Granit Xhaka, hué lors de son remplacement dimanche dernier contre Crystal Palace.

Premier League : Arsenal en plein mélodrame

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Après des résultats en demi-teinte depuis plusieurs semaines et un jeu qui s'étiole, c'est un nouvel épisode - peut-être le plus violent celui-là - qui a eu lieu le week-end dernier à l'Emirates Stadium. Tenu en échec sur sa pelouse face à Crystal Palace (2-2), Arsenal a vu une grosse partie de ses supporters sortir leurs plus beaux sifflets pour huer leur capitaine Granit Xhaka, remplacé à l'heure de jeu. Des sifflets qui ont passablement énervé le Suisse, rentré aux vestiaires après avoir provoqué les fans et enlevé son maillot. Inquiétant avant de se déplacer ce mercredi à Anfield pour défier Liverpool en Coupe de la Ligue (20h30).

Du rire aux larmes. L'ascenseur émotionnel est devenu un symbole de reconnaissance pour tout fan d'Arsenal qui se respecte depuis quelques saisons. 3e de Premier League avant la trêve internationale, la manière inquiétait déjà avec des prestations mièvres et sans relief, notamment offensivement. Ces inquiétudes se confirment chaque week-end depuis et le nul concédé à domicile (2-2) dimanche dernier contre Crystal Palace à l'Emirates Stadium ne va pas aider à contrer la lassitude des supporters.

Certes, les Gunners ne sont pas "largués" en championnat (5e à quatre points de Chelsea, 4e). En Ligue Europa, les Londoniens ne font pas dans la demi-mesure et assument leur statut (trois victoires en trois matches). Mais c'est davantage en coulisses et dans les tribunes que les choses tournent au vinaigre. Entre la gestion du cas Özil, des choix d'Emery remis en cause y compris par ses propres joueurs et - dernier épisode en date - la sortie véhémente du capitaine Granit Xhaka, conspué par le public, rien n'incite au calme. Surtout pas le déplacement à Anfield ce mercredi en Coupe de la Ligue (20h30).

► Emery passera-t-il l'hiver ?

Qui aurait pu prédire que le jeune Bukayo Saka, 18 ans, allait s'inviter dans le onze titulaire d'Unai Emery en début de saison ? Le trio Lacazette - Aubameyang - Pepe, appuyé par des joueurs comme Özil, Martinelli ou Nelson, faisait fantasmer une bonne partie de l'Europe du foot. La blessure du Français a redistribué les cartes dont a su tirer profit tout à fait correctement le jeune Anglais. Mais les compositions d'équipe du technicien espagnol se succèdent sans trouver la bonne formule.

Comme l'expliquait la journaliste britannique Amy Lawrence dans un de ses papiers pour le média "The Athletic" : "on reprochait à Arsène Wenger d'aligner toujours le même onze en espérant des résultats différents. Unai Emery, lui, n'aligne jamais la même équipe pour des résultats toujours similaires. Un homme avec un trousseau de clés qui tente désespérément de trouver celle qui va ouvrir la porte."

Si Arsenal cherche toujours à retrouver une sécurité défensive suffisante pour ré-intégrer le top 4, les choix offensifs d'Emery interrogent. En panne de créativité depuis le début de la saison, les attaques placées des Gunners font parfois peine à voir. Une hérésie pour les fans d'un club devenu populaire pour sa culture du "play forward" (jeu vers l'avant) et qui voient leur équipe leur délivrer un spectacle très tiède semaine après semaine - Ligue Europa exceptée.

La grogne grimpe et l'ancien coach du PSG est logiquement dans le viseur. Pas coupable de tous les maux non plus, le Basque reste le premier responsable tactique. Et il se murmure à Colney que certains joueurs se montreraient de plus en plus défiants quant à l'autorité de leur coach. Le cas Özil en est une illustration supplémentaire...

► Le mystère Özil

Cela fait un mois qu'il a disparu des terrains. Capitaine lors du large succès des Gunners face à Nottingham Forrest (5-0) le 26 septembre dernier en Coupe de la Ligue, Mesut Özil est porté disparu depuis. Plus gros salaire du club, le numéro 10 d'Arsenal n'a jamais vraiment fait l'unanimité à Londres depuis son arrivée à l'été 2013 pour un transfert record à l'époque (47 millions d'euros). Mais si son manque de régularité est sempiternellement souligné, sa vista et sa qualité de passe feraient le plus grand bien pour servir des attaquants qui doivent souvent tout faire par eux-mêmes. 

Interrogé depuis plusieurs semaines par les journalistes sur l'absence du milieu de terrain allemand, Unai Emery botte en touche en permanence. "Ce n'est pas le bon moment pour parler de lui", lâchait-il il y a moins d'une semaine. De son côté, l'ancien Madrilène se fendait d'un tweet mystérieux et sujet à interprétation quant à sa relation avec son entraîneur...

