José Mourinho
José Mourinho, l'entraîneur Portugais | AFP - CARL DE SOUZA

Chelsea a changé... et Mourinho?

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Après six ans passés loin de Chelsea, José Mourinho est donc de retour à Londres avec un contrat de quatre ans dans sa poche et une aura toujours intacte auprès des supporters. Les tensions avec Roman Abramovitch sont désormais aplanies et la parenthèse madrilène, qui s'est terminée dans la rancœur et les polémiques, refermée. A Londres, le Portugais retrouve "sa" maison, là où il est devenu le "Special One". Mais le cadre a évolué, le Portugais va sûrement devoir le faire aussi.

L'histoire s'était terminée brutalement le 19 septembre 2007 après trois ans parsemés de titres, de piques et de polémiques. La guerre psychologique avec Roman Abramovitch, le magnat russe qui était allé le chercher à Porto,  a pris fin après une dernière bataille entre les deux hommes. Celle de trop pour le Portugais qui a préféré claquer la porte. La même qui s'ouvre aujourd'hui en très grand pour lui. Le "Special One" a droit au tapis rouge et à un petit mot de bienvenu très chaleureux signé Ron Gourlay, le directeur sportif : "Je suis ravi de souhaiter le retour à Chelsea à José. Son ambition, ses succès continus et sa volonté en font un candidat parfait".

Le ciel est donc bleu, sans nuage, pour l'avenir des Blues. L'homme qui les a menés au sommet de l'Angleterre est de retour et tout le monde s'en félicite. Mais le club qu'il a mené a mué sans lui, et surtout il a continué à gagner sans lui : un titre de champion en 2010, 3 coupes d'Angleterre (2009, 2010 et 2012), un Community Shield (2009), une Europa League cette année et une Ligue des Champions l'année dernière où il s'était cassé les dents. Avant d'échouer aussi à Madrid. Dans la capitale espagnole, les cadres se nommaient Ramos, Casillas, Ronaldo, des joueurs au palmarès garni. Ils n'avaient rien à prouver. C'est la situation dans laquelle se trouve Chelsea aujourd'hui.

Avec quelle base?

A son arrivée en 2004, José Mourinho s'était entouré de grognards prêts à le suivre à la guerre : Didier Drogba, Frank Lampard, John Terry, Petr Cech, Ashley Cole… Ces joueurs ont grandi avec le Portugais. Ils ont soulevé leurs premiers trophées majeurs sous ses ordres. Un groupe est né. Mais ce groupe s'est délité. La victoire en C1 l'année dernière a été son apothéose. Elle était plus la consécration d'un commando dont la genèse en revenait au Portugais qu'au travail de Roberto Di Matteo. La Maison Bleue est montée sur le toit de l'Europe à Munich. Mais cette demeure est en train de refaire ses fondations et a eu droit à un ravalement de façade. De la base que le Portugais a connu, persiste une colonne vertébrale qui s'est lézardé. John Terry, l'homme qui selon certaines rumeurs a eu la tête de Mourinho en 2007, n'est plus que l'ombre de la muraille qu'il a été. Rafa Benitez l'a compris et l'a peu à peu évincé. Ashley Cole et Petr Cech sont toujours là.

Et Frank Lampard? Le meilleur buteur de l'histoire de Chelsea (203 buts) était en sursis. Sa prolongation de contrat était dans les tiroirs, loin du haut de la pile. Mais sa deuxième partie de saison et l'éventuelle arrivée de Mourinho sur le banc l'ont remis dans la danse. Et après la victoire en Europa League, le milieu de terrain de 34 ans (il aura 35 ans le 20 juin) a prolongé d'un an. L'Anglais sera, à coups sûrs, l'un des hommes sur lesquels s'appuiera Mourinho qui d'après des bruits avait fait de la prolongation de Lampard une des conditions de son retour. Mais certains visages qui l'ont accompagné durant trois ans ont disparu. Les têtes ont depuis rajeuni. Logiquement.

La jeunesse au pouvoir

C'était la force du management de Mourinho à Chelsea. Avoir créé un groupe qui ne faisait qu'un. Qui faisait corps avec son entraîneur. Il a essayé d'obtenir le même résultat à Madrid, on connaît la fin. En revenant à Chelsea, il prend autant un risque, qu'il ne débarque en terrain conquis. Le groupe de cadres supérieurs qu'il a quitté est devenu une start-up jeune et ambitieuse. Andres Villas-Boas avait tenté un premier rajeunissement, mais le "Special Two" s'était heurté au mur de l'inflexibilité des cadres. Ceux-ci sont désormais en minorité et sur le déclin. Les leaders techniques s'appellent Mata, Hazard, David Luiz, Oscar… Une opportunité pour Mourinho de reprendre la main? Peut-être pas puisque Roman Abramovitch a tourné son recrutement vers des cibles jeunes et techniques, pas vraiment des caractéristiques qui définissaient les groupes avec lesquels Mourinho est habitué à travailler.

Avec l'officialisation de son arrivée devrait démarrer le jeu du mercato. Habitué à arriver avec ses anciens joueurs, Mourinho ne devrait pas emmener beaucoup de madrilènes à Londres. Peut-être Xabi Alonso qui avait des envies d'ailleurs. Pour préparer l'après Cech, le Portugais pourrait être tenté de rapatrier Thibaut Courtois, l'espoir belge de l'Atletico Madrid, meilleur gardien de la Liga cette année. Il devrait aussi regarder vers le Napoli où le nom d'Edison Cavani, le buteur uruguayen, revient avec insistance du côté de Stamford Bridge. Pour l'instant, le Portugais ne sait qu'une chose : il retrouvera son meilleur ennemi de ses trois dernières années, lors de la Supercoupe d'Europe, où Chelsea affrontera le Bayern Munich de… Pep Guardiola. Mourinho doit se réiventer, mais certains choses ne changent pas.