Les heurts dans le stade de Port Saïd
Les heurts dans le stade de Port Saïd | AFP

De nombreux morts dans un stade égyptien

Publié le , modifié le

La violence a encore tué dans un stade de football. Le bilan est très lourd puisqu'on dénombre 74 morts et 248 blessés. A l'origine, des heurts entre supporteurs des équipes Al-Masry et Al-Ahly à Port Saïd. Les affrontements ont commencé lorsque l'arbitre a sifflé la fin du match au cours duquel Al-Masry a fait subir à Al-Ahly, un des meilleurs clubs d'Egypte, sa première défaite (3-1) de la saison. L'UE a demandée une "enquête immédiate et indépendante".

Entre violence des uns et panique des autres, de nombreux supporters se sont retrouvés pris au piège et piétinés. Dans l'affolement, certains sont même tombés des balcons des tribunes. Sur le terrain, les affrontements ont été très violent. Selon des témoins et un photographe de l'AFP, des jets de pierres, de bouteilles et de fumigènes ont été constatés. Des armes blanches ont également été utilisées par certains supporters. "Il y a des morts sur le sol! Il y a des morts dans les vestiaires! Je ne jouerai plus au football tant que justice ne sera pas faite", s'est exclamé un joueur de Al-Ahly, Emad Meteab, sur la chaîne de télévision de son équipe. Dans le monde du football, les réactions n'ont pas tardé. Le président de la Fédération internationale de football, Sepp Blatter, s'est déclaré "très choqué" et a parlé d'un "jour sombre".

Le directeur de la sécurité évincé
Le directeur de la sécurité de la ville égyptienne de Port-Saïd a été démis de ses fonctions, a indiqué jeudi l'agence officielle Mena. Le ministre de l'Intérieur, Mohammed Ibrahim, a décidé de démettre Essam Samak de ses fonctions "après les évènements de Port-Saïd", a rapporté l'agence.

Face à l'ampleur des incidents, les critiques ont fusé sur le dispositif de sécurité dans et autour du stade. Les services de sécurité ont assuré que les policiers anti-émeutes étaient présents en nombre suffisant, mais qu'ils n'ont pas voulu s'interposer en raison de consignes de modération diffusées après des manifestations meurtrières au Caire en novembre et décembre derniers. Le maréchal Hussein Tantaoui, le chef du Conseil suprême des forces armées, au pouvoir depuis la chute en février 2011 de Hosni Moubarak sous la pression de la rue, a envoyé deux avions militaires à Port-Saïd pour évacuer les joueurs et les blessés.

La sécurité de l'Egypte "est bonne" a-t-il assuré en attendant leur arrivée sur un aéroport du Caire, a rapporté la télévision. Le gouvernement devait quant à lui tenir une réunion de crise jeudi. Les Frères musulmans, grands vainqueurs des dernières élections législatives, ont accusé les partisans du président déchu Hosni Moubarak d'être responsables des violences. "Les événements de Port-Saïd ont été planifiés et sont un message des partisans de l'ancien régime", a affirmé le député Essam al-Erian, membre du parti politique de la confrérie. Le député libéral Amr Hamzawi a appelé de son côté au limogeage immédiat du ministre de l'Intérieur, ainsi que du gouverneur et du chef de la sécurité de Port-Saïd. Le président du Parlement Saad al-Katatni, membre des Frères musulmans, a indiqué que l'Assemblée du peuple tiendrait une session extraordinaire jeudi.

Une "enquête indépendante" demandée par l'UE
L'Union européenne a demandé jeudi l'ouverture d'une "enquête indépendante" pour déterminer les causes des  violences. "J'espère qu'une enquête immédiate et indépendante fera la lumière sur les  causes de ce tragique événement", a écrit le chef de la diplomatie de l'UE, Mme Catherine Ashton, dans un communiqué.

Dans le même temps, un incendie s'est déclaré au stade du Caire lors du match opposant al-Zamalek au club Ismaïly amenant les responsables à annuler la rencontre. L'incendie a été maîtrisé, a indiqué un responsable de la sécurité. Depuis la chute de Hosni Moubarak il y a bientôt un an, l'Egypte a connu des troubles sporadiques et parfois meurtriers, associés à une hausse de l'insécurité liée notamment à un désengagement de la police, qui a été fortement critiquée pour avoir réprimé les manifestants pendant le soulèvement populaire de janvier-février 2011. Des heurts s'étaient déjà produits le 6 septembre dans un stade du Caire entre la police et des partisans de Al-Ahly qui lançaient des slogans hostiles à l'ex-président Moubarak. Près de 80 personnes avaient été blessées.

Xavier Richard @littletwitman