A Dijon, le centre de formation à l'arrêt : "Il n'y a plus de vie au centre aujourd'hui"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Hugo Monier
Le centre de formation de Dijon
Le centre de formation de Dijon | DFCO

Les centres de formation ont dû interrompre leur activité, comme l'ensemble du football français. Sébastien Degrange, directeur de la formation à Dijon, nous explique les adaptations nécessaires, notamment lorsqu'il a fallu se séparer de certains jeunes joueurs.

Pendant que l’Europe du football retrouve les terrains, la France reste à l’arrêt. Les championnats arrêtés, les centres de formation ont eux aussi dû stopper leur activité. Comme à Dijon, où le directeur de la formation, Sébastien Degrange, est revenu sur cette drôle de période. "Il n'y a plus de vie au centre aujourd'hui", explique-t-il. "Avec les annonces de la Fédération et de la direction technique nationale, il a fallu fermer le centre de formation. Et vu que les championnats ne vont pas reprendre, le centre ne va pas rouvrir."

Une progression coupée

Environ 56 joueurs ont dû interrompre leur apprentissage. "On prend des nouvelles avec les coaches, ils sont dans l’attente pour savoir", souligne-t-il. "Pour suivre la scolarité aussi, s’ils continuent de bosser, et du soutien psychologique." Face au confinement, tous n’étaient pas logés à la même enseigne. "Selon les départements, certains ont des jardins et peuvent jouer chez eux, faire du sport", poursuit-t-il. "Ceux qui étaient en appartement, c’était plus difficile. Avec le déconfinement, ils sont contents de pouvoir à nouveau sortir dehors."

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Une coupure forcément dommageable en pleine période de progression pour les joueurs. "On va repartir en arrière", regrette Sébastien Degrange. "C'est plus une perdition qu'une stagnation. Pendant deux mois, ils ne vont pas avoir touché le ballon et ils vont perdre tout ce qui est réflexes de prise d’informations au milieu de plusieurs joueurs. A mon avis, il va y avoir des pertes."

Des départs annoncés à distance

La deuxième partie de saison est souvent mouvementée pour les centres de formation, entre les signatures de joueurs pour la saison prochaine et les départs de certains résidents actuels. "On a eu la chance de ne pas avoir de recrutement à faire", explique Sébastien Degrange. "On est beaucoup dans l’anticipation, notre recrutement avait été bouclé juste avant. Aujourd'hui, les signatures se font de plus en plus tôt. Dans le malheur, on a eu la chance."

Mais les recrues seront-elles vraiment les joueurs observés il y a quelques mois ? "Il n’aura peut-être pas eu l’évolution qu’on attendait. Au moment du recrutement, vous vous dites qu'il va continuer à progresser avec son club", souligne le directeur du centre de Dijon. "Mais il faut en être conscient. Il faudra leur donner un peu plus de temps et se dire que de toute façon, c'est pareil pour tout le monde. Il faut partir avec cette idée d'être patient et de remettre tout le monde en ordre de marche, tranquillement. Il ne faut pas se précipiter et les casser de partout. Dans ce cas on perdrait plus de temps qu'autre chose."

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Si tout était bouclé pour les arrivées, il a fallu annoncer à distance leur sort aux joueurs non conservés, une première difficile pour Sébastien Degrange : "Dans ces moments-là, on aime avoir la personne en face de soi. La visio, cela permet de dire les choses, mais vous n’avez pas ce moment où vous pouvez bien regarder dans les yeux. Il n’y a pas cette proximité qui permet de ressentir d’autres choses dans la discussion. A travers le téléphone, ce n'est pas la même chose. Si j'avais à le faire tous les ans en visio, et avec des familles…"

"Tant que vous pouvez aider..."

Dix joueurs vont quitter le centre de formation de Dijon, et se retrouver dans la situation la plus compliquée : libérés, mais incapables de passer des essais ailleurs en raison de la crise sanitaire. "On leur a dit que tout le monde était logé à la même enseigne et qu'ils ne pourraient pas faire de tests, qu’ils ne devaient surtout pas hésiter à donner notre numéro", explique Sébastien Degrange. "Entre directeurs de centre de formation, on s'échange de toute façon les listes avec les numéros des coaches. Pour qu’on puisse donner nos raisons, les qualités, ce qu'il manque au garçon."

Une importance du bouche-à-oreille toujours présente, devenue indispensable avec le coronavirus. "Tant que vous pouvez aider le joueur qui a été correct tout le temps qu'il a passé au club, vous le faites très volontiers en étant honnête vis à vis des clubs qui vous appellent", insiste Sébastien Degrange. "Encore plus cette année. Ce n'est jamais de gaieté de cœur que vous vous séparez d'un joueur. C'est que vous estimez qu'il ne pourra pas aller jusqu'au haut niveau, pour nous la Ligue 1. Mais il peut toujours rebondir et y arriver, et tant mieux pour lui."