Espagne-Italie 2012 Fabregas
Cesc Fabregas, milieu replacé attaquant | GIUSEPPE CACACE / AFP

Une Espagne toujours d'attaque?

Publié le , modifié le

En arrachant le match nul (1-1) face à l'Italie, les Espagnols ont connu un coup d'arrêt après 14 victoires consécutives en compétition. Les champions d'Europe en 2008 et du monde deux ans plus tard ont rassuré sur leur état de forme face à des Azzuri inspirés tout en suscitant des interrogations sur les choix stratégiques de sélectionneur Vicente Del Bosque en attaque.

Le poste d'attaquant, c'est celui où Del Bosque a tenté un coup en titularisant Cesc Fabregas, milieu offensif, à la  pointe d'une attaque dépourvue de spécialistes du poste contre l'Italie alors qu'il a à sa disposition trois attaquants de métiers et de talents (Fernando Torres, Fernando Llorente et Alvaro Negredo). "Je pense que notre plan n'a pas mal fonctionné", jugeait pourtant Del  Bosque à l'issue du match, livrant deux raisons qui l'avaient incité à jouer  sans un avant-centre de métier, un schéma qu'il n'avait jamais utilisé au cours  des trois derniers matches amicaux de l'Espagne. "Nous avons choisi de commencer avec Fabregas parce que nous voulions une  certaine sécurité au milieu du terrain et pouvoir bien combiner face à un  adversaire qui nous a fait subir une grosse pression. Par ailleurs, Fabregas a ce profil un peu particulier qui est d'être un milieu avec un grand sens du but", a-t-il expliqué. Avec cinq milieux, l'Espagne a réussi, comme d'habitude, à contrôler le ballon sans être dangereux.

Fabregas un peu juste

Oui, Fabregas a bien marqué mais cela n'a servi qu'à  revenir au score contre une Italie qui avait ouvert la marque par le vétéran italien Antonio Di Natale (34 ans). Son but, né d'une belle combinaison avec David Silva (62e), qui aura lui  joué sur courant alternatif, donne une idée du potentiel offensif de ce joueur aussi à l'aise dans la création que dans la finition. Cependant, il ne pèse sur une défense centrale comme le ferait un attaquant de pointe. Il n'offre pas non plus de courses ou de point d'appui. D'ailleurs, l'absence d'actions véritablement dangereuses pour l'Espagne au cours  des 45 premières minutes oblige toutefois à soulever cette interrogation: la  solution du "faux neuf", comme l'appellent les Espagnols, est-elle  véritablement le remède indiqué pour compenser le forfait d'un David Villa? "Je crois que les deux options (celle du "faux neuf" avec  Fabregas et celle d'un véritable avant-centre) nous ont bien réussi. L'important est que l'Espagne gagne, peu importe comment, que ce soit avec un attaquant de pointe ou avec des milieux offensifs", a dit Torres, entré en jeu à la 73e. Mais l'Espagne n'a pas gagné.  

Torres guère plus convaincant

Dominateurs, les Espagnols ont manqué de tranchant. La meilleure solution à adopter en attaque dépend aussi du rendement des attaquants. Torres n'a certes pas marqué mais il a tout de même apporté un point de fixation intéressant et plus de solutions offensives au moment, il est vrai, où la défense italienne s'est essoufflée. L'avant-centre de Chelsea s'est cependant montré maladroit dans la finition,  ajustant notamment mal son lob sur Buffon à la 84e. Cette inconsistance chronique de Torres est de nature à prolonger la tactique du "9 menteur" ou à lever l'option Negredo. Une chose est sûre: l'absence de Villa, auteur de cinq buts lors des huit réalisations inscrites par l'Espagne  lors de son Mondial victorieux de 2010, va sans doute continuer à faire cogiter Del Bosque.

Un jeu trop lisible ?

Depuis qu'elle domine le football mondial, l'Espagne a imposé un jeu basé sur les passes, les redoublements et la possession. Tout le monde le sait. Elle dicte et gère le tempo des rencontres et n'a pas besoin de beaucoup marqué (8 buts en 7 rencontre lors du mondial) pour gagner. Face à l'Italie, le sélectionneur espagnol a mis les insuffisances de son équipe sur le compte de la pelouse, qu'il a jugée trop sèche. "Une pelouse aussi sèche ne rend pas un grand service au football et aux spectateurs. Si le terrain avait favorisé un jeu plus rapide, les deux équipes auraient mieux joué et le match aurait été meilleur", a-t-il remarqué. Il a oublié de précisiser que c'est surtout une équipe italienne regroupée en défense et opportuniste en contre qui a posé beaucoup de problème à son équipe. Le "catenaccio" (verrou en italien) des Azzurri a failli fonctionner.  En homme d'expérience, l'ancien sélectionneur du Real Madrid n'a toutefois aucune raison de paniquer, si l'on se souvient que la marche triomphale de 2010 avait commencé par un faux pas inattendu face à la Suisse (1-0). Cinq semaines, plus tard, l'Espagne était championne du monde.  (Avec AFP et Reuters)

Mathieu Baratas