Aide aux clubs professionnels : en quoi consiste la solution prioritaire envisagée par la LFP ?

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
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Avec la fin anticipée de la saison 2019-2020 de football, les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 s'attendent à vivre plusieurs mois compliqués durant lesquels ils ne percevront pas les revenus prévus dans leur budget. Après avoir souscrit à un prêt garanti par l'État, la Ligue de football professionnel travaille sur une piste prioritaire, celle du rachat des créances de transferts franco-français, pour leur venir en aide. Alors que d'autres plans de soutien sont actuellement à l'étude, celui-ci permettrait de débloquer rapidement des liquidités pour les clubs. Mais en quoi consiste cette solution dite de l'affacturage ?

Alors que la Ligue de football professionnel (LFP) a annoncé jeudi dernier la fin officielle de la saison 2019-2020 de football, les clubs professionnels de Ligue 1 et de Ligue 2 ont du mal à entrevoir la lumière au bout du tunnel. Si le prêt garanti par l'État (PGE) auquel a souscris la Ligue ce lundi doit permettre de compenser les pertes liées aux droits télévisées et de redistribuer aux clubs plus de 200 millions d'euros, l'inquiétude subsiste et certains clubs craignent le dépôt de bilan. Alors que leurs partenaires pourraient se mettre en retrait et que les recettes de billetterie restent en berne en l'absence de compétitions, la LFP continue de prospecter pour trouver d'autres solutions qui aiderait les clubs face à d'importants problèmes de trésorerie. L'une des pistes devenue prioritaire après l'arrêt de la saison est celle dite de l'affacturage : elle consisterait à racheter l'ensemble des créances de transferts franco-français pour que les clubs obtiennent rapidement des liquidités.

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• Qu'est-ce que les créances de transfert ?

Lorsqu'une opération de transfert est réalisée, les deux clubs impliqués peuvent s'entendre afin que l'acheteur réalise le paiement en plusieurs fois.  Le règlement d'un transfert peut ainsi s'étaler sur plusieurs saisons. "C'est un système généralisé, souligne Christophe Lepetit, responsable des études économiques au Centre de droit et d'économie du sport (CDES) de Limoges. Ça contribue à une sorte de fuite en avant permanente avec des transferts que vous encaissez sur des périodes très longues." Selon le rapport de la DNCG publié le mois dernier et qui concerne la saison 2018-2019, les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 sont créanciers à hauteur de 771 millions d'euros, c'est-à-dire qu'ils doivent encore percevoir ce montant dans les mois et années à venir pour des opérations de transferts réalisées en France ou à l'étranger.

Chaque club professionnel est créancier ou débiteur sur des "opérations de mutation". Certains sont à l'équilibre, comme l'OGC Nice, créancier à hauteur de 28 millions d'euros et débiteur à hauteur de 29 millions. D'autres ont des situations plus complexes, comme l'AS Monaco, qui doit encore verser 88 millions d'euros de transferts, et doit encore recevoir près de 230 millions (l'ASM est le premier créancier, et de loin, de Ligue 1). Avec la solution prioritaire envisagée par la LFP, ce sont les créances de transferts franco-français qui pourraient être rapidement rachetées.

• L'affacturage pour débloquer des liquidités

En rachetant les créances de transferts franco-français, ce sont près de 120 millions d'euros qui viendraient à être débloqués. "Cette idée me paraît être une bonne solution pour apporter une bouffée d'air frais aux clubs en termes de trésorerie", soutient Christophe Lepetit. Le principe est simple : un organisme tiers se charge de racheter l'ensemble des créances et de les verser aux clubs qui devaient les recevoir. Les clubs débiteurs paieront ce qu'ils devaient initialement régler à la base mais à l'organisme tiers, et les clubs bénéficiaires voient une taux s'appliquer à leurs créances.

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Initialement évoqué, le recours par la LFP à un fonds d'investissement ne devrait pas avoir lieu. "Il a été répété que c'est un fonds d'investissement qui pourrait racheter les créances, ce n'est absolument pas le cas. On parle d'organismes bancaires structurés", nous indique une source qui travaille sur le dossier. Avec le recours à ce type d'organisme, le taux d'intérêt appliqué aux créances "devrait être moindre", analyse Christophe Lepetit. Et pour baisser encore davantage les coûts, les clubs pourraient mettre leurs créances dans un seul et même sac pour négocier tous ensemble. "En rassemblant les différentes créances, on a plus de poids pour négocier le taux et mutualiser certains frais bancaires et juridiques", ajoute la source proche du dossier.

• Certains clubs en profiteront plus que d'autres

Selon L'Équipe, sept formations de Ligue 1 et douze de Ligue 2 auraient apporté leur soutien à ce projet de rachat. L'unanimité n'est pas encore atteinte, et cela s'explique par le fait que cette solution prioritaire envisagée par la LFP pourrait soulager certains clubs plus que d'autres. Une équipe qui a pour habitude de réaliser des opérations uniquement en France pourrait ainsi obtenir des fonds rapidement. C'est le cas par exemple d'une grande partie des clubs de Ligue 2, qui vendent leurs joueurs majoritairement dans l'élite, et pourraient bénéficier de liquidités avec le rachat des créances de transferts franco-français.

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Les clubs dont la marque de fabrique est le trading de joueurs ne devraient pas autant bénéficier de ce projet. Sur les cinq dernières années, 70% des ventes de joueurs de l'AS Monaco se sont faites à l'étranger. Sur les 230 millions d'euros de créances, et alors que le club est en grande difficulté financière avec l'arrêt de la saison de Ligue 1, une infime partie devrait donc rentrer dans le projet d'aide envisagée par la LFP et donc dans les caisses de l'ASM. Le LOSC, également adepte du trading de joueurs, n'est créancier qu'à hauteur de 12 millions d'euros selon le rapport de la DNCG. Selon Christophe Lepetit, à défaut de bénéficier du plan envisagé par la LFP, "Gérard Lopez (le président du club lillois, ndlr) va peut-être essayer de se tourner vers les fonds d'investissement, un univers qu'il connaît bien et peut mobiliser pour faire rentrer des liquidités."

• Une première étape vers un plan Marshall du football ?

À l'image du LOSC, les clubs peuvent chercher des solutions de manière individuelle, mais compteront également sur la LFP, qui étudie actuellement d'autres pistes pour venir en aide rapidement aux formations professionnelles de Ligue 1 et de Ligue 2. Face aux problèmes de trésorerie qui se présenteront dans les mois à venir, certaines personnalités du monde du football ont appelé à un "plan Marshall" comme Bernard Caïazzo, président du syndicat patronal Première Ligue, ou Gianni Infantino, le président de la FIFA.

"Quand on parle de plan Marshall, on pense à des négociations avec l'État et une aide des pouvoirs publics pour des économies de charges très importantes", soutient Christophe Lepetit. Un projet qui ne serait pas encore sur la table des négociations. Mais qui pourrait le devenir si les créanciers étrangers des clubs français venaient à être en défaut de paiement. Les clubs de Premier League, grands acheteurs de joueurs du championnat de France, sont ainsi créanciers à hauteur de plus d'un milliard d'euros à des clubs étrangers. Et si eux aussi rencontraient des problèmes avec leurs diffuseurs ou si la Premier League venait à ne pas reprendre, c'est toute l'économie européenne du football qui pourrait être impactée.