Affaire du chantage à la sextape : retour sur cinq années de polémiques autour de Karim Benzema

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
Karim Benzema

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Ce jeudi, le parquet de Versailles a demandé l'ouverture d'un procès à l'encontre de Karim Benzema pour "complicité de tentative de chantage". L'attaquant du Real Madrid pourrait se retrouver au tribunal pour une histoire qui a débuté il y a près de cinq ans et qui implique son ancien coéquipier en équipe de France Mathieu Valbuena. La médiatisation de l'affaire aura coûté à Benzema sa place en Bleu et continue encore aujourd'hui d'entacher son immense carrière. Retour sur cinq ans de polémiques.

• Octobre 2015 : l'affaire éclate au grand jour

Alors que l'équipe de France vient de jouer deux matches amicaux contre l'Arménie et le Danemark en ce début de mois d'octobre 2015, une affaire éclate alors que Djibril Cissé et trois autres personnes sont placées en garde à vue. Les quatre hommes seraient impliqués dans une affaire de chantage à la sextape à l'encontre de Mathieu Valbuena, le meneur de jeu des Bleus et de l'Olympique Lyonnais. Ce dernier aurait reçu en juin de la même année plusieurs appels téléphoniques d'hommes l'incitant à leur verser plus de 100 000 euros afin de ne pas diffuser une vidéo intime de lui et sa compagne. Valbuena porte plainte et des enquêteurs de la police judiciaire de Versailles tendent un piège aux trois hommes impliqués au début de l'affaire. Si Djibril Cissé est rapidement libéré, ces derniers sont mis en examen pour "chantage et participation à une association de malfaiteurs".

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Durant le regroupement de l'équipe de France en ce mois d'octobre, Mathieu Valbuena et Karim Benzema auraient eu une discussion à propos de cette "sextape". Selon les enquêteurs, qui travaillent sur le dossier depuis maintenant cinq ans, le buteur du Real Madrid incite son coéquipier à payer la rançon. Entre en scène Karim Zenati, un ami d'enfance de Benzema et également mis en examen, qui aurait été chargé par les maîtres chanteurs de convaincre le numéro 10 des Bleus de discuter avec Valbuena. L'attaquant du Real se défendra dans un premier temps d'être simplement "intervenu amicalement auprès de Mathieu Valbuena, pour lui dire de ne pas se laisser faire."

• Novembre 2015 : Benzema placé en garde à vue

Benzema est placé en garde à vue le 4 novembre 2015 à Versailles. L'affaire prend alors une autre tournure alors que le joueur phare de l'équipe de France de Didier Deschamps fait face à la justice. Mis en examen pour "complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs", Benzema est placé sous contrôle judiciaire et ne peut pas entrer en contact avec Valbuena. Ce dernier répond aux premières sollicitations des médias et se dit dans Le Monde "déçu, plus que déçu" par son coéquipier en Bleu, ajoutant que "même à son pire ennemi, il ne ferait pas ça".

Quelques jours plus tard, Le Monde dévoile les propos de Karim Benzema qu'il a tenus devant le juge de Versailles début novembre : "Je pense que c'est un gros malentendu, tout ça. Au départ, je voulais le (Valbuena, ndlr) mettre au courant d'une histoire qu'il y avait sur lui et l'aider." L'implication de son ami d'enfance Karim Zenati lui coûtera finalement sa place en Bleu et plusieurs années de polémiques.

• Décembre 2015 : Noël Le Graët refuse de voir Benzema en Bleu

Le 10 décembre, c'est le président de la Fédération française de football (FFF) qui se positionne sur l'affaire. Noël Le Graët annonce que Benzema ne jouera plus sous le maillot des Bleus "jusqu'à ce que la situation évolue". Pour qu'il puisse revenir en équipe de France, il faudrait selon Le Graët "que la juge décide que le dossier est vide ou que Valbuena et lui redeviennent copains après que la juge ait décidé de les confronter". Finalement, Benzema ne reviendra jamais en équipe de France, et restera à 27 buts en 81 sélections. Son dernier match avec les Bleus remonte donc à une victoire contre l'Arménie le 8 octobre 2015, match durant lequel il avait inscrit un doublé et délivré une passe décisive.

