Auxerre Real Madrid Benzema encerclé 092010
Karim Benzema (Real Madrid) cerné par la défense d'Auxerre | AFP - PHILIPPE DESMAZES

Auxerre y a cru

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L'AJA héroïque a tenu la dragée haute au Real de Madrid avant de s'incliner sur un but de Di Maria en fin de match (1-0) mardi lors de la 2e journée de Ligue des Champions. Les Auxerrois ont résisté avec leurs armes aux vagues offensives madrilènes. Ils ont fait preuve d'une vraie solidarité et de beaucoup d'abnégation face Espagnols maladroits, et se sont même offerts des contres intéressants. Mais ils ont hélas cédé une fois...

Survoltée par l'événement, l'AJ Auxerre a résisté pendant 81 minutes. On ne donnait pourtant pas cher de la peau des modestes Auxerrois face à l'énorme machine du Real dans une opposition pour le moins déséquilibrée. Malgré tout; l'AJA a vraiment fait bonne figure, même si le résultat est là. Pourtant les choses étaient plutôt mal engagées pour les Bourguignons qui ont été complétement étouffés lors de la première période, contraints de dresser un mur pour stopper les très nombreuses actions madrilènes, signées Cristiano Ronaldo, Benzema ou Higuain. Le rouleau compresseur des hommes de Mourinho mettait les Auxerrois sur le reculoir. Mais ces derniers résistaient, interceptant des ballons chauds, coupant des trajectoires, se jetant dans les jambes des Espagnols, défendant avec hargne, effectuant des relances parfois hasardeuses et des gestes peu académiques, mais la défense tenait toujours. Privés de munitions, les Auxerrois n'avaient que cela à opposer. Mais le Real s'époumonnait à multiplier les appels de balles, à se lancer à l'assaut des buts de Sorin sans parvenir à concrétiser leur écrasante domination tant sur le plan technique que dans la possession. Auxerre avait fait la moitié du chemin à la pause (0-0), non sans avoir enfin mis le nez à la fenêtre avec un premier véritable tir dangereux de Pedretti, puis dans la foulée une reprise de Dudka. Il s'agissait de signes avant coureurs de ce que souhaitaient proposer les joueurs de Jean Fernandez.

Car au retour des vestiaires, les Auxerrois affichaient d'autres intentions. Le problème était désormais de continuer à résister le plus longtemps possible avec l'espoir d'aller au bout de l'exploit sur une contre-attaque.D'abord parce que les joueurs du Real baissaient un peu de pied physiquement, mais aussi parce qu'ils s'agaçaient de ne pas trouver la faille malgré leurs tentatives. Les Auxerrois récupéraient davantage de ballons et se disaient alors qu'ils pouvaient peut-être essayer d'insister sur le rythme pour porter quelques contres. Et il s'y appliquèrent avec application. Une superbe ouverture de Pedretti à destination de Jelen voyait le tir du Polonais frôler le poteau gauche de Casillas. Puis Auxerre qui parvenait à jouer plus  haut, tentait de plus en plus. Héritant même de bons coups francs malheureusement mal tirés par manque de concentration alors que face à une équipe comme le Real il faut saisir les occasions et ne pas les gâcher. Les minutes défilaient et Auxerre commençait à y croire.C'était un scénario quasi parfait pour Auxerre et le parfait aurait pu devenir devenir inespéré à 12 minutes de la fin lorsque le défenseur du Real Peppe détournait sur le poteau des buts de Casillas un centre de Chafni. Un nul face au Real aurait sans doute lancer leur compétition européenne. Mais il y eut dix minutes de trop. Et le coaching de Mourinho.  le coaching de José Mourinho.

Lassé de voir son attaque muselée par la solidarité défensive des 17e de la Ligue 1, le "special one" a fait entrer l'attaquant argentin à la place du milieu de terrain Lassana Diarra.  Il en a été récompensé à neuf minutes de la fin lorsque Di Maria a contrôlé de la poitrine un centre de Sergio Ramos et volleyé le ballon sans laisser la moindre chance au gardien Olivier Sorin, auteur d'une performance remarquable. Comble d'infortune pour Auxerre, Ramos avait fait une main non sanctionnée par l'arbitre Danois Claus Bo Larsen avant de centrer. Et ce but de Di Maria, comme une délivrance pour les Madrilènes,sonna le glas des espoirs bourguignons.  Dommage car ce qu'ils ont montré comme volonté ne pas courber le dos face à la supériorité technique de leurs adversaires, de subir mais de tenir, ils ont su donner une tonalité étonnante à la rencontre. Cela peut leur donner peut-être des raisons d'espérer. Même si avec deux défaites leur situation se compliquent dans cette Ligue des Champions.

