La joie des joueurs de Belfort face à Montpellier
La joie des joueurs de Belfort face à Montpellier | AFP

Coupe de France : Belfort, croire en la magie sans rompre avec les valeurs

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Propulsé au rang de « Petit poucet » de la Coupe de France à coup d’exploits successifs, l’ASM Belfort (N2) se prépare à vivre l’un des plus grands moments de son histoire avec la réception du Stade Rennais, mardi, en quart de finale. Si la ferveur s’est emparée de la ville depuis plusieurs jours, en témoigne la très forte affluence à la billetterie, joueurs et dirigeants restent mesurés. Ils veulent croire en l’exploit, sans détonner avec les valeurs d’humilité et de travail qui ont forgé leur groupe.

À Belfort, la magie de la Coupe de France n’est plus un mythe. C’est une réalité. Depuis deux mois, la Cité du Lion vibre au rythme des exploits de son équipe amateur, l’ASMB (N2), qui disputera ce mardi à Bonal le tout premier quart de finale de son histoire face au Stade Rennais (L1). Un rêve en forme d’anomalie pour une terre de foot plus habituée aux matches de gala quand le protagoniste s’appelle Sochaux. En bons voisins, les Lionceaux vont donc laisser leur place aux Lions, pas rassasiés dans leur chasse aux clubs pros entamée le 16 novembre dernier face au Gazélec Ajaccio (1-0). Depuis, deux autres proies sont tombées : Nancy, 9e de Ligue 2 et Montpellier, 5e de Ligue 1, sont venus se casser les dents à Serzian. Trois succès de prestige qui donnent une saveur toute particulière à l’épopée belfortaine, et que seule la magie de la Coupe semble en mesure d'offrir. 

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"C’est une immense fierté" reconnaît le capitaine de l’ASM Belfort Thomas Régnier, "Il y a eu quelques jours de folie après la victoire contre Montpellier. On sent qu’il y a énormément d’engouement dans toute la ville. Tous les gens que je croise ne me parlent que du quart de finale. Ils nous suivent et sont vraiment concernés par notre parcours. Ca fait plaisir à voir" poursuit l’avant-centre de 35 ans, seul joueur de l’effectif à présenter sur son CV un vrai vécu en professionnel. "J’ai eu la chance de jouer la Coupe d’Europe avec Sochaux quand j’avais vingt ans donc je ne dirais pas que le match face à Rennes sera le match le plus important de ma carrière. Mais ce sera l’un des plus beaux, c’est certain" s’avance t-il, à la veille d’accueillir le tenant du titre à Bonal. L’antre du FCSM devrait sans doute faire le plein. 16 000 billets ont été écoulés en moins de 48 heures, alors que la billetterie n’a débuté que samedi en raison du match de Ligue 2 entre Sochaux et Le Mans (1-0). 

Une première historique

Il faut dire que toute la région n’attend que ça. En cinquante ans d’existence, le petit club d’une ville qui ne l’est, elle, pas vraiment - Belfort compte 50 000 habitants - n’était jusqu’alors parvenu à briller en Coupe de France qu’à une seule reprise. C’était en 2013. Le parcours de l’ASMB avait pris fin en 32e de finale face au Havre (1-3). "C’est quelque chose d’inimaginable pour nous. On n’y aurait jamais pensé, mais c’est arrivé" se réjouit Jean Paul-Simon, président emblématique du club depuis 17 ans, "Nous sommes un tout petit club avec 700 000 euros de budget. En début de saison, on ne pense pas du tout à ce genre d’exploits. Etre dans les huit dernières équipes d’une compétition qui en rassemble plus de sept milles, c’est historique".

Pour le président comme pour l’entraîneur Anthony Hacquard, le quart de finale qui se profile face au Stade Rennais revêt une dimension toute particulière. Il aura aussi un léger parfum de revanche pour certains joueurs qui, à l’image du jeune milieu de terrain Maxime Loichot, ont rejoint Belfort après avoir longtemps rêvé d’un contrat professionnel à Sochaux. L’ASMB est un peu l’anti-chambre du FCSM, et il n’est pas rare de voir des espoirs écartés du centre de formation sochalien rebondir à moins de vingt kilomètres de là, dans la Cité du Lion. Qu’à cela ne tienne, la fête prévue ce mardi, et ce quelque soit le résultat final, n’en sera que plus belle, d’autant que la proximité affichée par les joueurs belfortains avec leurs supporters traduit un engouement assez singulier. Les scènes de liesse et de communion qui ont suivi la victoire face à Montpellier en ont surpris plus d’un. 