• 2016 : contrôle judiciaire levé, mais l'Euro à la maison

En février, la juge d'instruction en charge de l'enquête décide de lever partiellement le contrôle judiciaire du buteur du Real Madrid alors qu'il reste toujours mis en examen. Karim Benzema peut à nouveau entrer en contact avec Mathieu Valbuena, et la question d'un retour en Bleu se pose. Finalement, la FFF et Didier Deschamps décident de ne pas convoquer la star du Real pour l'Euro 2016, qui se déroule en France. "La performance sportive est un critère important mais pas exclusif pour décider de la sélection au sein de l'équipe de France de football, écrit alors la FFF dans un communiqué. La capacité des joueurs à oeuvrer dans le sens de l'unité, au sein et autour du groupe, l'exemplarité et la préservation du groupe sont également prises en compte par l'ensemble des sélectionneurs de la Fédération".

Une décision qui fera plus tard dire à Benzema que Deschamps "a cédé sous la pression d'une partie raciste de la France." De son côté, Valbuena ne participera pas non plus à l'Euro 2016 après une saison en demi-teinte du côté de l'OL. Alors que Benzema reste mis en examen, la cour d'appel de Versailles, saisie par le parquet, valide le déroulé de l'enquête en décembre, alors que les avocats des joueurs contestent la loyauté de celle-ci.

• Juillet 2017 : une décision en faveur de Benzema

C'est l'une des rares victoires de Karim Benzema dans cette affaire : en juillet 2017, la Cour de cassation donne gain de cause aux avocats du joueur qui dénoncent l'implication d'un policier sous couverture dans l'affaire. Selon la défense de Benzema, cet officier surnommé "Lukas" aurait incité à plusieurs reprises les maîtres chanteurs à demander de l'argent à Valbuena contre la non-diffusion de la sextape. Pour les avocats de Benzema, "Lukas" se serait donc rendu coupable d'une provocation à l'infraction, qui rendrait déloyale l'enquête menée à l'encontre de Benzema et des cinq autres personnes mises en examen. Après avoir statué en ce mois de juillet 2017, la Cour de cassation désigne la cour d'appel de Paris pour statuer de nouveau.

• Novembre 2018 : la cour d'appel de Paris infirme la décision

Alors que Benzema et les cinq autres personnes pouvaient espérer voir leur mise en examen annulée, la cour d'appel de Paris infirme finalement la décision de la Cour de cassation le 8 novembre 2018. La cour juge conforme les agissements de "Lukas", l'officier de police sous couverture, et confirme alors la loyauté de l'enquête menée à l'encontre des maîtres chanteurs et de Karim Benzema. Pour le buteur du Real, cette décision est un véritable coup dur et son avocat annonce son souhait de se présenter devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français.

• Décembre 2019 : la Cour de cassation rejette le pourvoi de Benzema

Nouveau coup dur un an plus tard pour Benzema, quand la Cour de cassation décide de rejeter son pourvoi. En jugeant les méthodes de l'enquête loyales, contrairement à ce que défendent les avocats de l'attaquant du Real, la Cour de cassation ouvre à l'époque la voie à un procès pour Benzema et les cinq autres personnes mises en examen. Pour Benzema, aucune autre issue judiciaire n'est envisageable et sa mise en examen pour "complicité de tentative de chantage" peut désormais lui valoir un procès. Une demande faite par le parquet de Versailles ce jeudi, après que la juge d'instruction Anne Duval a étudié toutes les pièces du dossier depuis décembre dernier. Troisième magistrat à travailler sur cette affaire de la sextape, elle ouvre donc la voie à un procès. Qui pourrait venir entacher la fin de carrière exceptionnelle de Karim Benzema.