Trophée Bundesliga
Le trophée de la Bundesliga. | FRANK HOERMANN / SVEN SIMON / SVEN SIMON / DPA PICTURE-ALLIANCE

Bundesliga : la reprise en Allemagne soumise à des règles draconiennes

Publié le , modifié le

Pour obtenir le droit de redémarrer samedi, la Bundesliga promet de se soumettre à un protocole sanitaire draconien, qui encadre à peu près tous les aspects de la vie des joueurs et pourrait inspirer les autres grands championnats. Avec la reprise du football en Allemagne, fini les embrassades et les tapes dans les mains entre joueurs, désormais encadrés par des consignes hygiéniques strictes.

Les joueurs de Bundesliga ne vont pas retrouver la scène comme ils l'ont laissée. Enceintes à huis clos, interdiction de se serrer la main entre joueurs, proscription des célébrations effusives en cas de but, contacts physiques réduits au strict nécessaire, port du masque obligatoire pour l'encadrement et les remplaçants... Ces mesures restrictives ouvrent une période inédite sur le terrain, qui est habituellement l'espace de libre expression des footballeurs.

La Ligue allemande de football (DFL) a présenté aux pouvoirs publics un document de 51 pages, qui a convaincu le gouvernement fédéral et les régions de la possibilité de relancer le football, à huis clos évidemment. Pour couper court aux critiques, le texte précise en préambule que "toutes les mesures sont conditionnées au fait qu'elles ne détournent pas des ressources indispensables à la lutte contre le Covid-19 pour l'ensemble de la population".

Des tests deux fois par semaine minimum et la veille de chaque match

Le pilier du plan de la DFL est la mise en oeuvre massive de tests de coronavirus pour les joueurs et leur encadrement, deux fois par semaine minimum et à la veille de chaque match, et la mise à l'écart immédiate au sein des clubs de toute personne déclarée positive.

La décision de placer en quarantaine le reste de l'équipe ne dépend pas des clubs, mais des autorités locales de santé. En Allemagne, Etat fédéral, chaque région adopte sa propre politique de prévention, ce qui explique que l'équipe de Dresde (D2) ait été placée en quarantaine après la détection de deux cas, alors que celle de Mönchengladbach, dans la même situation, peut continuer à s'entraîner normalement.

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Les équipes arrivent dans plusieurs bus

Environ 300 personnes sont admises au stade les jours de match, mais divisées en trois zones qui ne doivent avoir aucun contact entre elles: zone "pelouse" (équipes, arbitres, secouristes, photographes en nombre limité), zone "tribune" (presse, également en nombre très limité, et caméramen), et zone "extérieure stade", soit toute la zone comprise à l'intérieur des murs ou des grillages de l'enceinte. Au delà, la surveillance est de la responsabilité de la police, notamment en cas de rassemblements de supporters. Chaque zone ne peut accueillir qu'un maximum d'environ 100 personnes.

Les équipes arrivent dans plusieurs bus, afin de respecter la distance de 1,5 mètre entre les personnes. Tout le monde dans les bus porte des masques. Dans les vestiaires, la distance doit également être respectée, et les équipes entrent sur la pelouse l'une après l'autre par le tunnel, toujours en gardant les distances. Aucun contact: ni poignée de main, ni photo de groupe, ni échange de fanions.

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Ne pas partager sa joie après un but

Tous les acteurs de la zone pelouse portent des masques, y compris les remplaçants sur les bancs. Seuls les joueurs et les arbitres de champ n'en portent pas. Les ballons sont régulièrement désinfectés pendant le match. Les contacts physiques sont limités aux actions de jeu.

Dans un document annexe envoyé aux clubs, la DFL précise que les embrassades et contacts de mains pour célébrer les buts doivent être évités. "Les contacts du coude ou du pied sont à privilégier." "Dans le stade", prévient la DFL, "les équipes et joueurs professionnels vont être encore plus observés que d'habitude par le grand public. Nous vous demandons instamment d'avoir un comportement exemplaire."

Dix journalistes de presse écrite à chaque match

Huit pages du protocole sanitaire sont consacrées exclusivement aux mesures à prendre pour les équipes de télévision. Le principe est toujours le même: éviter les contacts, en maintenant la distance ou en installant des murs de plexiglas. Les interviews d'après-match doivent se faire à travers ces murs. Seuls dix journalistes de presse écrite sont admis pour chaque rencontre. La conférence de presse d'après-match est supprimée et la zone mixte est fermée.

Les joueurs condamnés à des mesures strictes

Les équipes en déplacement doivent si possible réserver entièrement un hôtel, ou à défaut se faire attribuer un étage complet. L'hôtel est désinfecté avant l'arrivée de l'équipe. Les joueurs n'ont pas le droit d'utiliser les salles ou équipements de fitness. Comme partout, les distances doivent être respectées, y compris à table à l'heure du repas.

Dans leur vie privée, les joueurs sont priés de vivre en quasi-quarantaine, sans contacts avec leurs voisins, et sans recevoir de visites. Ces restrictions s'appliquent aussi à tous les membres du foyer ! Si nécessaire, une personne de la famille peut sortir brièvement faire les courses, mais le joueur lui-même n'en a pas le droit. Le protocole détaille sur plusieurs pages les règles d'hygiène à observer en famille, depuis le lavage des mains jusqu'à la façon de préparer la nourriture.

Hans-Joachim Watzke, directeur général de Dortmund lors d'un entraînement, le 12 mai 2020.
Hans-Joachim Watzke, directeur général de Dortmund lors d'un entraînement, le 12 mai 2020. © FIRO SPORTPHOTO / POOLFOTO BVB ALE / AUGENKLICK/FIRO SPORTPHOTO / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

"Cela peut provoquer de l'anxiété chez certains"

Malgré le protocole sanitaire draconien prévu samedi pour la reprise de la Bundesliga, les joueurs pourraient s'exposer à des lésions pulmonaires "irréversibles" en cas d'infection au coronavirus, avec un risque de déclin des performances, explique à l'AFP un médecin du sport réputé en Allemagne. Le professeur Wilhelm Bloch, de l'Ecole Supérieur du Sport de Cologne, s'inquiète des conditions de ce retour au terrain malgré les consignes sanitaires, jugeant le protocole de la Ligue allemande "pas sûr à 100%".

Si "l'émotion n'est pas morte", selon des spécialistes de la préparation mentale, le coach mental Manuel Dupuis, qui travaille avec des joueurs professionnels en Allemagne et en Belgique, a une tout autre analyse. "C'est comme jouer face à une équipe d'une autre planète ! C'est tout nouveau. Forcément, ça peut provoquer de l'anxiété chez certains".

"Ce sont comme des comédiens qui ont besoin d'une personne pour leur souffler leurs répliques, car ils sont restés dans l'ancien texte qui a évolué depuis. Ils doivent apprendre un nouveau scénario", explique à l'AFP le psychologue du sport Makis Chamalidis. À l'image des acteurs, Les footballeurs devront donc, à certains moments, improviser afin de respecter le "Protokoll".

AFP