"J’ai vu des papys en larmes. Ils sont venus me sauter dans les bras" raconte avec émotion Thomas Régnier, amoureux de sa ville et désireux de s’impliquer davantage dans la vie locale. "C’est du bonheur pour tout le monde" reconnaît de son côté Damien Meslot, maire de Belfort depuis 2014, "C’est un rêve pour une ville comme la nôtre. Notre région a connu une période difficile, avec des restructurations industrielles. Maintenant les entreprises reviennent progressivement, et voir son club amateur arriver à ce niveau, ça donne de l’optimise, un élan supplémentaire à la ville" se félicite-t-il. 

Thomas Régnier
Thomas Régnier © @ASM Belfort

Depuis quinze jours, des banderoles en soutien à l’ASMB fleurissent un peu partout dans la Cité, toujours bien gardée par sa forteresse et son Lion, si symbolique oeuvre de Bartholdi. La Coupe de France a été présentée ce week-end au bar Le Cordial et les supporters ont répondu présents. Ils étaient des centaines à faire la queue samedi matin très tôt, à Montbéliard, pour la billetterie. Ils ne manqueraient pour rien au monde un nouvel exploit du nouveau « Petit Poucet ». 

"Le quotidien ne change pas"

"Il y a une ferveur immense, d’autant que les joueurs sont tous des amateurs. Ils sont engagés dans la ville. Les gens les croisent dans les écoles, au supermarché et s’identifient un peu à leurs exploits" poursuit Damien Meslot, premier supporter d’une équipe qu’il suit chaque week-end sur les pelouses de Nationale 2. Car c’est bien cela le véritable quotidien des hommes d’Anthony Hacquard. Aussi belle soit-elle, l’euphorie de la Coupe de France n’est que passagère. Belfort en a parfaitement conscience et c’est peut-être ce qui fait la force du collectif, soudé face à l’adversité, et qui a su proposer dans le jeu une opposition des plus sérieuses à Montpellier, actuel 5e de Ligue 1.

Héros de la séance de tirs au but qui a envoyé les Belfortains en quarts de finale, Eddy Ehlinger (18 ans) est l’un des plus jeunes joueurs de l’effectif. Son quotidien est évidemment rythmé par le football, mais aussi et surtout par les études. "Il va probablement jouer devant 20 000 personnes et aller en cours le lendemain. Ça semble fou mais c’est aussi ça la Coupe de France" s’en amuse Thomas Régnier. "Bill Dago joue ce soir et demain il ne pourra pas faire le décrassage car il lave les voitures à Besançon. C’est son boulot. Son patron est très fier de lui mais il doit faire ses heures et notre parcours ne change rien à ce quotidien. Ça me fait plaisir de le dire car ce sont nos valeurs" nous expliquait le président de l’ASM Belfort vendredi, quelques heures avant la réception de Sedan en championnat. 

Kinésithérapeute dans la vie, Jean-Paul Simon dirige le club depuis 2003, animé par des valeurs d’humilité, de simplicité et de travail qu’il entend transmettre à ses joueurs au quotidien. Mais Belfort est sur un petit nuage et n’a pas l’intention d’en redescendre. Croire en la magie, sans rompre avec ses valeurs. "Ce qui nous arrive est magnifique, mais la vie ne change pas. Il faut savoir rester à notre place. Le matin, il faut toujours se lever pour aller au boulot. Je fais mes 55 heures par semaine et comme mes joueurs, ce qui me fait vivre n’est pas le foot. Le foot est une passion et une passion fait rarement vivre à moins d’être pro. Il faut rester ce qu’on est et c’est le message que je veux faire passer aux plus jeunes". 

Les joueurs de l'ASMB avec la Coupe de France
Les joueurs de l'ASMB avec la Coupe de France © @ASM Belfort

Un discours lucide et mesuré au travers duquel le dirigeant tient aussi à raviver sa flamme de supporter. Malgré les chances, aussi infimes soient-elle, les Belfortains auraient tort de ne pas y croire. Trois divisions les séparent de leur prochain adversaire mais le mot d’ordre est simple : ils l'ont déjà fait, et rien ne les interdit de continuer à rêver.

"Bien-sûr qu’on y croit. Il faut y croire. Nous allons mourir sur le terrain. On ne va rien lâcher et le lion va manger le renne" prévient Jean-Paul Simon, suivi par son capitaine " On sait que notre chance est infime mais nous allons aborder ce match comme nous l’avons fait face à Montpellier. Avec de l’envie et de la détermination", espère Thomas Régnier, "Si on a 1% de chance de gagner, on la jouera à fond. On ne veut pas que ça s’arrête". Les Rennais sont prévenus. L’humilité n’empêche pas les ambitions. Et Belfort en a plus que de raison.