Eric Roy : "Le Brexit ne va pas dans le sens d'une économie plus florissante ni pour la Premier League, ni pour les clubs français"

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Eric Roy
Eric Roy, notre consultant football, a joué en Premier League avec Sunderland et était encore récemment directeur sportif de Watford. | DR

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Passé par Sunderland en tant que joueur entre 1999 et 2000 ou encore directeur sportif du côté de Watford la saison passée, notre consultant Eric Roy s'interroge sur les répercussions à venir du Brexit sur le football anglais. D'après lui, les nouvelles restrictions sur le marché des transferts vont imposer un défi aux clubs de Premier League, mais aussi aux clubs de Ligue 1, dont les recettes dépendent pour beaucoup des ventes de joueurs en Angleterre.

Les instances du foot anglais ont officialisé de très prochaines restrictions sur le marché des transferts pour les clubs de Premier League, qui ne seront plus aussi libres qu'avant pour recruter des joueurs issus d'un championnat de l'Union européenne. Doit-on s'attendre à ce que ces restrictions bouleversent la stratégie globale des clubs anglais ?
Eric Roy
: "L'Angleterre était déjà plus protectionniste que les autres grands championnats européens. En France, une loi permet par exemple de faire venir un joueur africain à partir du moment où il est majeur. Outre-Manche, il y avait déjà un système basé sur le nombre de sélections et le pourcentage de matches joués avec son pays. Quand on a voulu recruter le jeune Brésilien Joao Pedro [à Watford], il a dû passer devant une commission mais il avait réussi à obtenir le feu vert des instances. Le Brexit ne devrait finalement que renforcer ce protectionnisme avec l'idée de favoriser les joueurs formés en Angleterre.

Forcément, il va poser des problèmes au championnat car si les grands joueurs étrangers se font plus rares, le niveau pourrait se dégrader, au même titre que l'image de marque du championnat. Peut-être qu'il y aura des répercussions sur les droits télé. Si aujourd'hui le montant des droits TV est énorme, c'est parce que la Premier League est montré comme le plus grand championnat du monde avec le plus de talents, mais aussi le plus d'incertitudes au plus haut niveau. Mais à vrai dire, il y a déjà des répercussions pour les joueurs car la livre sterling a été pas mal dévaluée. Les étrangers qui traduisent leur salaire dans la monnaie de leur pays sont perdant au change depuis quelques mois. De toute façon, le Brexit ne va pas dans le sens d'une économie plus florissante pour la suite, que ce soit pour la marque Premier League ou les clubs qui en dépendent."

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Si les grands clubs pourront toujours investir de grosses sommes sur des joueurs internationaux de premier plan, d'autres équipes dont la stratégie repose sur le recrutement de bonnes affaires à l'étranger vont devoir revoir intégralement leur copie. Même chose pour un cador comme Chelsea, qui s'était fait une spécialité de recruter des foules de jeunes talents étrangers...
ER :
"Faire bouger les lignes, ça permet de faire réfléchir et de sortir les clubs de leur zone de confort pour s'adapter. Tout est une question d'équilibre et j'espère que le Brexit l'amènera. Ce n'est pas plus mal [qu'un club comme Chelsea ne puisse plus faire comme avant]. Le recrutement de jeunes pépites est très aléatoire et très prédateur. Ce sont des paris et sur une vingtaine faits en 3-4 ans, parfois un seul s'en sort. Le reste finit aux oubliettes. En se focalisant un peu plus sur les talents anglais, c'est évidemment un plus pour la sélection. Reste à savoir si la valeur intrinsèque du championnat restera la même avec la réduction des recrues étrangères. Car la Premier League est devenue si forte grâce à l'apport de beaucoup de joueurs étrangers mais aussi de managers étrangers. On sait que le Brexit aura des répercussions sur le championnat anglais, évidemment, mais on le verra surtout sur les marchés étrangers et notamment en France."

Certains clubs français ne seraient donc pas à l'abri d'une éventuelle onde de choc post-Brexit ?
ER
: "Le problème, c'est que le modèle économique de beaucoup de clubs français se fonde sur la projection de différents scénarios, idéalisés jusqu'au bout. 'On va recruter tel joueur parce que le notre va générer x revenus'. Mais un modèle économique viable doit être basé sur l'idée de ne pas dépenser l'argent que tu n'as pas, ni celui que tu projettes d'avoir. Construire des budgets sur des ventes hypothétiques, c'est d'une dangerosité extrême. En sachant en plus que le marché du football est très volatile. Un joueur reste un être humain qui peut se blesser ou alors le marché peut-être affecté comme aujourd'hui par une pandémie mondiale. Ceux qui ont été les plus prévoyants s'en sortiront le mieux, mais pour certains il risque d'y avoir des lendemains difficiles."