Roumanie-Suisse : les copains d'abord
L'amour vache des supporters suisses pour leur équipe ! | AFP

Roumanie-Suisse : les copains d'abord

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Consternés par les incidents de Marseille, les supporters des deux sélections ont voulu montrer aux Parisiens que l'on pouvait soutenir son équipe, sans pour autant semer la terreur dans une ville. Alors, on a sympathisé ! À proximité de la Porte de Saint-Cloud, on s'est amusé entre fans des deux camps. Pour certains, les gestes de tolérance sont même devenus une obsession. Prise de conscience ou effet de mode éphémère ?

C'est la traite au moment de la trêve ! Devant la célèbre brasserie "Aux trois obus“ Porte de Saint-Cloud, Didier, supporter suisse venu de Lausanne, a enfilé son costume de vache. Une bonne vieille normande, au pelage brillant, noir et blanc. Non, nous ne sommes au Salon de l'Agriculture, mais bien aux abords du Parc des Princes, à deux heures du coup d'envoi de Roumanie-France. Florin, fan absolu des "Tricolorii", venu de Constanta sur les bords de la Mer Noire, saisit le pis et fait mine de tirer le bon lait helvète.

Tout ça finit par une explosion de rires, avec accolades et tapes amicales. "Ce qu'on a vu à la télé, après Angleterre-Russie à Marseille, nous a énervés, regrette Didier au doux accent vaudois. On va encore dire que le supporter de foot est un casseur, imbibé de bière et dangereux. Les amalgames sont vite faits... Nous, on est là pour faire la fête. Et que le meilleur gagne !"

Le PSG fait rêver

Pourtant, si la Suisse avait la bonne idée de confirmer son succès initial contre l'Albanie (1-0), Didier, les cornes frémissantes, en serait ravi. De son côté, Florin n'a qu'une obsession : se faire photographier devant l'arène parisienne, avec l'énorme écusson du PSG placardé sur la tribune Auteuil. "C'est bizarre, reconnaît-il, la défaite contre la France nous a donné confiance. Cette fois, on ne va pas laisser la Suisse l'emporter. Depuis Hagi, je n'avais pas vu notre équipe jouer aussi bien !"

À ses côtés, son fils Adrian, du haut de ses dix ans, en prend plein les yeux. Une maquilleuse des rues lui trace sur les joues de discrètes bandes rouge, jaune et bleu. Autour de lui, les supporters suisses prennent une multitude de selfies en sa compagnie. On fraternise à chaque coin de rue. Aucune tension. Certains plaisantent même avec les forces de l'ordre, forcément soulagés de travailler dans cette atmosphère.

Casser la voix !

Assoiffée, Cristina cherche une bouteille d'eau à acheter. Cette supportrice, arrivée la veille de Timisoara, est ravie de l'ambiance. "Ceux qui boivent de l'alcool n'aiment pas le sport, insiste-t-elle. Comment peut-on assister à un match sans avoir les idées claires ? Tous ceux que je connais, qui ont voyagé avec moi, ont envie de vivre ça intensément. Avec passion, mais respect !"

Forcément, quelques spectateurs vêtus du maillot jaune paraissent moins sobres que ce que la jolie blonde roumaine affirme. Mais, au moins, ils ne provoquent personne. Maintenant, tous convergent en direction de l'écrin parisien : les Suisses vers la tribune Boulogne, les Roumains plutôt vers Auteuil. Et si chacun a envie de casser quelque chose en cette fin d'après-midi, c'est bien sa voix et rien d'autre.

Nicolas Gettliffe