Le fonds public d'investissement saoudien renonce à acquérir le club anglais de Newcastle

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
St Park Newcastle

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Dans les tuyaux depuis le mois d'avril, le rachat du club anglais de Newcastle par le Public Investment Fund (PIF), le fonds public d'investissement saoudien, n'aura pas lieu. La décision a été annoncée par le PIF dans un communiqué publié ce jeudi après-midi, alors que cette offre de rachat portée par le royaume a provoqué d'importants remous ces derniers mois en raison des violations par l'Arabie saoudite des droits humains mais également pour le piratage de la chaîne qatarie beIN Sports.

Les fans de Newcastle seront les premiers déçus. Eux qui voyaient déjà leur club lutter pour le titre en Premier League et attendaient de longue date le départ du propriétaire Mike Ashley - qui détient Newcastle depuis 2007 - doivent se mordre les doigts suite au communiqué publié par le Public Investment Fund (PIF) ce jeudi après-midi. Le fonds public d'investissement du royaume d'Arabie saoudite, dont le président n'est autre que le prince héritier Mohammed Ben Salmane, a annoncé officiellement qu'il retirait son offre de rachat de Newcastle, émise courant avril. "Avec un profond respect pour la communauté de Newcastle et l'importance de son club de football, nous en sommes arrivés à prendre la décision de retirer notre offre pour l'acquisition du Newcastle United Football Club", peut-on lire dans le communiqué dévoilé dans un premier temps par Sky Sports.

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Depuis le dépôt il y a trois mois au Companies House, l'équivalent britannique du registre des commerces et des sociétés, d'une avance de 17 millions de livres (19,4 millions d'euros) par les Saoudiens, les négociations patinaient pour plusieurs raisons. La Premier League, qui se doit de confirmer toute tentative de rachat, a étudié de très près la validité de l'offre réalisée par les Saoudiens. "L'absence de clarté sur les circonstances dans lesquelles la saison à venir démarrera et sur les normes qui seront imposées pour les matches, les entraînements et d'autres activités", a ainsi été évoqué par le PIF dans son communiqué pour justifier l'annulation de ce projet de rachat. Un projet et une immersion dans le monde du football de la part du royaume qui avaient été critiqué de toute part dès l'annonce du premier versement.

Plusieurs affaires auront plombé ce rachat

En effet, plusieurs ONG ont dénoncé une tentative de "sport-washing" de la part de l'Arabie saoudite. Amnesty International et Kate Allen, la dirigeante de la branche britannique de l'ONG, ont ainsi écrit à la Premier League pour demander à son directeur, Richard Masters, de ne pas valider le rachat. En s'associant aux valeurs positives véhiculées par le sport, l'Arabie saoudite tentait, selon ces organisations non-gouvernementales, de faire oublier ses violations régulières des droits humains et son image catastrophique acquise sur la scène internationale pour son engagement dans la guerre au Yémen.

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Une image qui s'est également détériorée lors du meurtre de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien dissident installé aux États-Unis et assassiné en Turquie en octobre 2018. La fiancée de Khashoggi, Hatice Cengiz, a également écrit à la Premier League pour demander à ses dirigeants de ne pas valider ce projet de rachat par le PIF. Le gouvernement britannique lui-même a demandé à plusieurs reprises à la Premier League de bien considérer cette offre de rachat. Dans le même temps, une autre affaire est venue bousculer cette offre saoudienne : le piratage de beIN Sports et la retransmission, en Arabie saoudite, des programmes de la chaîne qatarie sur beoutQ (comprendre "dehors le Qatar").

La patience des Saoudiens éprouvée

L'Arabie saoudite, qui mène aux côtés des Émirats arabes unis, un blocus à l'encontre du Qatar depuis plusieurs années, a été accusé par le petit émirat de pirater beIN Sports depuis 2018. Une dénonciation confirmée par un jugement de l'Organisation mondiale du commerce publié mi-juin, dont les conclusions désignent l'Arabie saoudite comme étant à l'origine de ce piratage et qui déplorent le fait que le royaume n'ait rien fait pour empêcher la diffusion de la chaîne beoutQ.

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Toutes ces affaires ont retardé le projet de rachat, qui aurait pu se conclure rapidement, notamment au vu des actifs gérés par le PIF (plus de 300 milliards d'euros dans le monde entier). Finalement, elles auront eu raison de la patience des Saoudiens, qui ont donc décidé de retirer leur offre ce jeudi après-midi. "Pendant cette procédure qui s'est éternisée de façon imprévisible, l'accord entre le groupe d'investisseur et les propriétaires du club est devenu caduque et nos hypothèses d'investissements n'étaient plus soutenables", écrit ainsi le PIF dans son communiqué. Alors que le sport est un élément essentiel du projet Vision 2030 de diversification de l'économie saoudienne, le royaume subit donc un échec dans la tentative de reprise de Newcastle puisqu'il n'a jamais reçu de retour positif de la part des autorités sportives britanniques. Pour les supporters des Magies, tout n'est cependant pas terminé, puisque un homme d'affaires américain s'est montré intéressé courant juin par un rachat du club.