Blessures, méforme, malchance, usure psychologique... comment expliquer la chute sans fin de Liverpool ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Julien Lamotte
Mohamed Salah Liverpool Fulham
Mohamed Salah dépité après la nouvelle défaite de Liverpool, cette fois face à Fulham, le 7 mars 2001 | CLIVE BRUNSKILL / POOL / AFP

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En s'inclinant face à Fulham dimanche, Liverpool a concédé une 6e défaite de rang à domicile cette saison, une première dans l'histoire d'Anfield. Que s'est-il passé en quelques mois pour que le club qui écrasait tout en Premier League devienne à ce point méconnaissable ?

Les Reds sont dans le rouge. Foncé. Limite cramoisi. Champions d'Angleterre à la fin de la saison passée, après une disette de 30 ans, les joueurs de la Mersey ont d'ores et déjà abandonné tout espoir de conserver leur titre si chèrement acquis. Même une qualification européenne semble, à l'heure actuelle, presque utopique : septièmes avec 43 points, les Liverpuldiens ont désormais deux longueurs de retard sur West Ham (6e) et trois sur Everton (5e), qui comptent deux matches en moins tous les deux. C'est peu dire qu'un ressort s'est cassé. C'est même tout le sommier qu'il va falloir réparer. 

79 points pris sur 81 possibles. Voilà où en était le Liverpool injouable la saison dernière après 27 journées. Au terme de la défaite à domicile contre Fulham dimanche, l'équipe de Jürgen Klopp stagne à 43. Le coach allemand n'a peut-être plus la recette pour faire gagner son club mais il garde le sens de la formule : "Liverpool est une équipe extrême. L'an passé nous avons connu une réussite extrême, cette saison nous nous retrouvons dans l'extrême inverse" déclarait-il à la BBC avant de concéder qu'il vivait "la pire période de sa carrière en tant qu'entraîneur".

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C'est vrai que les Reds ne font pas les choses à moitié et lorsqu'ils se plantent, ils le font dans les grandes largeurs. La réussite dont parle Klopp n'est évidemment pas la seule raison pour expliquer ce grand écart. Une saison ne se résume pas à un poteau rentrant ou sortant. L'explication la plus rationnelle tient en trois mots : Virgil van Dijk. Sans sa tour de contrôle néerlandaise, la défense de Liverpool risque le crash à chaque match. Elu meilleur joueur du championnat en 2019, deuxième du Ballon d'Or cette même année, van Dijk est sur le flanc depuis le 17 octobre et une blessure aux ligaments du genou subie contre Everton. Son absence pèse d'autant plus que Joe Gomez, puis Joel Matip, ses habituels partenaires en défense centrale, ont également été fauchés par les blessures. 

Liver coule

"La perte de van Dijk a été l'élément déclencheur", note cependant Eric Roy. L'ancien directeur sportif de Watford estime que la blessure du Batave a créé, bien involontairement, "une sorte de théorie des dominos. A partir de là, tout s'est effondré. Les blessures se sont enchaînées, les joueurs ont dû compenser en ne jouant pas à leur vraie place et la confiance s'est envolée".

Il est vrai que Klopp a dû bricoler. Il a placé Henderson et Fabinho dans l'axe de l'arrière-garde, dans des rôles à contre-emploi. Il a multiplié les formules et les incantations pour faire briller la recrue Thiago Alcantara au milieu. Il n'a pas hésité à mettre sur le banc les stars de l'attaque (Salah, Mané, Firmino). Bref Klopp a tout tenté mais jusqu'ici rien n'a fonctionné. Il faut dire, à la décharge de celui qui fut élu par ses pairs meilleur manager à l'issue de la saison passée, qu'il n'a pas toujours été aidé par ses joueurs. Mané et Firmino n'ont planté que 13 buts à eux deux. Trent Alexander-Arnold, acclamé à juste titre il y a encore quelques mois, ne sait plus ce que défendre veut dire. Jordan Henderson, le capitaine courage, va à son tour de garnir l'infirmerie pour quelques semaines (adducteurs). Le gardien Alisson enchaîne les opérations portes ouvertes. La liste des cadres qui se dérobent est longue...

"Si encore les joueurs pouvaient compter sur le soutien de leurs supporters", regrette Eric Roy. Privés de la ferveur d'Anfield, les Reds sont livrés à eux-mêmes. Et le consultant Francetv Sport pointe un fait important : aucune tête ne sort du rang pour réveiller une équipe devenue amorphe. "L'an passé on sentait une osmose magique entre les joueurs, remarque-t-il. "Quand tout va bien, c'est l'alchimie parfaite. Mais dès qu'un grain de sable se glisse dans le rouage, il faut alors un taulier pour remobiliser les troupes. Là il y a un tel respect entre ces joueurs qui ont tout gagné ces dernières saisons qu'on a l'impression que personne n'ose 'gueuler' sur l'autre". 

Le fantôme d'Anfield rode

Visiblement, et en dépit de tout son charisme, Jürgen Klopp n'arrive pas plus à créer cet électrochoc. Les méthodes de l'Allemand ont-elles atteint leurs limites, à l'instar de celles d'un Jose Mourinho qui finissent par user les jambes et les cerveaux de ses joueurs ? L'ancien coach du Borussia Dortmund, à l'issue du titre la saison dernière, n'avait pas hésité à qualifier ses hommes de "monstres mentaux". Aujourd'hui, Jamie Caragher, ancienne légende du club, évoque "des nains de la mentalité"...

Par bonheur pour eux, il reste aux Reds la Ligue des champions pour montrer qu'ils sont toujours grands. En bonne position pour se qualifier en quart de finale après leur succès au match aller contre le RB Leipzig (0-2), les vainqueurs de l'édition 2019 recevront les Allemands pour conjurer le sort à domicile où le fantôme d'Anfield rode.