Romain Alessandrini
Romain Alessandrini. | AFP

Alessandrini, au delà des maux

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En conflit avec ses dirigeants l'été dernier, Romain Alessandrini l'était aussi avec son corps. Victime en février 2013 d'une des plus graves blessures qui soient pour un footballeur (rupture du ligament d'un genou), le natif de Marseille avait clamé son désir de rejoindre l'OM, en vain. Sans rancune. Sorti du brouillard à la mi-décembre, Alessandrini revient peu à peu à son meilleur niveau sous le maillot rennais. Il le montrera dès ce vendredi soir, face à Lille (22e journée de L1, 20h30).

Brisé en plein vol. Ou plus exactement, rompu, comme le ligament de son genou droit. Avant sa grave blessure, contractée il y a près d'un an, Romain Alessandrini marchait sur l'eau. Auteur de dix buts en 2012/2013 en ayant loupé cinq mois de championnat, le vivace ailier breton désaxait chaque week-end les défenses de l'Hexagone, et avait même été convoqué par Didier Deschamps contre l'Allemagne, le 6 février 2013. Mais son corps lui a joué un sacré mauvais tour. Écarté des terrains pendant plus de neuf mois, Alessandrini a eu le temps de cogiter, pour le plus grand malheur de l'état major breton. Désireux de rejoindre Marseille en juillet dernier, le milieu offensif de poche, dont José Anigo et Vincent Labrune s'étaient amourachés, était entré en conflit avec son club. Finalement, la direction rennaise avait verrouillé la porte, et Alessandrini avait dû faire avec. Aujourd'hui, l'éphémère international français est en passe de retrouver le niveau qui était le sien avant sa grosse égratignure. Au delà des maux, et au delà des mots. 

Le Rennais le plus décisif du moment 

Pourtant, Dieu sait que la situation sportive du Stade Rennais est désappointante. Quinzième de Ligue 1, les Bretons, qui ont pourtant enregistré l'arrivée en début de saison du meilleur entraîneur de la Liga Espagnole 2012/2013 (Philippe Montanier), éprouvent toutes les peines du monde à se faire une place dans la première partie de tableau. Les partenaires de Sylvain Armand viennent d'enchaîner deux matches sans but face à Nice (13e) et Evian (17e), et restent donc sur une série inquiétante de cinq matches sans victoire. Pour Alessandrini, on a rêvé meilleur contexte de retour. Pourtant autant, l'ancien Clermontois n'a pas tardé à conforter les dirigeants rennais dans leur décision de ne pas l'avoir bradé l'été dernier : le milieu offensif de 24 ans est impliqué sur les quatre dernières réalisations rennaises (trois fois buteurs et une fois passeur). Au delà des chiffres, le joueur formé à Gueugnon a montré qu'il avait retrouvé toutes ses capacités physiques. Il y a quelques jours, il avait même confié à l'Equipe se réjouir de sa forme actuelle :"jusqu'à la trêve, j'ai eu du mal à me sentir à 100 %. Mais depuis la reprise, je suis vraiment mieux. Et je pense que je vais être encore meilleur". 

Lille, sa terre maudite 

Contre Evian (0-0), le week-end dernier, Philippe Montanier avait décidé de laisser son poulain virevoltant sur le banc. Les Bretons, orphelins de leur maître à joueur, avait réalisé une première période déplorable, dominés dans tous les compartiments du jeu par des Savoyards 17e au classement. A la pause, l'ancien coach de la Real Sociedad demandait à Alessandrini d'enlever son chasuble, et d'aller dynamiter la défense d'ETG. Ce qu'il fit à merveille, sans toutefois trouver le chemin des filets.

Ce match contre Lille, au Grand Stade, aura une saveur toute particulière pour le numéro 19 du Stade Rennais : c'est ici même, en terre lilloise, qu'Alessandrini avait contracté son interminable blessure. Près d'un an plus tard, "Rom" foulera de nouveau le terrain responsable de son long mal : "Forcément, je vais y penser. Mais c'est du passé et j’ai tout l’avenir devant moi désormais".

Quoiqu'il en soit, douze mois, l'international français aura l'occasion de prendre sa revanche contre sa terre maudite. Après tout, la vengeance est un plat qui se mange froid. 

Jean Charbon