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Hatem Ben Arfa et Julien Stéphan. | AFP

Stade Rennais, chronologie d'une saison paradoxale

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Habitués à la déception et aux saisons tièdes, les supporters rennais garderont un souvenir impérissable du cru 2018-2019, un cru au scénario imprévisible et souvent paradoxal. Un coach limogé en cours de saison, une course à l'Europe manquée d'un côté. De l'autre, des exploits clinquants en Ligue Europa et une finale de Coupe de France qui se profile contre le PSG. Retour sur une année de hauts et de bas.

Un parcours européen en vue, un recrutement téméraire... Rennes suscite la curiosité des observateurs à l'aube de la saison 2018-2019. Grâce à sa 5e place glanée en mai dernier, le club breton retrouve la Ligue Europa sept années après sa dernière apparition dans la compétition. En dépit des départs de deux cadres (Joris Gnagnon et Wahbi Khazri), l'effectif ajusté à l'intersaison semble en mesure de faire quelque chose.

En dehors de l'arrivée de Damien da Silva, valeur sûre de Ligue 1, le board rennais n'a pas été frileux sur le marché des transferts. En Bretagne, on mise sur un Hatem Ben Arfa, sur un Mbaye Niang, deux joueurs au talent indéniable, mais souvent plombés par leurs écarts de conduite. Même l'arrivée d'un Clément Grenier interroge. Si le milieu international français s'est refait une santé à Guingamp, sa réputation de joueur fragile en aurait refroidi plus d'un.

Mais voilà, l'alchimie peine à prendre. Sabri Lamouchi, qui avait relancé le club fin 2017 après un essoufflement sous Christian Gourcuff, ne trouve pas la solution. En C3, Rennes est bousculé dans une poule abordable avec des adversaires bien à l'Est. La première victoire européenne de son histoire obtenue contre Jablonec (2-1) en devient même anecdotique. Ce n'est guère mieux en championnat. Une piètre quatorzième place, à laquelle trône le club après une lourde défaite contre Strasbourg (1-4), finit par coûter son poste à Lamouchi le 3 décembre. Le coach algérien est limogé neuf jours avant le dernier match de poule en Ligue Europa.

Déclic kazakh

Virtuellement éliminé de la compétition, Rennes doit impérativement s'imposer à domicile contre Astana pour poursuivre sa route. C'est avec un coach intérimaire que le rebond est attendu. Propulsé sur le banc de l'équipe première après trois années à entraîner la réserve, Julien Stéphan entre dans la cour des grands comme on pousse la porte d'un saloon. Sous ses ordres, le Stade Rennais remporte ses cinq premiers matches avec un succès à Lyon (2-0) et surtout la victoire tant attendue contre Astana (2-0). C'est officiel, les coéquipiers de Benjamin André affronteront le Betis Seville en seizièmes de finale de la Ligue Europa. L'affiche est sexy, l'adversaire à la fois alléchant et accessible.

Entre temps titularisé et prolongé jusqu'en juin 2020, Stéphan fait basculer le club breton dans la première partie de tableau. Avant de recevoir le Betis mi-février, le SRFC fait le plein de confiance avec trois victoires de rang. "Il va falloir bien maîtriser ses émotions, garder la tête froide, ne pas confondre la motivation avec l'excitation", prévient le coach la veille du match aller au Roazhon Park. Ses joueurs ne l'ont visiblement pas écouté. Après quinze premières minutes tonitruantes, ils mènent 2-0. Au terme d'un match fou, ils quittent finalement la pelouse sur un 3-3 défavorable en vue du retour en Espagne (et presque inespéré tant le Betis a dominé). Mais l'essentiel est là. L'espoir est vivace et le coeur des supporters rennais s'est embrasé une première fois.

3000 irréductibles n'hésitent pas à prendre leur billet pour Séville, flairant un potentiel match de légende. Ils seront récompensés avec une victoire probante au stade Benito-Villamarin. Le paroxysme de la saison ? La question se pose parce que les Rennais enchaînent au tour suivant en surclassant Arsenal à domicile (3-1), exploit inimaginable deux mois plus tôt. "Je ne savais pas que Rennes aimait autant le foot, c'est incroyable, il y a eu 90.000 demandes pour ce match !", s'extasie Hatem Ben Arfa après la rencontre.

La double fuite de l'Europe

Même si le retour est synonyme de défaite cinglante (3-0) et d'élimination en huitième de finale pour les hommes de Julien Stéphan, leur parcours européen est une réussite unanime. Dans un élan d'allégresse, les Bretons ont été boostés par la Ligue Europa. 14e mi-décembre, ils sont à trois points d'une place européenne au moment de la défaite contre Arsenal et à un match d'une finale de Coupe de France. La perspective d'une nouvelle épopée trotte déjà dans les têtes.

Mais le paradoxe rennais entre en jeu. Capables du meilleur contre de solides adversaires européens, les coéquipiers de Clément Grenier calent complètement en championnat. Depuis la fin de l'épopée, ils n'ont plus gagné (3 victoires, 3 nuls) sauf en demi-finale de Coupe de France contre Lyon (3-2) - l'opposition la plus forte rencontrée depuis mi-mars. En même temps qu'ils ont enterré leurs derniers espoirs de qualification européenne via le championnat, ils se sont offerts une finale de choix contre le PSG samedi, dernier sommet d'une saison mouvementée. Reste à savoir si l'on aura droit au bon côté du paradoxe rennais.

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