes. J'ai beaucoup de peine. Il m'a donné ma chance car je suis arrivé après des joueurs beaucoup plus expérimentés que moi. Il a su me donner ma chance et j'ai su la saisir aussi. S'il ne m'avait pas incorporé au sein de l'équipe je crois que je n'aurais pas fait une si grande carrière."

à voir aussi Robert Herbin : dernière lettre au Sphinx, par Alain Vernon  Robert Herbin : dernière lettre au Sphinx, par Alain Vernon 
Christian Lopez, entrant sur le terrain devant Robert Herbin
Christian Lopez, entrant sur le terrain devant Robert Herbin © MAXPPP - LE PROGRES

► Christian Lopez : "Ce qui était frappant chez lui, c'est qu'il ne montrait jamais sa joie ou sa déception"

"C'est une bien triste nouvelle. C'était une très belle personne. Si le club en est là aujourd'hui, c'est en grande partie grâce à lui. J'ai eu la chance de jouer avec lui une demi-saison, quand il a fini sa carrière. C'était un homme très généreux. Ce qui était frappant chez lui, c'est qu'il ne montrait jamais sa joie ou sa déception. On avait beaucoup de respect pour l'homme", confie Christian Lopez, ancien joueur de l'ASSE entre 1971 et 1982. 

"Au début de ma carrière, il ne me faisait pas jouer. J'avais fait une demi saison avec lui, la saison où il a arrêté sa carrière de joueur. Je joue donc tous les matchs retours avec lui. Il jouait en numéro 5 et moi en 4. La saison d'après, il a repris l'équipe, au niveau de l'entraînement. Et il ne m'a pas fait jouer tout de suite, je ne comprenais pas. Alors, j'allais le voir dans son bureau et je contestais cette décision. Il me regardait et me laissait parler", rit Christian Lopez. "Et puis ensuite il me disait, 'continue à travailler et puis un jour viendra'. Un jour, effectivement, c'est ce qui s'est passé."

"Il n'a jamais supporté qu'on ait perdu la finale de la Coupe d'Europe, en 1976, contre le Bayern Munich"

"Quand il était entraîneur, il avait mis en place un système de prime supplémentaire via la notation des joueurs en pourcentages. Quand on jouait à domicile, on pouvait toucher un peu plus de la moitié de la prime supplémentaire, et quand on jouait à l'extérieur et qu'on gagnait, on avait pratiquement une prime double. Comme j'étais capitaine, les lendemains de matchs j'allais dans son bureau, je récupérais les feuilles qu'il avait déjà notifiées et je les donnais aux joueurs. Bien sûr, il y avait toujours des commentaires et des contestations sur les pourcentages indiqués. Il y en a un à qui ça arrivait tout le temps, c'était Johnny Rep. Johnny, quand il jouait à 50%, il était déjà très bon, mais c'est vrai que souvent il n'avait pas trop envie de jouer", rit Christian Lopez. "Johnny et Robby rigolaient de cela."

Une dernière anecdote pour finir : "Il n'a jamais supporté qu'on ait perdu la finale de la Coupe d'Europe, en 1976, contre le Bayern Munich. Cette défaite a été un grand regret pour lui. Il ne l'a jamais digérée." 

Christian Sarramagna au penalty contre Nîmes en 1976
Christian Sarramagna au penalty contre Nîmes en 1976 © AFP

► Christian Sarramagna : "C'est une légende"

"Ca a été un choc (la mort de Robert Herbin, Ndlr). Robert Herbin, c’est toute une partie de ma vie", nous a confié Christian Sarramagna, joueur de l'As Saint-Etienne de 1970 à 1979. "Je suis arrivé à l’âge de 17 ans à Saint-Etienne. Robert, c’était déjà mon coéquipier. J'ai joué avec lui, puis j’ai été son joueur lors de cette grande épopée verte, et ensuite je suis devenu son adjoint. Robert, je le connais très très bien. C’est une grande et belle personne. C’est un homme qui nous a énormément apportés, il nous a éduqués, nous a préparés pour faire une carrière professionnelle. C’était un visionnaire à l’époque. C’est lui qui a fait confiance à tous ces jeunes, alors qu’on venait de gagner la Gambardella. Il nous a mis sur le devant de la scène. On lui doit beaucoup.

