Bundesliga ou Ligue 1, qui est le plus fort ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Adrien Hemard
Dortmund

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Depuis deux semaines, la Bundesliga a repris ses droits en Allemagne. Seule compétition majeure à avoir retrouvé les terrains, le championnat allemand est sous le feu des projecteurs du monde entier, et de la France. Plus attaché à la Premier League, la Liga et la Serie A, le public tricolore découvre ainsi le quatrième membre du « Big 4 ». Mais si d’ordinaire les Français ne s’intéressent pas à la Bundesliga, est-ce parce que ce championnat n’est pas plus intéressant que la Ligue 1 ? Ou, à l’inverse, est-il en tout point supérieur à notre bonne vieille D1 ? La vérité se cache quelque part entre les deux. 

  • Bundesliga, la référence du spectacle

Avec 3,12 buts par match avant la reprise, la Bundesliga a de loin la meilleure moyenne européenne en la matière devant l’Angleterre (2,84) et l’Italie (2,69). Avec 2,49 buts par match en moyenne, la France est loin du podium. Et ce n’est pas une surprise de voir la Bundesliga aussi loin devant, tant le championnat d’allemand est un festival offensif permanent. Pourtant, contrairement à la caricature qui en est faite, la « Buli » n’est pas un désastre défensif. Au contraire, c’est un laboratoire tactique où est né le gegenpressing qui règne sur le football actuel, initié par Ralf Rangnick et magnifié par Jürgen Klopp.

En plus du spectacle sur le terrain, l’Allemagne offre aussi les plus belles tribunes d’Europe. Avec une moyenne de 40 000 supporters par match, la Bundesliga est le championnat qui attire le plus dans ses enceintes ultra-modernes, en partie héritées de la Coupe du monde 2006. En France, la moyenne est de 19 000 supporters. Seule la Premier League rivalise avec 38 000 spectateurs, mais l’ambiance aseptisée des stades anglais n’arrive pas à la cheville de celle des impressionnants kops allemands. "Le public, l’expérience au stade en général, cela n’a rien à voir même en deuxième ou troisième division . En Allemagne, c’est un loisir populaire mais pas seulement au niveau du prix. Il y a une vraie ferveur dès qu’il y a un club. Leur taux de remplissage est supérieur à 90%", témoigne Julien Duez, journaliste pour So Foot, Neues Deutschland et Ballesterer, spécialiste du football allemand.

  •  Au niveau du suspense : léger avantage pour la Bundesliga

"Le Bayern vampirise le championnat, comme le PSG en France. A ce niveau, les championnats se ressemblent pas mal", affirme Julien Duez. Et pour cause, le Bayern Munich a remporté les 7 dernières éditions de la Bundesliga, et se dirige tout droit vers un huitième titre consécutif. Hormis celui acquis l’an passé de deux points devant Dortmund, ils l’ont tous été avec une avance d’au moins dix points. Une habitude également prise par le PSG ces dernières saisons, à l’exception du titre de Monaco en 2017. Et en Bundesliga comme en Ligue 1, c’est derrière le géant que le suspense est à son comble : "Il y a une plus grosse bataille pour l’Europe qu’en France parce qu’en Bundesliga il y 4 places qualificatives pour la Ligue des champions, et ils n’ont plus de compétitions secondaires comme la coupe de la Ligue. Il leur reste la coupe d’Allemagne mais le Bayern est trop au dessus donc personne ne mise vraiment sur cette coupe", précise Julien Duez.

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En bas de tableau, la lutte pour la maintien déchaîne aussi les foules : "Ce qui la rend intéressante c’est que ce sont des noms historiques qui se battent, comme en France il y a quelques années avec Nantes, Monaco, Lens, Auxerre, Sochaux…". Ainsi, Hambourg ou Stuttgart sont descendus ces dernières saisons, et cette année le mythique Werder Brême est lui aussi en danger : "Le championnat est très compétitif, mais chaque descente est un dossier spécifique. La plupart du temps, elles sont dues à une gestion sportive catastrophique, notamment à Hambourg, ou au Werder Brême cette année". Finalement, si la Bundesliga reste plus indécise, elle le doit surtout à son ranking européen et aux malheurs de quelques clubs.

