6 choses à savoir sur la Super Ligue européenne, le projet de la FIFA en gestation

Publié le , modifié le

Auteur·e : Denis Menetrier
Le PSG et le Bayern pourraient participer à un championnat fermé à l'échelle européenne
Le PSG et le Bayern pourraient participer à un championnat fermé à l'échelle européenne | MATTHEW CHILDS / POOL / AFP

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Il y a une semaine, le spectre d’une Super Ligue européenne réservée à l’élite des clubs du continent refaisait son apparition. Le groupe britannique Sky Sports annonçait en effet l’officialisation imminente de cette nouvelle compétition européenne. Bien différente des projets envisagés ces dernières saisons, cette Super Ligue européenne organisée par la FIFA pourrait créer de nombreuses polémiques si elle voyait le jour. Voici six informations sur les contours de cette nouvelle compétition qui pourrait débuter dès 2022.

La nouvelle saison de Ligue des champions se poursuit ce mardi soir avec plusieurs cadors du football européen en lice : le Bayern Munich, Manchester City, le Real Madrid ou encore Liverpool. Si ces clubs sont encore de la partie en C1, ils pourraient ne plus participer à la plus belle des compétitions européennes à moyen terme.

C’est en tout cas ce qu’a suggéré le groupe britannique Sky Sports, diffuseur de la Ligue des champions outre-Manche, en annonçant mardi dernier qu’une Super Ligue européenne pourrait rapidement voir le jour, sous l’égide de la FIFA. Une compétition à laquelle ne participerait qu’une poignée de clubs, qui générerait des revenus considérables, et qui viendrait directement concurrencer la Ligue des champions.

• Une élite de clubs composés d’effectifs distincts

Selon les informations réunies par le groupe britannique Sky Sports, 18 équipes - les meilleures du continent européen - pourraient participer à cette nouvelle Super Ligue, dont la création n’est pas encore confirmée. Chaque équipe affronterait les 17 autres deux fois par saison dans un championnat fermé à l’échelle européenne, avec la garantie de n'avoir que des matches de très haut niveau. Jusque-là, les ébauches de projet de ces dernières années évoquaient deux divisions de 20 équipes avec un système de promotion/relégation, qui semblerait avoir été abandonné. La compétition se terminerait sur des play-offs, à l’image du Final 8 de la dernière C1 à Lisbonne. Onze équipes fondatrices seraient assurées de participer pendant plusieurs saisons à la compétition, tandis que sept seraient invitées chaque saison.

Plus d’une douzaine de clubs - dont Liverpool et Manchester United, comme l’a révélé Sky Sports - provenant des cinq grands championnats européens (Allemagne, Angleterre, Espagne, Italie, France) seraient actuellement en négociations pour participer à la compétition. Cité parmi ces clubs, le Paris Saint-Germain n'a pas répondu à nos sollicitations afin de confirmer ces négociations actuelles. Chaque équipe continuerait de participer à son championnat domestique, malgré le calendrier chargé de la Super Ligue européenne. Ce qui impliquerait que les clubs de cette nouvelle compétition posséderaient deux effectifs distincts : un pour disputer son championnat national, et un autre pour la Super Ligue européenne.

• Florentino Pérez, fer de lance du projet

Parmi les dirigeants très impliqués dans ce projet de Super Ligue européenne, le président du Real Madrid Florentino Pérez semble en être la tête pensante. En décembre dernier, le New York Times évoquait déjà son influence dans l’éventuelle concrétisation de cette Super Ligue européenne : "Au cœur du projet de Pérez se trouve son désir de longue date de voir les plus grands clubs européens, comme le sien, être détachés de leurs ligues nationales pour former une compétition d’élite à l’échelle européenne, qui se déroulerait toute une saison".

Très proche de Gianni Infantino, le président de la FIFA, le dirigeant du Real Madrid négocie en coulisses depuis plusieurs années pour la création d’une telle compétition. Avant l’article du New York Times, les Football Leaks - la révélation, sur plusieurs années, de documents liés au monde du football - avaient dévoilé une première ébauche de projet transmise à Pérez. Si la Super Ligue européenne voit le jour, le président du Real n’y aura pas été étranger.

