Moyes
David Moyes. | ANGELOS TZORTZINIS / AFP

Pourquoi Moyes n'est pas encore viré

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Sur le papier, Manchester United possède l'un des plus beaux effectifs du Vieux Continent. Mais les Red Devils, déjà à la traine en Premier League, sont en passe d'être écartés de la C1 par une équipe en théorie largement inférieure (défaite 2-0 contre l'Olympiakos ce mercredi soir). David Moyes, régulièrement sous le feu des critiques, est toujours en place. Une situation presque impensable dans un autre club au standing similaire.

Que serait-il advenu de Carlo Ancelotti si le Real Madrid avait été relégué à 11 points de la 4e place - synonyme de tour préliminaire de la C1 - à l'heure d'aborder le dernier tiers de la saison ? Que serait-il advenu de Pellegrini si Manchester City était embourbé dans un tel marasme sportif ? De Conte à la Juve ? De Laurent Blanc au Paris Saint-Germain ? Et bien, ils auraient très probablement été invités à prendre la porte, et à partir loin. Comme l'ont été André Villas-Boas et Massimo Allegri, respectivement évincés de Tottenham et du Milan AC. 

Mais au sein même du club le plus populaire d'Angleterre, on sait bien que le dessein de la stabilité vertueuse vaut bien une petite saison de transition. Et en prime, une ragoûtante lapidation médiatique. Comme un air de déjà vu.

"Fergie" aussi a été lynché 

En 1986, lorsqu'il débarque à Manchester United, Sir Alex Ferguson possède déjà une solide réputation de manager au Royaume Uni. Avec Aberdeen, il remporte 3 fois le championnat d'Ecosse, 4 Coupes nationale, une Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe, et une Supercoupe. A l'époque, Tottenham et Arsenal lui font du pied, mais il cède finalement aux sirènes des Red Devils. Dans les années 1980, Manchester United n'est plus le grand club vainqueur de la "CCC" en 1968, celui de Georges Best, Bobby Charlton et Denis Law. Car entre temps, en 1974, l'état de catastrophe sportive est décrété à"ManU", qui découvre l'antichambre du foot anglais. Bref, quand "Fergie" prend les rênes de l'institution mancunienne, Manchester est déjà un "ancien grand club". 

Une fois Sir Alex à la tête des Red Devils, les fans mancuniens attendront 4 ans avant de voir le coach écossais décrocher son premier titre (une coupe d'Angleterre en 1990), et 6 ans pour un titre de champion d'Angleterre.  Des premiers succès tardifs, obtenus au prix d'un lynchage médiatique incessant. En septembre 1989, United subit une humiliante défaite (5-1) sur le terrain de Manchester City. À la suite d'une série de six défaites et deux nuls en huit matchs, les supporters réclament le départ de Ferguson avec une banderole dépliée à Old Trafford :"Three years of excuses and it's still crap ... ta-ra Fergie" ("trois ans d'excuses et c'est toujours la merde. Ta ra Fergie"). Plus tard, Ferguson confiera que l'année que cette année 1989 fut "la plus sombre dont il eut à souffrir". 

Changer, d'accord. Mais pour qui ? 

La suite, on la connaît : Avec United, le coach écossais est sacré 13 fois champion d'Angleterre, 2 fois de la grande Coupe d'Europe, et est élu manager de l'année à 5 reprises. Morale de l'histoire ? Si l'état-major mancunien n'avait pas été aussi patient avec Ferguson, les Red Devils n'auraient probablement pas dominé le foot anglais de la sorte ces deux dernières décennies. Un passé qui joue incontestablement en faveur de David Moyes. 

Aussi, la réticence - ou l'entêtement pour certains - des dirigeants du club anglais à conserver l'ancien coach d'Everton, peut également s'expliquer par l'absence de grands managers sur le marché. A l'issue du Mondial 2014, un certain nombre d'entraîneurs de sélections huppées - tels que Scolari ou Del Bosque - pourraient devenir des postulants plus que crédibles. Il est également de notoriété publique que José Mourinho, le coach de Chelsea, a toujours admiré Ferguson, et que Manchester United n'a que très rarement été l'objet d'attaques verbales, au contraire de City, Arsenal ou le FC Barcelone. A David Moyes d'empêcher ses dirigeants de lorgner ailleurs. Il reste moins de trois mois au coach écossais pour prouver au club le plus populaire d'Angleterre qu'il n'a pas été une erreur de casting.  

Jean Charbon