"Beaucoup de joueurs vont rester sur le carreau" : en fin de contrat en juin, de nombreux footballeurs vont se retrouver sur la touche

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
Matthieu Sans (à gauche) fait partie des 300 joueurs professionnels en France qui arrivent en fin de contrat
Matthieu Sans (à gauche) fait partie des 300 joueurs professionnels en France qui arrivent en fin de contrat | PHOTOPQR/PRESSE OCEAN/MAXPPP

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Avec la fin anticipée de la saison 2019-2020 de football en France, les clubs peuvent préparer dès maintenant l’exercice 2020-2021. En raison de la crise économique liée à l’épidémie de Covid-19, les formations de Ligue 1, Ligue 2 ou National devront remodeler leurs effectifs avec des moyens limités. Certains joueurs en fin de contrat en juin risquent de pâtir de ce dégraissage et pour leurs agents, premiers intermédiaires avec les clubs, beaucoup risquent de se retrouver sur la touche au début de la saison prochaine.

Au début de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19, une question d’ordre juridique se posait suite à l’interruption des compétitions : en cas de reprise et de fin de saison en juillet ou en août, quel sort réserver aux joueurs dont le contrat se termine au 30 juin 2020 ? Avec l’annulation en France de la fin de la saison 2019-2020 de Ligue 1, Ligue 2 et National, c’est désormais une toute autre question qui se pose concernant ces mêmes joueurs en fin de contrat : parviendront-ils à prolonger ou à signer dans une nouvelle équipe au vu de la crise économique qui frappe les clubs français de plein fouet ?

Selon le site de l’UNFP, le syndicat des joueurs, près de 300 professionnels sur les 1 300 que compte le football français voient leur contrat se terminer à la fin du mois de juin. En temps normal, les négociations pour une prolongation débutent de longs mois avant la fin du contrat. Mais avec l’épidémie de Covid-19 et la crise économique qui en découle, certains clubs semblent moins enclins à entamer les discussions. Malgré tout, les agents, premiers intermédiaires entre les joueurs et leurs équipes, notamment pour les questions contractuelles, constatent une amélioration depuis quelques jours.

Les négociations prennent du retard en raison de la crise

"Il y a eu un fort ralentissement pendant la crise", décrit Jean-Charles Parot, PDG de Global Football Agency qui gère les intérêts de plusieurs joueurs de Ligue 2. "Depuis le début du déconfinement, les clubs travaillent sur un remodelage de leur effectif." Parmi les priorités des clubs, les joueurs en fin de contrat. Si certains, comme Hilton (42 ans) à Montpellier, ont déjà obtenu une prolongation, d’autres ne seront pas conservés par leur équipe et n’obtiendront pas de proposition d’autres clubs de sitôt, à en croire certains agents qui considèrent que le marché devrait se contracter dans les mois à venir.

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"Les meilleurs joueurs ne seront pas touchés, ils s’en sortiront toujours", explique sous couvert d'anonymat un agent qui gère les intérêts de plusieurs joueurs de Ligue 1. Les figures les plus en vue du championnat, comme Thiago Silva, Thomas Meunier ou encore Danijel Subasic, dont les contrats se terminent en juin, devraient trouver rapidement une porte de sortie. En revanche, pour les joueurs d'un niveau intermédiaire, qui n’ont pas réalisé une grande saison, ou qui espéraient se mettre en valeur sur cette fin d'année sportive, les prochains mois risquent d’être plus stressants.

Dégraisser l'effectif, question de survie pour les clubs

Car les clubs, qui vont traverser plusieurs mois sans revenus malgré le PGE (prêt garanti par l'État) souscrit par la LFP, vont chercher en priorité à dégraisser. "Je sens que les clubs veulent réduire leurs effectifs, ils ne se focalisent que sur quelques postes-clés", analyse Jean-Charles Parot. Exemple le plus frappant : celui de l’AS Monaco, qui compte plus de 70 joueurs professionnels sous contrat. Dans le contexte économique actuel, il devient impératif pour les clubs de se débarrasser de certains éléments et de limiter le nombre de contrats pros dans leur effectif. Pour les joueurs en fin de contrat, le nombre de places à prendre faiblit donc considérablement.

"Beaucoup de joueurs vont se retrouver sur le carreau", juge l’agent sous couvert d'anonymat. Chaque été, les joueurs au chômage à l'issue de la saison se retrouvent à l'UNFP pour un stage d’intersaison avec préparation physique et matches amicaux contre des clubs de Ligue 1, de Ligue 2 ou de National qui leur permettent de se mettre en valeur et d'attirer l'œil des recruteurs. Cette année, ils devraient être bien plus nombreux qu’à l’accoutumée, alors qu'aucune nouvelle n'a encore été transmise par l'UNFP concernant ce stage qui débute généralement fin juin.

"Ce qui tue le football, ce sont les joueurs moyens qui sont beaucoup trop payés. Ça va être un rappel à l'ordre pour beaucoup."

Alors que l’inquiétude grandit chez ces joueurs en fin de contrat dans quelques semaines, cette situation pourrait faire office de déclic pour certains, selon cet agent de joueurs : "Ce qui tue le football, ce sont les joueurs moyens qui sont beaucoup trop payés. Ça va être un rappel à l’ordre pour beaucoup. Voir des joueurs moyens à 60 000 euros mensuels, c’est terminé". Yann Boé-Kane, joueur du Mans dont le contrat se termine à la fin du mois de juin, considère qu'il "faudra revoir ses prétentions à la baisse."

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Le milieu défensif de 29 ans est dans l'attente d'une décision de la FFF mercredi concernant l'avenir de son club. "Si Le Mans est maintenu en Ligue 2, je prolonge d'un an", annonce Boé-Kane. "Sinon, il ne faudra fermer aucune porte." Un avis que partage Sébastien Ranc, PDG du groupe ASR Sport qui gère les intérêts de plusieurs joueurs de Ligue 1, de Ligue 2 et de National : "Dorénavant, quand un club va proposer un contrat, il faudra être très attentif et faire le bon choix". "Les joueurs accepteront des offres qu'ils n'auraient pas acceptées jusque-là", juge l'agent de Ligue 1. Car les propositions se feront de plus en plus rares.

Les joueurs de National également touchés

Chez les professionnels, l’augmentation des droits télévisés (passage de 726,5 millions d’euros annuels à 1,153 milliard d’euros) grâce à l’arrivée de Mediapro sur le marché devrait toutefois permettre de limiter la casse. "Ceux qui vont avoir le plus de mal, ce sont surtout les clubs de National", souligne Jean-Charles Parot. Les formations du troisième échelon du football français ont très souvent recours aux contrats fédéraux - des contrats réservés aux semi-professionnels pour les championnats en-dessous du National - qui sont généralement de courte durée. Selon le site de l'UNFP, 111 arrivent à échéance en juin. Avec l’impact de la crise actuelle, les clubs de National devront considérablement revoir à la baisse le nombre de joueurs possédant des contrats fédéraux dans leur effectif.

Le 14 mai dernier, le club de Concarneau, qui a terminé 11e de National, a par exemple annoncé officiellement que huit joueurs de son effectif ne verraient pas leur contrat renouvelé. Tous devront retrouver un club dans les semaines et les mois à venir, alors que l’incertitude continue de régner, tant pour les clubs de Ligue 1, de Ligue 2 ou de National. Les négociations risquent d’être rudes et les places très chères durant ce mercato estival. Une réalité qu’a bien enregistrée Sébastien Ranc : "L’été va être long".