Luis Suarez (Liverpool FC)
Luis Suarez (Liverpool FC) | FRANCK FIFE - AFP

Suarez a les dents longues

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Cinq mois après avoir mordu le défenseur de Chelsea Ivanovic, Luis Suarez signe son grand retour dans le groupe de Liverpool qui affronte Manchester United pour le troisième tour de la Coupe de la Ligue anglaise (20h45). L'occasion pour l'attaquant urugayen de "célébrer" ses retrouvailles avec Patrice Evra, envers lequel il avait proféré de nombreuses insultes racistes en octobre 2011.

"Are you gonna bark all day little doggy, or are you gonna bite (vas-tu aboyer toute la journée petit chien,ou vas-tu mordre) ? Si Vic Vega, incarné par Michael Madson dans Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, s'était risqué à défier Luis Suarez de la sorte, celui-ci aurait certainement rétorqué :"les deux". Condamné à purger huit matches de suspension pour avoir proféré des propos racistes et xénophobes envers Patrice Evra fin 2011, puis encore dix pour avoir mordu Ivanovic en mai dernier, l'attaquant urugayen aura, mine de rien, passé pas mal de temps dans les tribunes ces deux dernières saisons. A Amsterdam, lorsqu'il sévissait à la pointe des "Lanciers" en 2010, l'attaquant s’était illustré dans une agression quasi vampirique à l’encontre de son adversaire du PSV, Otman Bakkal, et se lançait dans une glauque imitation de Mike Tyson dans ses heures sombres. En somme, Luis Suarez tient jusqu'à présent le rythme d'une agression - verbale ou physique - par an. A l'aube de son retour sur les pelouses de Premier League, "le Cannibale de l'Ajax" a t-il changé ? 

Thompson : "c'est comme une nouvelle recrue"

A cette question qui "taraude" assurément tous les supporters des Reds, Brendan Rodgers, le coach de Liverpool a répondu :"on verra". Pas vraiment de quoi rassurer les fans des "Merseyders, qui ont longtemps regretté l'attitude du "vampire", et qui ne voudraient pas encore se voir privés de leur meilleur joueur. S'il émet des réserves sur le comportement du sulfureux urugayen, Phil Thompson, ancien adjoint de Gérard Houiller (1998-2004) ne cache pas sa joie de le voir fouler à nouveau Anfield Road : "Je ne pense pas qu'il sera pardonné pour ce qu'il a fait. Mais il est toujours ici, ce qui est fantastique. C'est comme une nouvelle recrue". Pas certain que Patrice Evra, qui retrouve son bourreau ce soir, soit du même avis. Selon Eurosport, si Patrice Evra avait manqué la tournée en Amérique du Sud, c'était en partie parce qu'il a souhaité éviter de croiser Luis Suarez sur ses terres. L'Urugayen, qui l'avait qualifié de "négro" en octobre 2011 dans un match opposant Liverpool à Manchester United, avait refusé de serrer la main du latéral français, lors de leurs retrouvailles en 2012. Alors indéniablement, Evra l'a toujours en travers de la gorge. 

Gnaque extrême

Hasard heureux de la langue française, "gnaque", sans doute le terme parfait pour qualifier l'attitude et l'état d'esprit de Luis Suarez lorsqu'il foule la pelouse d'un terrain de foot, est tiré de l'occitan "nhac", se traduit par "mordant". Une gnaque poussée à l'extrême certes, mais une gnaque quand même. Car l'ancien de l'Ajax est prêt à tout pour faire gagner son équipe. Rappelez-vous : on joue à la 120e minute, les dernières secondes  d’un quart de finale de Coupe du monde. Le Ghana sème la panique dans la défense de la Celeste après un dernier coup franc. Voyant son gardien dépassé, Luis Suárez prend place sur la ligne de but et repousse de la main une tête de Adiyiah. Derrière, carton rouge pour l'Urugayen, et penalty manqué par Gyan. Au final, les partenaires de Diego Forlàn se qualifient, et Suarez est érigé en héros en Uruguay. Il s'est sacrifié au nom du blason de la Celeste,quitte à ne pas jouer les demi-finales. Evidemment, chacun n'a pas été aussi dythirambique quand il fallait qualifier son geste. Mais pour Suarez, là n'était pas l'important. Comme lorsqu'il mord Ivanovic, quand il se laisse emporter par l'enjeu et l'obsession de la gagne, quand il insulte Evra, quand il "balance" un coup de poing dans la figure du Chilien Jara ou quand il tire les cheveux de Rafael. Obnubilé par la seule victoire, Suarez ne répond qu'au procédé machiavélique :"la fin justifie les moyens". 

Jean Charbon