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Arbitres, pas le même maillot mais le même confinement

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Athlètes de haut niveau comme les footballeurs qu'ils dirigent, les arbitres aussi doivent faire preuve d'imagination pour s'entretenir pendant le confinement dû à la pandémie de coronavirus. Mais les hommes en noir savent faire: ils sont familiers de l'entraînement solitaire.

"On a un petit avantage, nous travaillons déjà à distance au quotidien avec les arbitres", glisse à l'AFP le patron de leur Direction technique (DTA), Pascal Garibian. "Nous sommes habitués à nous entraîner chez nous", complète Benoît Bastien, un des deux sifflets français sur liste Élite de l'Uefa, avec Clément Turpin. Lui n'a plus officié depuis un Salzbourg-Francfort (2-2) de Ligue Europa, le 28 février. "Le terrain me manque, évidemment, d'autant plus lorsqu'on est confiné chez soi", explique-t-il à l'AFP. Mais "pas de quoi se lamenter dans le contexte actuel", ajoute M. Bastien (36 ans).

Comme les footeux confinés, les arbitres doivent repenser leur entraînement athlétique, mais leurs "coéquipiers" leur manquent moins. En-dehors de 12 à 13 stages par an à Clairefontaine, ils sont habitués à suivre à domicile les prescriptions du préparateur physique de la DTA, Jean-Michel Prat. Depuis plusieurs saisons, leurs programmes sont supervisés à distance grâce à leurs montres connectées.

Inévitablement, le travail est moins intense, mais "il est très important de ne pas couper la machine", souligne M. Bastien. "Je laisse le moteur tourner à des intensités intéressantes." Le calendrier reste à établir, mais quand elle reprendra, la compétition va se jouer à un rythme effréné", souligne M. Garibian. "Les arbitres devront être prêts."

Le jardin comme surface de réparation

Et pour cela, comme pour les footballeurs, ce qui change le plus, c'est la taille du terrain d'entraînement. Dans le cas de Benoît Bastien, l'espace de son jardin "correspond à une surface de réparation. Ce n'est pas énorme, mais avec un peu d'imagination on peut trouver de quoi maintenir un entraînement physique de qualité".

Pour "casser la routine", M. Bastien a choisi par exemple de sortir plus souvent la corde à sauter et de mettre son beau "vélo de course sur deux rouleaux, ça me permet de faire des sorties longues. Mais c'est moins sympa que sur les routes autour de chez moi en Lorraine", plaisante-t-il.

Si la préparation mentale reste la même, le confinement modifie aussi une autre partie de l'entraînement des arbitres, ce que Pascal Garibian appelle "la veille technique": avaler des heures de vidéo pour sentir comment jouent les équipes qu'ils vont diriger. Là aussi, les sifflets sont organisés, ils disposent d'une immense banque de matches sur la plateforme Wyscout.

M. Bastien change juste son mode de révision. Au lieu de regarder les "quatre, cinq derniers matches des équipes" qu'il va arbitrer, il dévore des matches de toute la Ligue 1. A la reprise, il se "prépare à arbitrer tous les trois jours, or le temps que je débriefe mon match j'aurai à peine le temps de préparer le suivant". Alors il "anticipe. Si sur les 15 premiers jours je dois arbitrer quatre matches, j'aurai déjà bossé sur ces huit équipes", prévoit-il.

Le travail sur l'arbitrage vidéo se poursuit aussi. La DTA a envoyé à ses arbitres une vingtaine de situations de hors-jeu à étudier, auxquels ils doivent répondre. Au final, le moral est bon chez les arbitres de L1 et L2. Contactés par le président de leur Commission fédérale (CFA), Eric Borghini, "ils m'ont tous répondu, tout va bien", assure-t-il à l'AFP.

L'arbitre Karim Abed, de la Ligue Méditerranée, dont Borghini est président, "m'a dit que les collègues avaient été touchés par ce geste de bienveillance, ils ne sont pas habitués à ce qu'on soit gentil avec eux, d'habitude ils en prennent plein la g..." sourit le dirigeant.

Ce confinement a aussi des conséquences financières, les arbitres perdent leur indemnité de match, environ 3.000 euros bruts pour un arbitre central en L1. Il leur reste leur indemnité fixe, autour de 6000 euros bruts par mois. "C'est juste un décalage, je ne suis pas inquiet, et puis l'argent n'est pas le moteur", balaie Benoît Bastien. Il y a plus important. "Certains de nos arbitres ont des épouses qui sont soignantes, au front de la lutte contre le coronavirus", souligne M. Garibian.

"Je les sens solidaires, attentifs à l'évolution de la maladie, conclut-il, ils ont tous conscience que la priorité est la santé de tous". Pas le même maillot, mais la même prise de conscience.

AFP