Blatter pris dans la tourmente

Blatter pris dans la tourmente

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Président de la Fédération internationale de football (FIFA), Sepp Blatter a peut-être déclenché un petit séisme dans le monde du ballon rond en déclarant à CNN qu'il "n'y a pas de racisme" (dans le football) mais juste quelquefois "un mot ou un geste déplacé", et que la "victime devrait se dire que ce n'est qu'un jeu". S'il a réaffirmé sa volonté de "combattre cette plaie", il est l'objet de nombreuses critiques.

"Il n'y a pas de racisme, mais peut-être un mot ou un geste déplacé. Et la victime devrait se dire que ce n'est qu'un jeu et serrer la main". Tels sont les premiers propos de Sepp Blatter, tenus sur la chaîne CNN World News. Des mots qu'il a ensuite tenté de nuancer: "Ce que je voulais souligner c'est que les joueurs de football se livrent bataille et parfois, les choses se font de manière incorrecte. Mais, normalement, à la fin de la partie, vous présentez vos excuses à votre adversaire si cela a été rude durant le match. Vous vous serrez la main, et tout est fini. Toute personne qui a disputé un match de football ou de n'importe quel sport sait que c'est le cas." Trop tard, le mal est fait.

Le moment est d'autant plus sensible qu'en Angleterre, le jour même de ces paroles, la Fédération anglaise, après un mois d'enquête, accusait l'attaquant uruguayen Luis Suarez de "langage inapproprié et/ou lancé des insultes et/ou eu un comportement (insultant) envers Patrice Evra, en violation des règlements de la FA lors du match Liverpool-Manchester United à Anfield le 15 octobre. Il aurait aussi été question de référence à l'origine sociale et/ou à la couleur (de peau) et/ou à la race de Patrice Evra". Autre cas, mais lieu identique, la FA instruit également un dossier à l'encontre de John Terry, le capitaine de Chelsea et de l'équipe d'Angleterre, pour des propos racistes à l'encontre du défenseur des Queen's Park Rangers, Anton Ferdinand. 

Appels à la démission

Outre-Manche, les réactions ne se sont pas fait attendre. D'abord, certains joueurs ont réagi. Jason Roberts, le buteur de Blackburn, s'est déclaré "outragé" par ces propos sur la BBC, estimant qu'ils reflètent "le vrai visage" des autorités du football face au problème du racisme. Joueur majeur de l'Angleterre et capitaine de Manchester United, Rio Ferdinand s'est déclaré "étonné" par ces propos sur Twitter, et "je me sens idiot d'avoir pensé que le football devait jouer un rôle de leader contre le racisme". De nombreux joueurs ont appelé à la démission du président de la FIFA, comme Stan Collymore, Robbie Savage ou Mark Bright, un chemin sur lequel s'est également engagé Gordon Taylor, patron du syndicat des joueurs en Angleterre: "Cela dépasse les bornes. De tels propos montrent qu'il a tout faux, qu'il est dépassé. Il devrait laisser la place à Michel Platini (président de l'UEFA). S'il y a une personne qui devrait comprendre le racisme, c'est bien le président de la Fifa, qui compte 200 pays, faits d'histoires, de couleurs, de croyances différentes", a-t-il expliqué sur Sky Sports. Pour lui, "sans l'ombre d'un doute", Sepp Blatter doit quitter son poste. Richard Scudamore, chef exécutif de la Premier League, rejette également cette négation du racisme: "Le racisme existe dans le monde, et aussi dans le football, bien que réduit. Il y a encore des problèmes, nous ne sommes pas complaisants mais c'est exagéré de dire que cela n'existe pas, car cela existe." Et le ministre des Sports anglais a emboité le pas de ce mouvement général sur la BBC, en disant, en réponse à l'hypothèse d'une démission de Blatter: "Oui. Cela fait un moment. C'est très grave mais il nous a habitués à ce genre de comportement."

Le Premier ministre britannique David  Cameron a pour sa part jugé "épouvantables", les propos de Joseph Blatter. "Beaucoup de travail a été effectué pour éradiquer le racisme de notre  société, y compris dans le football. Et comme beaucoup de nos vedettes  sportives l'ont justement souligné, ce n'est pas le moment de baisser notre  garde".  "C'est épouvantable de suggérer que le racisme devrait, d'une certaine  manière, être accepté comme faisant partie du jeu", a réagi Cameron.

Si l'épicentre de la grogne se trouve pour le moment assez concentré en Angleterre, c'est aussi parce que les hooligans ont longtemps sévi dans les enceintes anglaises, et que les joueurs de l'équipe d'Angleterre ont déjà été victimes de racisme, notamment lors d'un match amical contre l'Espagne à Madrid en 2004, contre la Croatie en 2008 ou encore en Bulgarie il y a peu de temps lors des qualifications pour l'Euro-2012. Mais il n'est pas certain que les secousses ne se ressentent pas dans d'autres pays.

Thierry Tazé-Bernard @thierrytaze