Déclarations

Jean Fernandez (entraîneur d'Auxerre): "On se  rend compte que le genre d'erreurs qu'on fait contre ce genre d'équipe, on le  paie cash. C'est le regret que je peux avoir ce soir. Il y a un peu de  frustration sur le but mais je pense que la main est involontaire. Certains  arbitres sifflent et là ça n'a pas été le cas. Mais on s'est arrêté de jouer un  court instant et cela a permis à Di Maria de se retrouver dans cette position et  de marquer. Après le match, les joueurs ont parlé de cette situation dans le  vestiaire. Quand ils ont vu la main, ils ont pensé que l'arbitre allait siffler.  Sans parler de ça, l'AJA a fait le match qu'on attendait d'elle. On a été bien  organisé défensivement, on a eu des points forts dans ce match. Défensivement,  on leur a posé des problèmes aussi car ils n'ont pas eu beaucoup d'occasions  malgré le talent de leurs joueurs. Avec cette tête sur le poteau, il y avait la  possibilité de mener. Je pense que si on l'avait fait, ça aurait été difficile  pour le Real ensuite. Même si on a beaucoup couru derrière le ballon, je pense  qu'on a rivalisé avec eux. La charnière centrale a été d'un très très bon  niveau. Dudka, même s'il manquait de compétition, a été solide. Mais nos  attaquants auraient dû jouer à un autre niveau et être en pleine possession de  leurs moyens. Pour la qualification, même si c'est du domaine du difficile, du  compliqué, c'est encore jouable. Ca va se jouer lors des deux matches contre  l'Ajax. Si Jelen revient en forme, on peut avoir une chance de se retrouver à la  2e place. C'est vrai maintenant que le championnat devient une priorité. On est  mal classé, je sais pourquoi. Mais on ne va pas lâcher la C1 qui récompense une  saison exceptionnelle. On va jouer les deux compétitions avec nos moyens. On a  vécu un moment très fort ce soir en recevant le plus grand club du monde. Mais  aujourd'hui, ce n'était pas la meilleure équipe du monde. Il faut laisser du  temps à Jose (Mourinho). Il est en train d'avoir une équipe très bien organisée  défensivement et devant, avec le talent de ses joueurs, avec du temps et des  automatismes, le Real pourra rivaliser avec le Barça en championnat et pour  remporter la C1."

Stéphane Grichting (défenseur d'Auxerre): "On les a passablement gênés.On a  essayé de rester bas et de les presser dans notre zone. A priori,il y a une  main alors que l'arbitre est bien placé. Il y a une formed'injustice. On a des  occasions, mais on ne marque pas. Il va falloirravaler notre frustration pour  rebondir en Ligue 1."

Xabi Alonso (milieu de terrain du Real  Madrid): "On est bien partis en Ligue des champions. En attaque, on a  effectivement eu du mal à marquer beaucoup de buts. Mais peu à peu, en  travaillant les automatismes, on se créera des occasions et des espaces, car il  y a de la qualité dans cette équipe."

José Mourinho (entraîneur du Real Madrid): "Je  retiens que cela a été un match difficile, face à une équipe très concentrée,  très dure défensivement et dangereuse en contre-attaque. Cela n'a pas été facile  car on veut toujours contrôler le match mais le plus important pour nous c'était  de gagner. On est parvenu à contrôler le ballon mais on ne s'est pas créé assez  de situations de buts. Il y a eu des matches avant lors desquels on s'est créé  une quinzaine de situations mais lors desquels on n'avait pas marqué, comme à  Majorque ou à Levante. Tout le monde avait dit que l'on ne méritait pas de  gagner car l'on n'avait pas marqué. Là, si tout le monde est pragmatique, on a  marqué donc la victoire est méritée. Est-ce-qu'il y avait main sur le but? Je ne  sais pas. J'étais à une grande distance et je n'ai pas revu l'action à la  télévision. Vraiment je ne sais pas".

Christian Grégoire