Florentino Pérez et Gianni Infantino
Florentino Pérez et Gianni Infantino © FRANCK FIFE / AFP

• Une Super Ligue européenne menée par la FIFA

Et si Pérez semble bien parti pour réaliser son projet, c’est parce que c’est la FIFA qui l’encadre. L’implication de l’instance mondiale du football, dirigée par Gianni Infantino, dans le football de clubs européens serait une nouveauté. Rien n’interdit à la FIFA de le faire, mais l’UEFA est généralement chargée de l’organisation des compétitions européennes. La création de la Super Ligue européenne représenterait un véritable pied de nez à l’instance présidée par Aleksandr Ceferin.

Le dirigeant slovène avait d’ailleurs réagi en décembre dernier à l’éventuelle création d’une Super Ligue : "Il s’agit d’un plan totalement insensé. Cela ruinerait le football dans le monde : pour les joueurs, pour les supporters et pour tous ceux impliqués autour du jeu, et tout ça pour le bénéfice d’un petit nombre de personnes. Il serait difficile d’imaginer un plan plus égoïste." Alors que l’UEFA planche depuis plusieurs saisons sur une réforme de la Ligue des champions, la Super Ligue viendrait directement concurrencer la C1. Après l’élargissement de la Coupe du monde des clubs - à partir de 2022, huit clubs européens y participeront - également organisée par la FIFA, la création de la Super Ligue accentuerait la rivalité entre la FIFA et l’UEFA.

• Des revenus colossaux

Il faut dire que la Super Ligue a de quoi convaincre les plus grands clubs européens. Car cette compétition pourrait s’avérer très (très) lucrative. Chaque saison, selon les estimations de Sky Sports, plus de 6 milliards de dollars (5,1 milliards d’euros) seraient redistribués aux 18 clubs qui y participeraient. Soit trois fois plus que la Ligue des champions, qui ne distribue "que" 2 milliards d’euros chaque année aux 32 équipes prenant part à la compétition.

Un argument non négligeable pour les cadors du football européen, qui pourraient attirer et négocier des contrats en or avec des sponsors en participant à cette Super Ligue qui ne proposera que des rencontres de très haut niveau et qui pourrait drainer un nombre incalculable de téléspectateurs. Selon Sky Sports, la première saison de la compétition pourrait être financée à hauteur des 6 milliards de dollars par JP Morgan, la plus grosse banque américaine, tandis que d’autres investisseurs pourraient se rapprocher du projet.

• Un projet dans les tuyaux depuis la fin des années 1990

Évoqué depuis plusieurs années maintenant, ce projet de Super Ligue pourrait finalement se concrétiser alors que de nombreux observateurs répètent à l’envi que ce dénouement est inéluctable dans un contexte de financiarisation toujours plus importante du football. Mais le processus, si la compétition débute réellement, aura mis plus de vingt ans à se matérialiser. La première évocation de cette Super Ligue européenne remonte en effet à 1998.

À l’époque, la société Media Partners envisageait de faire s’affronter 36 équipes européennes dans plusieurs poules, avec l’ambition de concurrencer la Ligue des champions et d’assurer pour plusieurs années une place aux équipes participantes. Soutenue par plusieurs dirigeants européens, l’idée n’avait pas abouti mais avait provoqué une réforme de la Ligue des champions, qui avait notamment permis aux grands championnats européens d’envoyer non pas deux équipes, mais trois voire quatre clubs en C1. 22 ans plus tard, la FIFA pourrait achever le travail.

• L’annonce fait déjà polémique

Face à ce projet qui pourrait totalement bouleverser le football tel qu’on le connaît actuellement, les réactions n’ont pas tardé à émerger. Javier Tebas, président de la Liga, a été l’un des premiers à réagir : "Ces projets souterrains semblent bons uniquement quand on les envisage à 5h du matin après une nuit passée au bar. Les auteurs de cette idée - s’ils existent vraiment, car il n’y a personne pour la défendre - font preuve non seulement d’une ignorance totale de l’organisation et des coutumes du football européen et mondial, mais aussi d’une grave méconnaissance des marchés des droits audiovisuels."

Luís Figo a lui dénoncé la "cupidité" de certains clubs qui "détruira le football tel que nous le connaissons". L’association anglaise des supporters de football n’est pas en reste, en déclarant que "les choses ne se passeront pas comme ça. Si vous êtes un propriétaire de club ou un financier, et que vous vous imaginez qu’une crise sanitaire mondiale est l’occasion idéale pour démanteler le football et le remodeler pour qu’il convienne aux milliardaires… vous n’avez pas idée à quel point les supporters détestent votre concept". Une chose est certaine : si cette Super Ligue se matérialisait, elle provoquerait d'importantes dissensions au sein du monde du football.