"Il sait ce que j'attends de lui"

Dimanche face à Crystal Palace, les fans ont pris le relais en scandant le nom de celui que certains voient comme le remède idéal devant. De quoi rajouter un peu plus de pression sur les épaules de l'Espagnol qui sent que ses choix tactiques commencent à agacer (pour rester poli). Et deux jours après l'épisode Xhaka (voir plus bas), le Basque a fait amende honorable en convoquant Özil dans le groupe d'Arsenal pour aller défier Liverpool à Anfield.

"Il est dans le groupe et a une chance de jouer, oui (...) Il sait ce que j'attends de lui, c'est-à-dire la même chose que ce que je lui avais dit l'an passé lors du premier entraînement de pré-saison. Il s'entraîne bien et apporte son expérience pour nous aider. Notre conversation de ce matin (mardi, NDLR) a été très intéressante. Est-ce qu'il sera capitaine ? S'il est titulaire c'est une possibilité, oui."

Une situation ubuesque. Une de plus.

► Xhaka, capitaine excédé d'un navire à la dérive

Le nouvel acte de ce mélodrame a eu lieu dimanche à l'Emirates. Pris en grippe depuis de longues semaines par une partie des supporters d'Arsenal, Granit Xhaka s'est fait conspuer lors de sa sortie à l'heure de jeu. D'habitude particulièrement silencieuse, l'enceinte des Gunners a résonné de tous les sifflets possibles et imaginables. Un acte de contestation fort contre celui qui est censé incarner les valeurs du club en tant que capitaine. Mais surtout un capitaine qui souffrait de la défiance des fans avant même sa nomination il y a un mois.

Ce qui fait parler sur les réseaux sociaux, c'est davantage sa réaction envers "son" public. Esquissant des gestes de provocation, lâchant quelques mots d'insultes, il n'a pas tardé à enlever de rage sa tunique avant de rejoindre directement les vestiaires. Une attitude qui a fait naître l'incompréhension mais aussi une certaine schizophrénie chez les fans.

La question au coeur de tous les débats : quel est le rôle du capitaine d'une équipe de football ? La réponse : traiter son club et les valeurs qu'il défend avec respect. Dès lors, tout est devenu sujet à interprétation sur Twitter. "Xhaka n'a plus sa place à Arsenal" expliquent certains, sûrs de leur fait. D'autres, plus discrets, estiment que signifier à ses supporters que huer et insulter leurs propres joueurs n'apporte rien et que cela fait justement partie des missions du capitaine. Dans ce cocktail d'opinions contraires, chacun essaie de trouver sa vérité en perdant souvent la raison. Stuart MacFarlane, photographe officiel des Gunners depuis 18 ans, a tranché : "temps pour un break de Twitter, trop de haine et d'ignorance"...

Des cas individuels comme dimanche se produisent parce qu'en tant qu'équipe, nous devons nous améliorer

Interrogé mardi en conférence de presse sur l'état de son joueur, Unai Emery a expliqué qu'il se sentait "dévasté et triste" et qu'il ne ferait pas partie du groupe pour Liverpool. "Ce n'est pas facile pour lui et pour l'équipe. Son engagement pour le club est un engagement de chaque instant. Il veut aider Arsenal. Nous avons discuté, il sait qu'il a eu tort mais il a eu une réaction humaine. Vous avez besoin, et n'importe quel joueur a besoin, du soutien des fans. Mais quand nous sommes dans des moments difficiles, nous devons aussi être forts et apprendre à jouer sous pression (...) Aujourd'hui, son moral est très bas. Nous devons être là pour lui, pour l'équipe afin de retrouver notre meilleur Granit Xhaka (...) Des cas individuels comme dimanche se produisent parce qu'en tant qu'équipe, nous devons nous améliorer. Il faut montrer de meilleures performances et avoir de meilleurs résultats pour retrouver la confiance des supporters."

En attendant de regagner le soutien des Gooners, surnom des fans d'Arsenal, le capitaine peut compter sur celui de ses partenaires. Son coéquipier du milieu de terrain Lucas Torreira a assisté depuis le banc de touche à la scène dimanche et semblait au bord des larmes. Hector Bellerin, lui aussi pas mal critiqué il y a deux saisons, a été le premier à délivrer le message d'unité derrière le Suisse. Et d'autres joueurs sont également allés rendre visite à Xhaka après l'incident.

L'unité ou le chaos. Tout changer ou rester soudés. Le prochain cap du navire Arsenal sera décidé dans les prochains jours. Et, quoi qu'on en dise, il dépasse bien le cas d'un seul marin.