Schalke 04 eSport
La nouvelle formation "eSport" de Schalke 04. | Schalke 04

Schalke 04 se lance dans l'eSport

Publié le , modifié le

Schalke 04 a fracassé une porte, établi une passerelle qui incitera sans doute d'autres clubs à suivre leur exemple. Cinquième de Bundesliga, la formation allemande a officialisé il y a quelques jours le rachat d'Elements, une équipe de League of Legends, le jeu vidéo leader du monde de l'eSport.

Ils sont assis aux places habituelles des Huntelaar, Höwedes ou Leroy Sané. Plantés devant les sponsors de Schalke 04, Etienne Michels et Hampus Abrahamsson, ou plutôt “Steve” et “Sprattel” (leurs pseudos, principale identité des eSportifs), répondent timidement aux quelques questions posées par les journalistes présents à la première conférence de presse de cette nouvelle section eSport. “C'est un grand pas pour notre discipline, sourit, un peu gêné, Etienne “Steve” Michels, joueur français de la nouvelle équipe League of Legends (ou “LoL”) du club allemand. Je connaissais un peu le club mais je me rends compte aujourd'hui à quel point c'est une structure importante."

 

 

Le jeu n'a rien à voir avec le sport au contraire d'un Fifa ou d'un Jonah Lomu Rugby Challenge. Simple à comprendre, très dur à maîtriser, League of Legends voit deux équipes de cinq joueurs s'affronter dans un univers heroic-fantasy pour détruire le “nexus” (bâtiment principal) adverse. Comparable aux échecs dans l'approche tactique, le jeu demande des heures d'entraînement et une compréhension parfaite de toutes ses composantes pour seulement espérer devenir professionnel. Car oui, “Steve”, “Sprattel” et leurs trois autres coéquipiers chez Schalke 04, ont fait de League of Legends leur métier.

L'eSport, discipline en pleine ascension

L'eSport voit aujourd'hui son audience grimper en flèche (des centaines de milliers de spectateurs en ligne, des salles pleines), génère des millions de dollars et créé des vocations. En France, la loi pour une République Numérique a même défini il y a quelques semaines un cadre légal pour une pratique jusqu'alors dans le flou juridique le plus total. L'eSport se structure, Schalke 04 l'a très bien compris et veut surfer sur cette vague. Le club a même lancé sa chaîne Twitch, média principal de diffusion des compétitions de jeux vidéo, pour retransmettre sa conférence de presse de présentation.

“Il y a un vrai rapprochement entre le sport et l'eSport, assure Moritz Beckers-Schwarz, président de Schalke 04 Arena Management. Nous voulons accélerer ce processus en permettant aux joueurs de s'entraîner dans les meilleures conditions possibles et en les aidant à se développer en tant que professionnels. C'est une discipline jeune, qui va grandir, et le club veut faire partie de cette histoire”. Tim Reichert, patron de la section eSport et ancien footballeur : “On veut participer à la construction de l'eSport, qu'il soit accepté comme un sport”.

Fabien “Neo” Devide, président de “Vitality” une structure française que rencontrera Schalke 04 au sein du championnat européen de League of Legends (les “LCS EU”) se dit lui “vraiment heureux” de l'arrivée du club allemand dans le monde de l'eSport : “Il y a tellement d'analogies avec le sport, c'est très positif pour notre discipline. On l'a vu lors de leur conférence de presse : tout est bien cadré, les joueurs ont le même maillot que les footballeurs... Il y a du savoir faire. Mais c'est à la fois excitant et un peu effrayant. Ça veut peut-être dire aussi qu'on aura plus de mal à exister à terme. C'est une porte qui s'ouvre pour voir entrer le Bayern, ou le Borussia Dortmund”. De quoi envisager un derby de la Ruhr version eSport, avec chants et fumigènes ?

 

 

Schalke 04 n'est pas le premier club omnisports à s'investir dans cette branche, où les équipes sont généralement dédiées à l'eSport (Vitality par exemple), parfois sponsorisées par des grandes marques (comme Red Bull). Wolfsburg et West-Ham ont recruté des joueurs Fifa de renom pour porter leurs couleurs et le Besiktas, Santos ou le Saski Baskonia ont eux aussi leurs représentants sur League of Legends... mais dans des ligues mineures. Schalke a lui investi dans une place parmi l'élite. Et si le club ne communique pas avec précision sur la somme dépensée, ce genre de rachat se négocie en général autour du million de dollars. C'est en tout cas, plus ou moins, ce qu'ont misé Rick Fox (triple champion NBA) ou Shaquille O'Neal (qu'on ne présente plus) pour se payer ce genre de formations aux États-Unis.

 

 

Le maintien avant les moyens ?

À un joueur près, l'équipe qui portera désormais la tunique de “null vier” sur la scène des LCS n'a pourtant pas brillé lors du premier segment de la saison, terminant à la septième place du classement (sur dix). La seule n'assurant ni play-offs, ni lutte pour le maintien. Le passage d'Elements à Schalke 04 peut-il vraiment changer la donne ? Les infrastructures du club et les moyens potentiels dépassent tout ce qu'a connu l'eSport jusque ici, mais les joueurs disputent les LCS à Berlin, à 500 kilomètres de Gelsenkirchen... “C'est bien qu'ils n'aient pas dénaturé l'équipe qui s'est maintenue, estime pour sa part Fabien Devide. D'un point de vue humain c'est important. Ils font un mercato sage, gardent une formation qui a la capacité de rester en LCS et on verra ce qu'il se passera à la fin de la saison, avec une enveloppe plus conséquente pour façonner une grosse équipe”.

“Nous allons construire sur ce que l'on connaît du sport, ajoute Jacob “Maelk” Toft-Andersen, manager de cette nouvelle équipe. On veut créer un environnement propice, avec l'hygiène de vie adéquate du sportif de haut niveau. Pour performer à cette échelle, des heures de pratique devant son écran ne suffisent pas. Notre objectif c'est aussi de faire comprendre aux plus vieilles générations ce qu'est l'eSport, et qu'elles acceptent qu'on puisse faire carrière comme professionnel de jeu vidéo”. Suffisant pour déjouer les pronostiques ? “Schalke cherchait une équipe avec laquelle s'engager sur le long terme, explique Etienne “Steve” Michels. On va travailler dur. Si on reste soudés, on peut faire de très bonnes choses. Le club va nous apporter beaucoup de choses que l'on n'avait pas chez Elements : de meilleures conditions de vie et plus de staff”. Les joueurs ont pour l'instant signé un contrat de six mois.

 

 

L'investissement de Schalke n'est qu'un début. Les dirigeants ont assuré vouloir organiser des compétitions au sein de la Veltins Arena mais aussi recruter sur d'autres jeux. Fifa, évidemment, mais aussi Dota 2, concurrent de League of Legends, ou Overwatch, un jeu de tir à la première personne. Et Counter-Strike, qui talonne “LoL” au niveau des audiences ? Ce jeu, qui voit s'opposer des terroristes et des anti-terroristes n'est “pas adapté” à l'image que veut véhiculer Schalke 04 selon ses responsables. L'investissement du sport traditionnel au sommet de l'eSport, c'est oui, mais en posant quelques limites.