55 salariés licenciés mais 50 millions d'euros investis sur Partey, le plan pas très social d'Arsenal

Publié le , modifié le

Auteur·e : Andréa La Perna
Arsenal Mascotte
Le destin de Gunnersaurus, l'iconique mascotte d'Arsenal, est aujourd'hui incertain. | Adrian Dennis / AFP

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“Sévèrement touché” par les conséquences économiques de la crise sanitaire, Arsenal avait annoncé en août dernier le licenciement de 55 salariés du club. Deux mois plus tard, le club londonien n’a pas hésité à dépenser 50 millions d’euros sur le milieu de l’Atlético de Madrid, Thomas Partey, dans les dernières heures du mercato. La pilule passe mal auprès des supporters des Gunners, qui ne sont pas les seuls à questionner la stratégie du club.

Depuis la saison 2016/17, Arsenal ne brille plus par ses performances en Premier League. Cador complexé et timoré, le club londonien s’est laissé dépasser progressivement par ses principaux rivaux, terminant la saison passée à une très pâle 8e place (son pire résultat dans l’élite du foot anglais depuis 25 ans). En délicatesse sur le plan sportif, les Gunners ont récemment exposé des difficultés économiques préoccupantes, liées à l’impact de la pandémie de Covid-19.

L'impact de la crise sanitaire

Le 5 août dernier, dans un communiqué qui porte la griffe de Vinai Venkatesham et Raul Sanllehi, respectivement directeur général et chef du football, le club a justifié la décision d’un plan social : “Nos principales sources de revenus ont été réduites de manière significative. Les revenus issus des chaînes de télévision ainsi que ceux liés aux activités commerciales et des jours de match ont été touchés sévèrement. Cela continuera d'avoir un impact au moins pour la saison 2020/21". Quelques lignes plus loin est annoncé le licenciement à venir de 55 salariés, rien que ça.

Parmi eux : le chef du recrutement Francis Cagigao, plusieurs membres de la cellule de scouting, et des salariés dans tous les autres domaines. En Angleterre, Arsenal est le premier club à prendre cette décision depuis le début de la crise sanitaire. D’après plusieurs estimations outre-Manche, les pertes, en grande partie liées au fait de jouer à huis clos, pourraient atteindre jusqu’à 150 millions d’euros à l’été 2021. Mais deux mois après l’annonce du plan social, les Gunners n’ont pas hésité à lâcher 50 millions d’euros pour payer la clause libératoire de Thomas Partey, le milieu de l’Atlético de Madrid.

Le dernier jour du mercato estival gardera une saveur particulière, celle d’un soulagement amer. Car, en même temps qu’Arsenal bouclait l’arrivée onéreuse d’une cible de longue date, on apprenait le limogeage de Gunnersaurus, l’iconique mascotte du club, par souci de restriction budgétaire. Si le cas de la mascotte a pris une tournure positive, le FC Séville annonçant son recrutement, puis Mesut Özil promettant de prendre en charge son salaire, l’économiste du sport Pierre Rondeau juge la stratégie d’Arsenal “très choquante”.

Actifs et variables d'ajustement

"Le club d'Arsenal dira de manière très cynique qu'il vit grâce à ses joueurs et que la mascotte ou le personnel administratif ne sont qu'une variable d'ajustement. Ils ne sont pas la priorité de la gestion principale d'un club de foot, qui doit être géré comme une entreprise dont la principale activité est le secteur sportif”, regrette-t-il. Face au poids des joueurs de foot, influents et protégés par de puissantes institutions comme la FIFPro, les salariés limogés ne pèsent pas grand chose.

S’il est plus facile de supprimer ces emplois-là et si le résultat ne devrait pas se voir directement sur le pré, Rondeau craint qu’en assumant des pertes, notamment dans le secteur administratif, Arsenal “ne s’en morde les doigts”. “Le personnel administratif est une charge pour certains, mais il soutient aussi la productivité. La gestion de contrats faramineux, le versement des salaires, et plus largement la gestion d'un club de plus de 200 salariés, ça n'est pas rien. Je suis très sceptique sur la capacité à gérer une équipe du standing et du niveau d'Arsenal avec 50 salariés en moins. Ça me semble beaucoup”, appuie-t-il.

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En plus de risques pris sur ce plan là, c’est l’efficacité même du plan social décidé par Arsenal qui est remise en question. "Si le salaire moyen des 55 personnes licenciées était de 50 000 livres par an, l'économie pour KSE sur l'année s'élèverait à 2.75 millions de livres. On veut donner à Pierre-Emerick Aubameyang un nouveau contrat à 300 000 livres par semaine, on peut trouver l'argent pour le payer 15.6 millions de livres par an, mais 55 personnes qui travaillent dur doivent perdre leur travail en temps de pandémie. Ça vous va à vous ? Pas à moi”, a pesté Andrew Mangan dans un billet d’humeur posté sur son site Arseblog, très suivi chez les Gunners.

"Ça vous va à vous ? Pas à moi"

Dans cet article, écrit avant même l’arrivée pour 50 millions d’euros de Thomas Partey, il pointait déjà du doigt les récents choix faits par la direction du club, entre la signature de Willian et l’influence grandissante de l’agent Kia Joorabchian. Mais pour lui, “l’aspect le plus odieux [du communiqué du 5 août] est la façon dont il a essayé de jouer avec les émotions des fans”, en expliquant que “les pertes d’emploi étaient nécessaires pour améliorer l’équipe pendant le marché des transferts”. “C’est écrit noir sur blanc”, insiste-t-il. 

Le plus frappant dans toute cette histoire, c'est qu'effectivement, la direction d'Arsenal assume totalement de licencier 55 personnes pour tenter d'améliorer le niveau de l'équipe sur le pré. "KSE gère un business, mais nous supportons un club de football", insiste Mangan, dans une période où les supporters n'ont plus le droit de cité dans leur propre stade, où seules les dimensions sportives et économiques font vivre un football de plus en plus déconnecté de ses racines.