Uli Hoeness
Uli Hoeness | CHRISTOF STACHE / AFP

Le procès du patron du Bayern débute

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Le patron du Bayern Munich, Uli Hoeness, a reconnu avoir fraudé le fisc d'au moins 18,5 millions d'euros, selon des documents de sa défense consultables lundi, au premier jour d'un procès qui pourrait l'envoyer en prison.

Ce chiffre provient de documents bancaires fournis à la cour quelques jours avant le début du procès par la défense de M. Hoeness, qui a déclaré faire "table rase, sans aucune exception" du passé. Selon ces relevés, le montant de la fraude fiscale imputable au dirigeant du Bayern serait "largement plus de 15 millions d'euros" supérieure à celle retenu par le parquet, soit au moins 18,5 millions d'euros.

Dénonciation volontaire ou pression médiatique ? 

"J'ai fait de l'évasion fiscale", a admis Uli Hoeness devant le tribunal, peu après l'ouverture du procès dans lequel il est accusé de ne pas avoir déclaré 33,5 millions d'euros de gains entre 2003 et 2009, par le biais d'un compte en Suisse dont il a caché l'existence au fisc allemand, lui occasionnant un manque-à-gagner de 3,5 millions d'euros. "Je regrette profondément mon comportement délictueux", a ajouté cet entraîneur aussi connu en Allemagne que ses stars du ballon rond, assurant vouloir entièrement tirer au clair "ce chapitre affligeant" de sa vie. Il a toutefois également rappelé avoir versé 5 millions d'euros à des oeuvres sociales. "Je ne suis pas un parasite de la société", a-t-il argumenté. Hoeness était arrivé par une porte dérobée au tribunal de Munich, vêtu d'un costume sombre. Sa présence est obligatoire aux quatre jours que doit durer le procès. Le président du club le plus titré d'Allemagne avait entamé en janvier 2013 une procédure d'auto-dénonciation auprès du fisc pour régulariser sa situation. Cette procédure permet de régler ces affaires moyennant une forte pénalité  financière, tout en mettant le fraudeur à l'abri de toute poursuite pénale. Cette procédure est toutefois jugée invalide par le parquet de Munich. Outre des vices de forme, le ministère public est convaincu que Hoeness n'a agi que parce qu'il craignait d'être prochainement dénoncé par la presse, qui avait commencé à s'intéresser au compte en Suisse d'un "important responsable du  football allemand", sans l'identifier à l'époque. Son immense villa au bord d'un lac en Bavière a été perquisitionnée le 20 mars 2013 et il a dû payer une caution de cinq millions d'euros pour rester en liberté.

Merkel "déçue" de Hoeness

Si le tribunal considère son auto-dénonciation comme recevable, le prévenu s'en tirera avec une amende, mais si elle est jugée trop tardive, il encourt jusqu'à 10 ans de prison. En général, lorsque le manque-à-gagner fiscal dépasse le million d'euros, les tribunaux allemands prononcent des peines de prison ferme. Un risque d'autant plus réel pour Hoeness que le juge qui présidera son procès possède une réputation de magistrat impitoyable. En outre, s'il a, jusqu'ici, conservé la tête du Bayern grâce à l'appui des puissants actionnaires du club (Adidas, Audi, Deutsche Telekom), une condamnation obligerait très probablement Hoeness à quitter la tête du Bayern, club où il a fait toute sa carrière de joueur et de dirigeant. Attaquant du Bayern Munich et de la sélection nationale allemande  championne du monde 1974, Hoeness vit sa carrière sportive brisée par une blessure. Retiré des terrains à 27 ans, il devint manageur du club bavarois en 1979 puis président 30 ans plus tard. Il a fait du Bayern l'un des clubs les plus riches et compétitifs du monde. Il a aussi fondé une florissante entreprise de saucisses bavaroises dont il  a cédé le contrôle à ses deux enfants. Avant le scandale, Uli Hoeness faisait figure d'autorité morale en Allemagne, menant une vie simple en apparence, au côté de sa femme, avec qui il est marié depuis 40 ans. Il était aussi un invité régulier à la télévision allemande, apprécié pour ses positions tranchées, politiquement proche des conservateurs de la chancelière Angela Merkel. Cette dernière s'est d'ailleurs dite "déçue" du comportement de Hoeness, d'autant que ce dernier affirmait encore en 2005 dans le quotidien Bild : "je  sais que c'est idiot, mais je paye mes impôts au prix fort".

Jean Charbon