ASSE

Saint-Etienne, le réveil de la bête blessée

Publié le , modifié le

En grande difficulté depuis plusieurs mois, Saint-Etienne s’est offert une énorme bouffée d’air frais en battant le Stade Rennais ce jeudi (2-1). Les Stéphanois retrouveront le Paris Saint-Germain le 25 avril prochain pour une dixième finale de Coupe de France. Une lumière dans une saison noire.

38 ans que Saint-Etienne attendait ça. Alors peu importe si les contacts rapprochés et les embrassades ne sont pas vraiment en odeur de sainteté en ces temps de virus, la frustration d’une saison ratée et d’une lutte pour le maintien était trop grande pour ne pas laisser déborder le Chaudron. Un coup de patte de Boudebouz pour le but de la victoire, des fumigènes, un envahissement de terrain, de la communion, des larmes de joie pour Jessy Moulin, mais aussi et surtout des sourires, une espèce en voie de disparition ces derniers mois dans le Forez.

38 ans après, Saint-Etienne ira disputer face au Paris Saint-Germain une nouvelle finale de Coupe de France, la 10e de son histoire. La lumière au milieu d'une saison noire, symbolisée par ce coup de patte de Ryad Boudebouz dans le temps additionnel d'une demi-finale accrochée face à Rennes, alors qu'un double sauvetage d'Edouard Mendy et Hamari Traoré quelques secondes plus tôt semblaient avoir mis tout le monde d'accord pour aller disputer 30 minutes supplémentaires sous la pluie stéphanoise. Et puis une ultime percée de Saliba, un contrôle intelligent de Bouanga et Boudebouz, au bout du bout, a fini par faire basculer le scénario du bon côté. "La qualification est complètement méritée. Je suis heureux pour mon groupe qui mérite cette victoire. (...) Les choses tournent enfin pour nous"a confié un Claude Puel soulagé après le match.

Diony-sauce

"Je suis content que ce soit moi qui marque ce but, a de son côté lancé Ryad Boudebouz. Il y a eu beaucoup de choses autour du club, autour de moi, de critiques. La meilleure manière de répondre, c'est sur le terrain." Boudebouz, véritable fantôme cette saison mais symbole de ce "Sainté" version Coupe de France, qui a retrouvé du piquant au meilleur des moments. "Nous aurions pu alors baisser la tête dans la situation dans laquelle nous sommes (en championnat), mais les joueurs ont été très forts", continue Puel. Mais plus que le mental pour ne pas s'effondrer après l'ouverture du score rennaise signée Niang sur penalty, puis pour s'éviter sur le fil la tension une prolongation indécise, c'est surtout dans le contenu que les Verts ont rassuré. Incapables d'aller chercher ce sursaut d'orgueil lors d'un derby sans intensité face au voisin lyonnais dimanche dernier, les hommes de Claude Puel ont rappelé à leurs supporters - surtout lors du premier acte - qu'ils étaient encore capable de jouer au football. Loïs Diony en est probablement la meilleure preuve ce soir.

Disponible, souvent trouvé en remise dans le dos du duo Nzonzi-Camavinga, l'ancien dijonnais - aligné à la pointe du 4-3-3 stéphanois - a été à la base d'une grande partie des offensives stéphanoises (15e, 18e, 20e, 58e , 60e), son entente avec Cabaye donnant le tournis à une défense bretonne passée à côté de son sujet. C'est finalement sans grande surprise de le voir impliqué sur le but de l'égalisation, son centre enroulé côté gauche trouvant la tête de Timothée Kolodziejczak, plus prompt que Steven Nzonzi pour décroiser sa tête (44e). S'il a de nouveau fait preuve déchet dans le dernier geste, une constante pour celui qui culmine à deux petits buts cette saison, Diony a été l'un des hommes clés de la bonne prestation des Vers ce soir.

Pris par Raphinha et fautif sur le penalty, William Saliba a lui montré par sa justesse technique, sa sérénité dans la relance et les duels et sa science du placement qu'il était le patron d'un collectif stéphanois en rémission. Hormis sur le penalty, il n'a jamais été pris à défaut, jouant à la perfection du recul frein devant Raphinha pour gérer un deux contre deux qui aurait pu être dévastateur (49e), ou anticipant parfaitement pour fermer le chemin du but à Del Castillo (76e). Seul joueur (quand il ne squatte pas l'infirmerie) à surnager dans le marasme vert cette saison, le jeune Saliba - 18 ans seulement, s'il fallait encore le rappeler - a su cette fois tirer tout le monde vers le haut, pour embellir enfin une saison annoncée depuis longtemps comme cauchemardesque. "Ce match doit nous montrer le chemin pour le championnat, c'est une bouffée d'oxygène. Il y a de l'émotion ce soir, il faudra se calmer et vite récupérer pour appréhender le match de Bordeaux." Puel a beau joué la carte de la sagesse, c'est dans l'ivresse d'un futur voyage au Stade de France et d'une nouvelle finale de Coupe de France que s'endormira Saint-Etienne ce soir.