Ça s'est passé le 22 mai 1998 : Aimé Jacquet annonce ses 22 pour la Coupe du monde, 6 joueurs partent de Clairefontaine dans la nuit

Publié le , modifié le

Auteur·e : Paul Giffard
Aimé Jacquet
Aimé Jacquet, sélectionneur de l'équipe de France de football. | GABRIEL BOUYS / AFP

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Le 22 mai 1998, ils sont six à quitter Clairefontaine en pleine nuit. Six footballeurs qui ne connaîtront jamais le succès de la Coupe du monde. Pire même, ils seront considérés comme "maudits". Un choix effectué par le sélectionneur Aimé Jacquet qui influera sur la carrière de chaque acteur.

Du rêve au cauchemar. Le 22 mai 1998, le destin de six joueurs de l’équipe de France de football bascule à l’heure où la Coupe du monde à domicile approche à grand pas. Ils pensaient toucher du doigt leur désir, il ne fut que poussière. Aimé Jacquet, le sélectionneur des Bleus, vient de faire son choix et sa sentence est irrévocable. Ils étaient 28, il n’en restera que 22.

Si le 12 juillet sera considéré comme la plus belle page de l’histoire du sport français, il y a eu un 22 mai, un chapitre dont le récit se passe dans la nuit obscure de Clairefontaine.

"Et on joue à 13 ?"

17 jours avant de prendre la décision de se séparer de six joueurs, le patron de l’équipe de France était passé par une autre épreuve, celle de la première liste, que beaucoup croyait définitive. Aimé Jacquet la dévoile en direct à la télévision le 5 mai, sur LCI. C’est la toute première fois que les joueurs vont apprendre leur convocation devant un écran. Auparavant, les annonces étaient faites par un communiqué de la Fédération française de football.

À ce moment, c’est un véritable coup de tonnerre ! L’ancien entraîneur des Girondins de Bordeaux décide de ne pas prononcer 22 noms, mais 28. Le sélectionneur justifie cette initiative : "ce serait de la folie, quand on a six ou sept joueurs qui sont en train de jouer" des fins de saison à enjeux en club (Christian Karembeu, Youri Djorkaeff, par exemple). "Je crois que la sagesse, le professionnalisme, veut que nous prenions toutes les garanties", ajoute-t-il.

Une décision qui va rendre les médias et la presse furieux. Le lendemain le quotidien L’Équipe n'hésite pas à titrer : "Et on joue à 13 ?". Une première polémique, qui alimentera, à nouveau, le dossier "anti-Jacquet". Une affaire qui va connaître un nouveau tournant dans la nuit du 22 mai.

La une de L'Équipe au lendemain de l'annonce des 28 joueurs convoqués.
La une de L'Équipe au lendemain de l'annonce des 28 joueurs convoqués. © L'Équipe

Rendez-vous dans la chambre 15

Entouré de 28 joueurs, Aimé Jacquet ne peut inscrire que 22 joueurs sur les feuilles de match de la Coupe du monde. Il doit donc en écarter six. Son choix est fait et il attendra le coucher du soleil pour réunir les condamnés. Derrière leur porte, des joueur fébriles guettent le moindre bruit. Dans l’ombre, six d’entre eux sont convoqués au sein de la fameuse chambre 15.

Mal à l’aise et d’une voix tremblante, le sélectionneur des Bleus depuis 1993 leur explique que l’aventure est terminée et que la séparation est arrivée. Ils s’appellent Martin, Ibrahim, Sabri, Nicolas, Lionel et Pierre. Promis à la gloire, ils vont connaître la malédiction éternelle. Sans pouvoir dire adieu à leurs camarades, les footballeurs partent sur le champ. Si l’un appelle son beau-frère pour venir le récupérer, les autres repartent en taxi, et quittent une sélection, qui deviendra quelques semaines plus tard, championne du monde.

Le journaliste Karim Nedjari raconte dans son livre, La Nuit des maudits, comment les déçus ont vécu ce moment.

"Pour tourner la page, il m’a fallu trois ans et demi"

Djetou, Ba, Lamouchi, Anelka, Letizi et Laigle vont considérer cet instant comme un véritable affront, qui influera dans la suite de leur carrière respective.

Lionel Letizi sera le seul joueur à recevoir un ticket pour la finale au Stade de France. Les cinq autres sont oubliés. "Je ne comprends pas Jacquet. Il m’a donné des excuses bidons", déclare Nicolas Anelka au Parisien, quelques jours après son éviction. "Je n'étais pas de la famille", souligne Pierre LaigleMartin Djetou, qui vit cela comme une malédiction, va consulter une voyante sur les conseils d’un ami : "Je n'y suis jamais retourné, explique-t-il. J’ai eu tort. Aujourd’hui, je me rends compte que je n’ai rien résolu." Quant à Sabri Lamouchi, il reconnaît, que pour tourner la page, "il m'a fallu trois ans et demi". 22 ans après, l’ancien attaquant de l’AC Milan, Ibrahim Ba, n’a toujours pas pardonné.

Ironie du sort ou non, les six joueurs non retenus n’ont pas été les seuls à souffrir dans cette épreuve. Deux jours plus tard, Aimé Jacquet fera un petit malaise vagal, lors du tournoi de Casablanca, au Maroc. Peut-être les conséquences d'une soirée que personne n'a oublié à Clairefontaine.

Paul Giffard paul_gfrd