Chili
La sélection chilienne espère mettre fin à près de 100 ans de disette en battant l'Argentine samedi | MARCELO HERNANDEZ/PHOTOSPORT / PHOTOSPORT

Argentine-Chili : Pour l’honneur et le beau jeu

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Elle était attendue. Cette finale entre l’Argentine et le Chili (samedi, 22h) s’impose comme le dénouement logique au vu du jeu produit par les deux équipes tout au long de cette compétition. Un choc qui devrait tenir toutes ses promesses. Car les deux équipes voudront toutes deux mettre fin à une trop longue période de disette, et que s’affronteront sur le terrain deux philosophies de jeu laissant la part belle aux joueurs offensifs.

Une vitrine à trophées ​bien poussiéreuse

Presque 100 ans d’échecs ! La Roja est l'une des trois équipes du continent à n'avoir jamais décroché le célèbre trophée, avec l'Equateur et le Venezuela, tout en ayant participé à quatre finales (1955, 1956, 1979 et 1987). Une guigne que l’équipe chilienne traîne depuis plus de 99 ans maintenant et la première Copa America organisée en 1916 en Argentine. Depuis, la Roja a entamé un long chemin de croix de presque un siècle, malgré 37 participations à ce tournoi emblématique. Pour cette 44e édition de la Copa, le Chili, pays hôte, arrive en finale  invaincu, fort de quatre victoires, d'un match nul, et de la ferveur de tout un peuple qui n’attend qu’une seule chose : voir Claudio Bravo, le capitaine de la sélection, brandir le premier trophée dans l’histoire de la sélection chilienne. "L'histoire nous a enseigné que nous n'avons jamais été favoris, mais nous sommes pleins d'énergie et d'enthousiasme", a martelé jeudi Bravo en conférence de presse.

Un Chili se considérant comme outsider car en face, c’est l’Argentine, ses deux Coupes du Monde et surtout ses 14 Copa America, qui viendra défier le Chili dans son Estadio Nacional. Un palmarès bien garni pour l’Albiceleste, bien qu'elle vive une longue traversée du désert, certes moins abyssale que celle de son adversaire. L’Argentine tentera en tout cas de mettre fin à une période de 22 années sans titre depuis sa victoire dans la Copa America en 1993, et égaler l'Uruguay qui a remporté 15 trophées.

Sampaoli, Martino et l’esprit de Marcelo Bielsa 

 Gérard Martino, héritier de Bielsa
Gérard Martino, héritier de Bielsa

Malgré le climat tendu autour de cette finale au vu de la rivalité sportive et historique entre les deux pays, la partition qui sera récitée par les 22 acteurs sur le terrain devrait résumer la philosophie de jeu prônée par Jorge Sampaoli et Gerardo Martino, les deux sélectionneurs : un football offensif, flamboyant où pressing constant et verticalité sont les maîtres-mots.

Le mimétisme avec Marcelo Bielsa est rapide. Ce dernier, qui a été à la tête de la sélection argentine de 1998 à 2004 et de celle du Chili de 2007 à 2010, a donc vu deux de ses fils spirituels prendre sa suite. Et les deux techniciens qui s’affronteront lors de cette finale ne cachent pas être des disciples de Marcelo Bielsa. "Je comprends le football de la même manière que Bielsa. Il a laissé une marque au sein de la sélection chilienne que je vais maintenant essayer de suivre"  avouait Jorge Sampaoli peu après sa prise de fonction en 2012. Même son de cloche du côté de Gerardo Martino. "L'émotion ne vient pas seulement avec la victoire. La dernière équipe argentine qui a rassemblé tous les éléments propices au beau jeu est celle de Bielsa. Le résultat n'a pas été bon lors de la Coupe du monde (2002, ndlr), mais la dernière fois que j'ai vu les Argentins aussi satisfaits de leur sélection, c'était avec Bielsa"

Jorge Sampaoli
Jorge Sampaoli

Des déclarations d’amour pour l’actuel entraîneur de l’OM et pour sa philosophie de jeu qui vont inspirer les deux sélectionneurs. Car comme Bielsa, Sampaoli et Martino sont plus obsédés par la manière que par le résultat.Un constat observé cette année avec l’Olympique de Marseille et observé pareillement lors de cette Copa America. Les hommes de Sampaoli ont pu se montrer parfois irréguliers pendant la compétition, les errements défensifs des coéquipiers d’Arturo Vidal ayant pu faire douter plus d’une fois les supporters chiliens. Mais en s’appuyant sur son attaque flamboyante (13 buts, meilleure attaque), les Chiliens ont su à chaque fois se sortir des matches pièges, comme cela a pu être le cas en demi-finale face au Pérou. De son côté, Martino n’a lui non plus pas failli à ses idées. Mais plus que les faiblesses défensives, c’est le manque de réalisme offensif qui a pu faire douter de la capacité de la bande à Messi de se hisser jusqu’en finale. La démonstration face au Paraguay en demi-finale (6-1) a clairement fait disparaître les craintes à l’orée d’un premier triomphe continental depuis 1993 pour la sélection argentine.

Droits dans leurs bottes et dans leurs convictions, les deux hommes ne devraient pas déroger à leur philosophie de jeu malgré l’enjeu de cette finale. Ce qui pourrait préfigurer de l’une des finales de Copa America les plus excitantes de ces dernières années.