Jean-Marc Bosman
Jean-Marc Bosman défendant sa cause devant la presse il y a vingt-ans | .

20 ans après, l'arrêt Bosman a transformé le football

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Il y a 20 ans, Jean-Marc Bosman faisait plier l'UEFA devant la Cour européenne de justice, au nom de la libre-circulation des travailleurs, bouleversant à jamais la face du football et le système des transferts. Ce modeste joueur de D1 belge qui, en fin de contrat, souhaitait quitter Liège pour Dunkerque en France -ce que refusait son employeur--avait porté l'affaire en justice en 1990 pour pouvoir être libéré. L'homme allait obtenir gain de cause cinq ans plus tard sans toutefois pouvoir tirer bénéfice de son combat. Pourtant c'est bien en décembre 2015 que son nom allait entrer dans l'histoire du droit et du sport, sous le vocable "d'arrêt Bosman" qui a changé la réglementation en matière de contrats.

Estimant que les règlements de l'UEFA étaient contraires à la libre circulation des travailleurs dans les États membres, la Cour européenne de justice a en effet mis, le 15 décembre 1995, fin à deux normes des mutations de joueurs: au système des transferts payants des joueurs en fin de contrat et aux quotas de nationalité, qui limitaient jusque-là le nombre de joueurs étrangers par club. Conséquence: les clubs les plus riches ont pu s'appuyer sur cette manne pour s'attacher les services des meilleurs joueurs du monde, sans plus être limités par leur nationalité.

Un système pervers  

Jusqu'à cette décision, les footballeurs étaient tenus par les contrats... Et le nombre d'étrangers étaient limités. Bosman estimait que son combat visait à faire des footballeurs des "travailleurs libres et maîtres de leur destin". Certes, ils ont un peu progressé en autonomie, mais le système a-til pour autant progressé ? Que reste-t-il vraiment de l'arrêt de la Cour européenne de justice ? La conséquence la plus visible est le flux migratoire des joueurs, désormais impressionnant. En Belgique, par exemple, on est passé d'un tiers de joueurs étrangers en 1995 a largement plus de la moitié aujourd'hui. Ce flux a largement profité aux championnats puissants dont les revenus de  droits TV sont élevés: l'Angleterre, l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne. Ces championnats ont vite attiré les meilleurs joueurs au détriment des autres pays. C'est l'un des effets pervers d'un arrêt qui était censé accroître la concurrence mais a au contraire affaibli les nations modestes. Quand à la liberté dont jouissent les joueurs, elle est toute relative. Finalement ils sont peut-être un peu plus libres mais ils restent des marchandises que les agents monnayent au plus offrant. Car l'arrêt Bosman a surtout eu pour effet de créer un appel d'air en matière de transferts, et les marchés, via les agents, qui parfois "revendent" plusieurs fois le même joueur, sans contrainte juridique ni géographique, ne s'arrêtent jamais. 

Des joueurs plus libres ? 

Par ailleurs, très rapidement après l'arrêt, les clubs se sont adaptés et ont mis en place un nouveau système tacite: les clubs n'ont plus que très rarement laissé leurs joueurs parvenir en fin de contrat et on a assisté à la réintroduction de la notion de valeur marchande. Ainsi les refus pour les joueurs de prolonger leur contrat se sont accompagnés de mesures de rétorsion", comme le fait de les envoyer jouer avec les équipes B, ou de les dévaloriser. Détricoté par l'arrêt Bosman , le système des clubs tout puissants face aux "petits" joueurs s'est donc vite reconstitué dans un modèle parallèle. Et, si sur un plan salarial les principaux joueurs et les agents y ont gagné, il n'est pas certain que les compétitions, l'esprit de saine concurrence et donc le football n'yait pas perdu.

Christian Grégoire