Pourquoi QSI, propriétaire du PSG, souhaite-t-il acquérir le club anglais de Leeds ?

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Auteur·e : Denis Menetrier
Elland Road, le stade de Leeds, pourrait être le nouveau pied-à-terre des Qataris en Angleterre
Elland Road, le stade de Leeds, pourrait être le nouveau pied-à-terre des Qataris en Angleterre | PRESS ASSOCIATION IMAGES/MAXPPP

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Il y a une semaine, le président du club de Leeds, Andrea Radrizzani, confiait dans une interview au Times que QSI, le fonds d’investissement qatari, fait partie d’une short-list d’acheteurs intéressés par l’acquisition de tout ou une partie du club. Après le PSG en 2011, QSI pourrait donc se payer Leeds. Mais quelles sont les raisons qui poussent les Qataris à investir en Angleterre ?

Après avoir embaumé l’Italie et la ville de Rome en avril dernier avec la possibilité d’un rachat du club de la Louve, c’est dorénavant du côté de l’Angleterre que le parfum de l’argent qatari du fonds d’investissement Qatar Sport Investments (QSI) fait saliver. Le président et propriétaire de Leeds United depuis 2017, Andrea Radrizzani, a en effet annoncé, lors d’une interview auprès du Times, que QSI fait partie d’une short-list de trois potentiels acheteurs, dont l’un pourra entrer dans le capital du club anglais.

Les deux premiers acheteurs potentiels sont, comme l’a avoué Radrizzani dans cette interview, « un basé aux États-Unis, grand fan de Leeds depuis son enfance (…), et un propriétaire d’un club italien ». Le dernier est donc QSI, intéressé depuis plusieurs mois déjà par le club anglais du nord de l’Angleterre. Un rapprochement naturel selon Radrizzani : « QSI et Nasser (Al-Khelaïfi, le président du Paris Saint-Germain) sont des amis, nous avons de bonnes relations depuis longtemps ». « Andrea Radrizzani est un grand ami de Nasser Al-Khelaïfi, explique Romain Molina, écrivain qui a fait des rachats de clubs un de ses sujets de prédilection. On parle du cercle très très proche. »

Ce rapprochement entre les deux hommes remonte à la vente de droits télévisés des compétitions anglaises de football à beIN Sports. Nasser Al-Khelaïfi avait alors négocié avec Andrea Radrizzani, à l’époque l’un des fondateurs et propriétaire du groupe MP & Silva spécialisé dans la vente de droits télévisés à l’international. Cette amitié de longue date a déjà eu un impact sur le club de Leeds, « qui est entré dans le giron qatari depuis longtemps », selon Romain Molina. « Les jeunes du club vont au Qatar, le club souscrit à des programmes qataris. Le rapprochement avec le Qatar était déjà net. » Un rapprochement qui s'est concrétisé en 2018 par un partenariat entre le club anglais et l'académie Aspire, centre de formation dernier cri installé à Doha.

Andrea Radrizzani, président de Leeds depuis 2017 et grand ami de Nasser Al-Khelaïfi
Andrea Radrizzani, président de Leeds depuis 2017 et grand ami de Nasser Al-Khelaïfi © Ye Aung THU / AFP

La perspective lucrative des droits télévisés

Déjà complices, QSI et Leeds pourraient encore se rapprocher en cas de rachat. Club populaire et historique en Angleterre (trois fois champion d'Angleterre, finaliste de la Coupe des clubs champions en 1975), l’arrivée de Marcelo Bielsa en juin 2018 a permis d’envisager la montée en Premier League - loupée de peu en fin de saison dernière -, une manière pour les Qataris de faire du business selon Romain Molina : « Quand un club est en Premier League, il est possible de récupérer des dividendes importants. » Les droits télévisés colossaux dans le championnat anglais (plus de 5 milliards d'euros par an entre 2019 et 2022, contre 1,153 milliard d'euros en France pour 2020-2024), dont une partie est reversée aux clubs de Premier League, serait donc un argument de poids incitant les Qataris à s'installer à Leeds.

Dans l’éventualité d’un rachat, la montée en Premier League serait un objectif essentiel pour QSI, mais pas pour des raisons économiques, selon Raphaël Le Magoariec, spécialiste des politiques sportives des États du Golfe. Les placements de QSI, branche du fonds d’investissement souverain Qatar Investment Authority (QIA), sont en effet téléguidés par les désirs de l’émirat du Qatar, « qui n’investit pas dans le sport pour des questions d’argent », explique Raphaël Le Magoariec.

Profiter de la popularité de la Premier League

Cet attrait pour Leeds et la Premier League répondrait donc davantage à des problématiques politiques, mais surtout sportives. « Au PSG, le Qatar a un important relais de sa politique étrangère auprès des milieux politiques et culturels, souligne Raphaël Le Magoariec. Mais le problème, c’est le terrain, parce que le PSG n’est jugé qu’à travers ses résultats en Ligue des Champions parce que la Ligue 1 est trop faible. » Si l’investissement qatari au PSG permet de développer une partie du soft-power de l’émirat dans une ville mondiale comme Paris, les résultats sportifs sur la scène continentale sont décevants et le championnat de France n’attire pas assez les regards.

Avec Leeds, QSI pourrait compter sur le glamour du championnat anglais pour développer son image

Or, la politique étrangère du Qatar, dite de « diplomatie sportive », qui doit permettre à l’émirat de s’affirmer sur la scène internationale, doit également passer par des résultats sportifs probants. « Avec Leeds, QSI pourrait compter sur le glamour du championnat anglais pour développer son image », souligne Raphaël Le Magoariec et ce, même si le club anglais ne performe pas en Ligue des Champions. La popularité à l’international de la Premier League pourrait donc être le facteur déterminant poussant QSI à tenter d’acquérir Leeds.

Si Nasser Al-Khelaïfi semble tenir la corde dans cette opération de rachat en raison de son amitié avec Andrea Radrizzani, rien ne semble fait selon Romain Molina : « Le principe d’une interview, comme l’a fait Radrizzani avec le Times, est quelque chose de très rare dans ce genre d’opération. Je ne vois pas l’intérêt, à part peut-être pour réveiller les deux autres potentiels acheteurs. » QSI n’est donc pas officiellement installé à Leeds donc, mais on distingue davantage les raisons qui poussent les Qataris à investir dans son capital.