Face aux annulations d'événements sportifs, les entreprises de paris tentent de survivre

Publié le , modifié le

Auteur·e : Loris Belin
La devanture d'un bureau de paris Paddy Power à Dublin
La devanture d'un bureau de paris Paddy Power à Dublin | PRESS ASSOCIATION IMAGES/MAXPPP

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Il n'y a pas que les sportifs et les spectateurs qui trinquent en pleine période de coronavirus. Les entreprises de paris, et notamment les bookmakers anglo-saxons, font grise mine avec les différentes annulations et autres reports des compétitions. Face à ce vide d'activité coûteux, ils rivalisent d'imagination pour limiter la casse, au point d'imaginer des perspectives peu réjouissantes pour la suite de l'année sportive.

Le Royaume-Uni, la terre d'Elisabeth II, du tea time et des bookies. Les fameux bookmakers d'outre-Manche font eux aussi grise mine pendant la crise du coronavirus. Si les mesures de confinement ont peut-être mis plus de temps à empêcher les gens de sortir dans les rues, elles n'ont ainsi pas empêché le public de déserter petit à petit les échoppes de ces entreprises de paris. Le Covid-19 est passé par là et a emporté avec lui une bonne partie du calendrier sportif. Sans compétition, pas de quoi miser et donc remplir les caisses de ces géants, ainsi que les poches des badauds, à l'occasion.

Le coronavirus plombe les paris 

Les suspensions de compétitions comme la Premier League ou la Ligue des champions privent ainsi les bookmakers de leur pain quotidien et ne leur laisse que des miettes. Outre des événements comme l'Euro de football, d'autres rendez-vous méconnus en France comme les courses hippiques le Grand National, déjà annulé, ou le Royal Ascot, fortement menacé, représentent des mannes colossales pour les parieurs et les entreprises derrière. Ces trois événements pourraient ainsi faire perdre 400 millions de livres (433 millions d'euros) rien que pour GVC Holdings, un des plus grands empires du "betting" au Royaume-Uni. Vendredi dernier, les lieux de pari - placés au même rang de dangerosité de propagation que les restaurants ou les bars - ont dû fermer leurs portes pour une durée indéterminée suite aux mesures prises par le gouvernement de Boris Johnson.

Les pertes pourraient atteindre 800 millions de livres (865 millions d'euros) selon le Times. En bourse, les grandes entreprises cotées sur les marchés ont perdu 2,16 milliards de livres rien que le 12 mars suite à une série d'annulation ou de suspensions d'événements sportifs (La Liga de football, la NBA, l'Open de tennis de Miami ou encore le Grand Prix d'Australie de Formule 1).

Des bookmakers durant la course hippique le Grand National en 2018
Des bookmakers durant la course hippique le Grand National en 2018 © PAUL ELLIS / AFP

Parier sur du "sport virtuel" ou… la météo

Alors, pour lutter face à la sinistrose et pour contenter les parieurs compulsifs, les bookmakers ont dû s'ajuster et trouver d'autres joutes sur lesquelles placer ses économies. Certaines compétitions traditionnellement moins attractives mais pas encore arrêtées sont devenues "the place to bet" comme les championnats de football du Brésil ou de Turquie (+1058% de paris sur le site américain de paris DraftKings !), les divisions inférieures de rugby. Bet Warrior va remplacer ses paris sur la NBA ou la Premier League en augmentant les jeux de casino sur son site. Les traditionnelles courses de lévrier délaissées avec les années par la nouvelle génération de parieurs - et dont les paris sont interdits en France depuis décembre 2019 - retrouvent un public avec pas moins de 160 courses organisées samedi dernier d'après The Guardian.

D'autres enjeux plus farfelus encore comme les tirages de bingo ou de loto en Irlande ont aussi vu leur nombre de paris s'envoler selon le site spécialisé EGR. Outre-Atlantique, le site Bovada (un habitué du genre) a, lui, lancé des enchères sur… la météo.

Le coronavirus pousse certains états américains à bouleverser leurs lois, l'Indiana décidant jeudi dernier d'autoriser les paris sur les championnats de football et de basket étrangers - la Chine pourrait reprendre le 15 avril prochain -, ou encore sur le tennis de table et le rugby, interdits jusqu'alors. En attendant leur reprise, la société William Hill a assuré au Washington Post n'avoir fait que 20% de son activité classique le week-end du 14 et 15 mars. Sa valeur en bourse sombre en conséquence : -73% en trois semaines, un gouffre.

L'esport devient alors plus bankable que jamais pour les parieurs, en particulier aux Etats-Unis. Les jeux comme League of Legends ou Counter Strike dont la scène compétitive attirait déjà les premiers audacieux en quête de gain ne cessent de voir leur attrait grimper. Des simulations de "sport virtuel" commencent à fleurir, voyant aux prises des clubs totalement fictifs et des joueurs tout aussi aléatoires, juste pour le plaisir de pouvoir parier.

Ne faites pas vos Jeux

Privés de lieux où accueillir clients et de quoi les appâter, d'autres sites vont même jusqu'à tenter de tirer profit ironiquement de la paralysie du monde du sport. Sans la March Madness, les finales régionales puis nationales du championnat de basket universitaire américains, ou encore le Masters de golf, les opérateurs proposent désormais de parier sur l'annulation des grands événements sportifs. Ces derniers jours, "la non-tenue de la cérémonie d'ouverture des JO à sa date prévue le 24 juillet" rapportait 1,33 fois sa mise aux parieurs sur le site irlandais Paddy Power, un des géants du secteur. Une annulation de Wimbledon cotait de son côté à 4. Ce cynisme face à la situation peut rapporter gros dans une période où toute l'économie est perturbée.

Cette nouvelle tendance n'a pas atteint l'Hexagone, où de tels cas ne peuvent permettre légalement la tenue d'un pari. Alors, à défaut de grives, on mange du championnat de Biélorussie de football, ou du rugby à XIII australien.

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