Brésil
La déception des Brésiliens après leur élimination en quart de finale de la Copa America face au Paraguay | YURI CORTEZ / AFP

Un Brésil en crise d’identité à un an des Jeux Olympiques de Rio

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Il y a 13 ans, Ronaldo inscrivait un doublé face à l’Allemagne au Yokohama International Stadium et permettait à son capitaine Cafu de brandir la dernière Coupe du Monde remportée par le Brésil. À cette époque, les stars s’appelaient Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho, Roberto Carlos ou Kaká. Les temps ont bien changé. Aujourd’hui, le football brésilien est en crise et seul Neymar semble capable de maintenir le bateau auriverde à la surface. À un an des JO de Rio 2016 et de son tournoi olympique de football, le constat est plus qu’inquiétant pour une nation qui a exporté son « jeu à la brésilienne » à travers le monde pendant plusieurs décennies.

Et si la claque reçue face à l’Allemagne en demi-finale de la Coupe du Monde n’était pas qu’une simple alerte ? La crise que traverse le football brésilien semble bien plus profonde qu’un non-match un soir de 8 juillet 2014. Car si la bande à Dunga entamait cette Copa America avec quelques certitudes (invaincue depuis la fin de la Coupe du Monde), les errements et les doutes sont très vite revenus après cette élimination en quart de finale face au Paraguay. Le constat est clair, le Brésil n’est plus une nation qui fait peur. Enraciné depuis toujours dans un football où le bon est intrinsèquement lié au beau, ce qu’on appelle le Joga Bonito ne semble plus être dans les plans et projets de cette équipe et de son sélectionneur Dunga. 

"J'ai souffert de voir le Brésil choisir la prudence et l'attentisme"

"Oui, Neymar est important pour le Brésil comme il est important pour Barcelone, mais nous avons des joueurs de qualité. Il faut continuer à travailler pour donner satisfaction à nos supporters." La déclaration de Dunga à la sortie du match face au Paraguay ne masque pas les doutes autour de la capacité de la sélection brésilienne à se sublimer sans son numéro 10 . Sans son prodige barcelonais, le Brésil n’est que l’ombre de lui-même. Et même avec Neymar sur le terrain, ce dernier ne peut transformer cette Seleção laborieuse en une équipe spectaculaire. Car si les individualités font la différence en un contre un, le Joga Bonito se base avant tout sur un travail d’équipe, où un joueur, aussi talentueux qu’il soit, ne peut réussir seul à faire briller tout un collectif.

C’était par exemple le cas pour le Brésil 1994 qui, malgré sa paire magique Bebeto-Romario, a été largement critiqué pour son approche jugée trop défensive. Le sélectionneur de l’époque, Mario Zagallo, employait alors la même tactique que celle employée par Dunga aujourd’hui, c'est-à-dire un système en 4-4-2 avec deux milieux à vocation défensive qui étaient à l’époque Mauro Silva et… Dunga. Si ce choix a été assumé par certains joueurs ("Cette équipe n’avait pas le choix. Si nous n’avions pas gagné, aucun d’entre nous n’aurait pu rentrer au Brésil." Dunga), d’autres comme Aldaïr, le défenseur central titulaire lors de cette Coupe du Monde disait avoir "souffert de voir le Brésil choisir la prudence et l’attentisme". 

 Dunga soulevant la Coupe du Monde lors de l'édition 1994
Dunga soulevant la Coupe du Monde lors de l'édition 1994

Dans son livre Racines du Brésil (1936), Sérgio Buarque de Holanda décrit ces « gestes qui appellent aux sentiments et aux sens, des gestes dont la dimension charnelle, festive, frapperont la vue et l’ouïe », propres au football brésilien. Mais aujourd’hui, la Seleção joue différemment. Sous la houlette de Dunga, le Brésil privilégie un style de jeu où l’assise défensive prendrait le pas sur le jeu offensif, où les fantasques, les amoureux du beau geste et des caresses seraient laissés sur le côté au profit d’un jeu fait de passes longues et de frappes chronométrés. Un style confirmé lors de la Coupe du Monde 2010 par Luis Fabiano, alors attaquant sous la houlette de Dunga, déjà présent sur le banc brésilien. « S'il faut jouer sale pour gagner, nous le ferons » déclarait alors l’attaquant de la Seleção.

Une relève qui tarde à se montrer

Un constat marqué également par le manque de relève de cette sélection brésilienne. Autour de Neymar, promu capitaine à seulement 23 ans, peu de jeunes joueurs semblent capables de pouvoir se mettre à la hauteur du prodige de Barcelone. Plutôt à leur avantage en club, Coutinho et Willian n’arrivent pas encore à se montrer réellement décisif avec la Seleção. C’est aussi le cas pour l’attaquant Roberto Firmino, transféré pour 40 millions d’euros à Liverpool il y a quelques jours, mais qui a grandement déçu pendant cette Copa. Devenu titulaire après la suspension de Neymar, Robinho s’est mis en évidence lors des deux derniers matches disputés par le Brésil lors de cette Copa. Mais à 31 ans, l’ancien joueur du Milan AC ne représente pas réellement une solution d’avenir. 

 Neymar porte quasiment à lui seul le jeu offensif de la Seleçao
Neymar porte quasiment à lui seul le jeu offensif de la Seleçao

Le tournoi olympique de 2016, où les équipes ne peuvent emmener que trois joueurs de plus de 23 ans, sera l’occasion pour la nouvelle génération brésilienne de se mettre en évidence. S’il reste en poste, l’ancien capitaine de la Seleção sera sur le banc de la sélection lors des prochains Jeux Olympiques. Alexandre Gallo, qui occupait le poste depuis plus de deux ans, ayant été licencié faute de résultats. « Il est inutile de se lamenter sur notre sort, il faut travailler et cela ira mieux prochainement. Cette élimination est un apprentissage ». À en croire ses déclarations à la sortie de cette Copa America, Dunga ne semble pas enclin à quitter le navire auriverde. Reste à savoir si le sélectionneur actuel restera fidèle à ses convictions ou s'il tentera d'amener un peu de cet esprit Joga Bonito au sein de cette équipe brésilienne qui en manque tellement.

Mathieu Aellen