  • A l’échelle Européenne, l’Allemagne loin devant

D’un point de vue performances en coupes d’Europe, la Bundesliga surclasse de loin la Ligue 1. Et les chiffres le montrent bien, puisque le football allemand a disputé dix-sept finales de Ligue des champions avec six clubs différents (Bayern Munich, Borussia Dortmund, Eintracht Francfort, Borussia Mönchengladbach, Bayer Leverkusen, Hambourg), et en a remporté 7 (5 pour le Bayern, 1 pour Dortmund et Hambourg). Dans l’Hexagone, seul l’OM a remporté la compétition en 1993, sur 6 finales pour les clubs français (2 pour Reims et Marseille, 1 pour Saint-Etienne et Monaco). En Ligue Europa l’écart est sensiblement le même entre le foot français et son voisin d’outre-Rhin. Alors, si certains ont imaginé un déclin de la Bundesliga quand, en 2018-19, aucun club allemand n’avait atteint les quarts de finales de Ligue des champions, il est bon de rappeler qu’il s’agissait d’une première depuis 2006, que cette saison le Bayern et Leipzig sont toujours en course, et que le PSG a eu le plus grand mal à éliminer le Borussia Dortmund. 

  • Un modèle économique unique

Sans rentrer dans les clichés sur la rigueur allemande, force est de constater que le foot allemand se porte très bien d’un point de vue économique. En France, la DNCG assure elle aussi la santé financière des clubs de foot, mais outre-Rhin, la gestion des clubs fait figure d’exemple avec la règle du 50+1 qui empêche un actionnaire de prendre le contrôle intégral d’un club. "C’est un modèle intéressant, car de plus en plus rare, qui protège les clubs de mauvais investisseurs, mais il commence à devenir friable", avance Julien Duez, qui poursuit : "Des clubs ont compris que s’il n’y avait pas un assouplissement de cette règle, ils ne pourront plus jamais rivaliser avec le Bayern. Par exemple Hanovre a un président qui veut faire sauter cette règle"

D’ailleurs, il y a déjà des clubs qui ont contourné cette règle, comme Leipzig, Hoffenheim, Leverkusen, dans la transparence la plus totale. Pourquoi ? "Parce qu’il y a une clause qui permet pour un investisseur présent depuis 20 ans sans discontinuer de contrevenir à cette règle", répond Julien Duez. Pour autant, l’économie du foot allemand est bien moins dépendante des investissements étrangers que celle de la Ligue 1. Le spécialiste de la Bundesliga explique : "Dans tous les cas, les gardes fous font que c’est extrêmement difficile d’envisager l’arrivée d’un état ou d’un fonds d’investissement à la tête d’un club allemand, ce qui n’empêche pas de nouer des partenariats de sponsoring".

  • La Ligue 1, la vraie ligue des talents

"Est-ce qu’on considère un championnat talentueux s’il exporte ses joueurs formés ou, au contraire, est-ce un aveu d’échec de ne pas pouvoir conserver ses diamants ? ", interroge Julien Duez. En effet, si la Bundesliga compte de nombreux joyaux, ce sont soit des joueurs allemands qui ont souvent du mal s’exporter, soit des joueurs formés à l’étranger. "Les Allemands s’exportent très peu. Le dernier exemple emblématique, c’est Serge Gnabry, vendu par le Werder à Arsenal, prêté à West brom, revenu à Arsenal sans s’imposer puis de nouveau au Werder où il a explosé avant de confirmer au Bayern Munich. Il n’a été bon qu’en Allemagne", illustre Julien Duez. 

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Autrement dit, s’il y a un terrain où le foot français dépasse enfin son voisin, c’est incontestablement celui de la formation. En témoigne les nombreux clubs allemands qui viennent acheter les jeunes français (Pléa, Thuram à Mönchengladbach, Diaby à Leverkusen, Nkunku, Upamecano à Leipzig…). "La supériorité de la formation française se vérifie sur les chiffres. D’ailleurs, les Français sont le deuxième contingent étranger de Bundesliga derrière les Autrichiens", conclut Julien Duez. Avec 26 tricolores, le championnat allemand se hisse au deuxième rang des destinations favorites des tricolores, derrière l’Angleterre (30) et devant l’Espagne (24) et l’Italie (19). Une phénomène récent qui relance l’intérêt de l’Hexagone pour la « Buli ». 

  • Un désintérêt très français

Seul pays à utiliser la notion de « Big 5 » pour les championnats européens, la France se voilerait-elle la face en se considérant à la hauteur de ses voisins, notamment de la Bundesliga ? Très certainement. En effet, si dans l’Hexagone la Bundesliga n’a pas le prestige de la Premier League, de la Serie A ou de la Liga, c’est bien le cas pour de nombreux pays européens qui, à l’inverse, ne regardent pas la Ligue 1. "Pour la Belgique, les Pays-Bas, la Pologne, la République Tchèque, le Danemark etc, c’est un championnat majeur, très attractif. Il y a une vraie connexion pour eux avec le football allemand, et une proximité culturelle", assure Julien Duez, qui, pour conclure, nous laisse sur une hypothèse : "Est-ce que ce ne serait pas parce que la France est un grand pays au delà du foot, comme l’Allemagne, que dès lors on a du mal à se considérer dans une position inférieure à eux sur notre championnat ?".