"Il nous a appris à être professionnels"

Par sa rigueur, son intransigeance, il nous a amenés au plus haut niveau. Il nous a appris à être professionnels, c’est un métier qu’il nous a appris. Il nous a inculqué le dépassement de soit... A l’époque, quand on voyait comment on s’entraînait, se préparait, comment on était placé dans les meilleures conditions pour faire notre métier, être capable de rivaliser avec les meilleurs. Tout ça, c’est grâce à lui. Même si on dit que c’était un homme fermé, c’était une impression. C’était un homme qui savait faire passer des messages. On était très attentifs et très respectueux de tout ce qu’il pouvait nous apporter.

Il a mis de la musique dans les vestiaires. C’était un grand passionné de musique classique. Son père évoluait dans un orchestre à Nice, et il a été élevé dans ce monde et ce milieu. Il a voulu indirectement nous transmettre cette passion. Il mettait la musique dans les vestiaires, et on appréciait cela. Robby il aimait s’isoler. C’était un solitaire. Il aimait profondément se retrouver chez lui, et vivre son quotidien, sa grande musique, ses chiens. J’ai connu l’homme quand je suis devenu son adjoint. C’est un homme passionnant, de grande culture, sur tous les sujets.

Mon souvenir ? J’en ai tellement. Si j’ai fait une carrière professionnelle, c‘est grâce à lui. Saint-Etienne, c’était un club formateur à l’époque, mais qui nous a beaucoup éduqué pour ce métier. Il était toujours là pour éviter qu’on se disperse, qu’on passe à côté de de petits détails qui ont fait de cette équipe l’élite du foot français, mais aussi la locomotive du foot français. On n’imaginait pas qu’une équipe française pouvait rivaliser avec ce qui se faisait de mieux en Europe. Surtout de petits Stéphanois, formés au club.

C’est une légende. Il a écrit la plus belle page du football français, avec un palmarès qui ne se discute même pas. Il a une carrière impressionnante, que ce soit en tant que joueur ou d’entraîneur. Il n’y a pas de mots pour expliquer ce qu’il a fait pour ce sport et pour l’ASSE."

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Pierre Repellini, accroupi juste devant Robert Herbin, avec l'équipe de l'ASSE de 1976
Pierre Repellini, accroupi juste devant Robert Herbin, avec l'équipe de l'ASSE de 1976 © AFP

► Pierre Repellini : "Il nous a permis de faire tout ce qu'on a réalisé par la suite"

"Je suis très ému. C'est une lourde disparition. J'étais très proche de Robert Herbin, et je le voyais à chaque fois que je venais  Saint-Etienne. Je l'avais vu récemment. Je suis très touché, a confié l'ancien joueur de l'AS Saint-Etienne de 1970 à 1980. C'est quelqu'un qui est arrivé avec des idées nouvelles, qui nous a permis de faire tout ce qu'on a réalisé par la suite. Il a surtout amené un changement au niveau des entraînements, avec des séances de physique pur, avec pratiquement pas de ballon, le mercredi. C'était très intense. Mais il a apporté par sa qualité footballistique, car avant d'être l'entraîneur il a été joueur de l'ASSE, dans une équipe mémorable avec Bosquier, Carnus, Keita... C'était un joueur d'exception. Ensuite, il a été l'entraîneur novateur.  Il était très proche des joueurs, et il n'avait pas besoin de beaucoup parler pour nous faire comprendre quel était notre intérêt, celui des joueurs et de l'équipe. On a adhéré à sa philosophie et on a fait ce bout de chemin ensemble."

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Apolline Merle et Michel Goldstein