Claude Le Roy
L'entraîneur Claude Le Roy | AFP - FRANCISCO LEONG

Le Roy: "Je déteste de plus en plus le monde du football"

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A la tête de de l'équipe de la République Démocratique du Congo pour la deuxième fois de sa longue carrière, Claude Le Roy dresse un premier bilan de la Coupe d'Afrique des Nations, ainsi que du football en général. A 64 ans, il n'est pas prêt à prendre sa retraite.

- Quelles sont vos appréciations générales sur cette compétition?
Claude Le Roy:
"Les Sud Africains font le maximum pour nous mettre dans de bonnes  conditions. Mais considérer qu'une délégation c'est 30 personnes, c'est une  hérésie. La CAF ne prend en charge que 30 personnes, le reste est à la charge  de la Fédération. Il est temps que les choses évoluent. Sur le banc de touche,  on n'a droit qu'à 8 personnes. Il y a bien longtemps que la Fifa a augmenté ça.  Je suis obligé de faire une sélection dans mon staff et certains restent en  tribunes. Il y a une amertume, une frustration. C'est insupportable. Ce sont  aussi des gens dans les bureaux qui décident de la durée d'un entraînement à  notre place et on les programme pendant les matches de nos potentiels  adversaires. Il faut qu'il y ait plus de gens qui sentent le foot."

"La CAF a de plus en plus de moyens"

- Pourquoi cela n'évolue-t-il pas au fil des années en Afrique?
C.L.R.:
"Il y a eu des progrès à la CAF. La CAF a de plus en plus de moyens et  les choses vont évoluer. Mais il ne faut pas que le marketing prenne le pas sur  le sportif. On a l'impression qu'on déroule le tapis rouge aux grands sponsors.  On a connu un football formidable sans qu'il y ait une telle mainmise des  grands sponsors. Je ne suis pas un militant mais j'ai toujours assumé d'être un  homme de gauche, intéressé par tous les combats humanistes dans un monde du  football professionnel où 90% des gens sont à droite. Je suis décalé depuis  longtemps."
   
- Quelle est votre analyse sur le jeu produit depuis 10 jours?
C.L.R:
"Il y a des équipes qui m'ont marqué, l'Ethiopie contre la Zambie, le  Cap Vert a montré qu'il avait des qualités. On voit qu'il y a du travail de  fait."
   
- L'arbitrage a été en revanche très critiqué...
C.L.R.:
"Il y a eu des décisions... Sincèrement, on peut penser par exemple que  le Nigeria n'a pas été aidé par l'arbitre contre la Zambie. Mais je trouve que  le niveau de l'arbitrage en Afrique a considérablement augmenté et a beaucoup  progressé. Il y a eu des choses énormes qui n'ont pas été sifflées mais on en  voit aussi ailleurs."

"Mon 31e match de phase finale" 

- Où en sont vos relations avec votre fédération après les problèmes de  primes connus avant le tournoi?
C.L.R.: "La fédération fait ce qu'elle peut mais elle n'a pas d'argent. On dit  qu'il ne faut pas d'interférence avec le politique mais en Afrique, si les  politiques n'interviennent pas, comment voulez-vous que les fédérations s'en  sortent?"

   
- Sur un plan personnel, comment allez-vous aborder le match décisif  contre le Mali? En vous disant que ce sera peut-être votre dernier dans une CAN?
C.L.R.:
"Assez sereinement. Ce sera mon 31e match de phase finale. Avec ce  groupe, ce n'est que du plaisir. Il peut encore être amélioré et ça peut être  une très grande équipe. J'aime beaucoup citer Rimbaud qui disait qu'il était  'un poète aux semelles de vent'. Moi je suis un peu un entraîneur aux semelles  de vent. J'ai une obligation de moyens pas de résultats. L'objectif c'était la qualification pour la CAN. Mais si on se qualifie, je serai content comme un  môme."
   
- Le mot 'retraite' fait-il partie de votre vocabulaire?
C.L.R.:
"Je vis ma 46e année de professionnalisme. J'ai gardé la même pêche et  la même passion que quand j'étais jeune. J'ai de plus en plus l'amour du jeu et  du football. Par contre, je déteste de plus en plus le monde du football, la  méchanceté gratuite des commentateurs, forts avec les faibles et faibles avec  les forts, le déballage des jugements de valeurs, le manque de cohérence dans  les analyses. J'étais consultant sur Canal+, je pense n'avoir jamais dit une  chose méchante."
   
- Qu'est-ce qui pourrait encore vous faire courir?
C.L.R.:
"Je n'ai jamais eu de plan de carrière. Je suis parti en Malaisie puis  après j'ai signé à l'AC Milan. J'ai passé 3 ans à Oman magnifiques. Les gens  n'imaginent pas ce que c'est. On a gagné la Coupe du Golfe, c'est plus  important que la Coupe du monde là-bas. Mais en France quand on ne connaît pas  on méprise, on ne comprend pas qu'à l'étranger tout le monde ne parle pas  français." 

AFP