Espagne
L'Espagne tient à sa double couronne, conquise en 2008 puis 2012. | Franck Fife - AFP

Plateau royal en 2016

Publié le , modifié le

Du 10 juin au 10 juillet prochain, dans dix stades de l'Hexagone, se déroulera la 15e édition du Championnat d'Europe des Nations. Avec la fin des barrages ce mardi soir, on connaît désormais les 24 sélections qui participeront à cet événement, organisé pour la troisième fois dans notre pays (du jamais vu, après 1960 et 1984 !). Sept équipes font clairement parties des favorites, dont les Bleus de Didier Deschamps, alors qu'une douzaine d'équipes forme les outsiders. Quant à l'Albanie, la Hongrie, l'Irlande du Nord, l'Islande et le pays de Galles, ils partent de loin.

SEPT FAVORIS AU BANC D'ESSAI

- L'Allemagne doute-t-elle ?

Les champions du monde font évidemment peur. Impressionnante de maîtrise collective au Brésil en 2014, la Nationalmannschaft lorgne vers un quatrième sacre continental. Seulement, les éliminatoires n'ont pas été des plus rutilants, Les joueurs de Joachim Löw ont notamment craqué en Pologne (0-2) puis en Irlande (0-1). Même son succès étriqué à domicile contre la Géorgie (2-1) n'a guère rassuré les supporters. Avec des attaquants vieillissants (Gomez, Podolski, Klose) et des jeunes pas encore prêts à prendre le relais, l'Allemagne est au carrefour des générations. Le sélectionneur tâtonne et les blessures de quelques-uns de ses tauliers ne l'ont pas aidé (Reus, Götze...). Malgré tout, avec des colosses tels Manuel Neuer, Mats Hummels, Toni Kroos, Thomas Müller, Bastian Schweinsteiger, Mesut Özil ou Sami Khedira, cette Allemagne a tout encore de l'épouvantail habituel.

- L'Angleterre digère le plat, moins bien le dessert

Impeccable durant les éliminatoires (10 matches, 10 victoires), la sélection aux Trois Lions devrait logiquement faire partie des grands prétendants suprêmes. Pour autant, les Anglais, vierges de tout titre dans cette épreuve, ont toujours flanché en phases finales. Avec seulement deux demi-finales à leur actif (en 1968 et en 1996), les héritiers de David Beckham peinent à imposer leur style sur le continent. Les joueurs de Roy Hodgson ont aussi un mal fou à dégager un onze type. Même le "vétéran" Wayne Rooney (plus de 100 capes) a parfois des difficultés à se situer dans ce groupe protéiforme. Outre-Manche, certains conservateurs regrettent que la Premier League soit autant ouverte aux joueurs étrangers, empêchant l'épanouissement des jeunes pousses locales. Conséquence, selon eux, d'un déficit compétitif de la sélection. Pourtant, des boys comme Walcott, Sturridge, Wilshere, Welbeck, Kane, Sterling... ont du potentiel. Ils attendent juste le déclic.

- La Belgique ne peut plus se cacher

[scald=21401:sdl_editor_representation]

Premiers au classement FIFA, les Diables Rouges ont un coup à jouer en France. Longtemps outsiders, les joueurs de Marc Wilmots disposent d'un effectif riche en talents purs. Outre Eden Hazard, la sélection du Plat pays est au sommet de son art. De Thibaut Courtois dans son but à Romelu Lukaku devant, la Belgique propose un style ambitieux et, parfois, spectaculaire. Solide derrière, brillant devant. Kevin De Bruyne, Dries Mertens, Radja Nainggolan, Axel Witsel, Marouane Fellaini ou Yannick Carrasco font le bonheur de leur club respectif. Alors, quand ils se retrouvent en sélection, ça déménage ! Longtemps sevrée de phases finales, cette Belgique a en plus acquis de l'expérience en participant à la dernière Coupe du monde (un quart de finale perdu contre l'Argentine de Messi, 0-1). Reste à savoir si les coéquipiers de Vincent Kompany sauront gérer au mieux la pression de leur nouveau statut.

- L'Espagne rêve de triplé

Victorieuse des deux derniers Euro (2008 puis 2012), la Roja apparaît logiquement dans cette cour des grands. Et, malgré son accident de parcours au Brésil (élimination au premier tour), comment pourrait-il en être autrement ? Le cerveau Xavi n'est plus là dans l'entrejeu, mais le Catalan a fait des "petits". Grâce à ses conquêtes récentes dans les catégories jeunes, le football espagnol regorge de formidables tripoteurs de "pelota". Morata, Juanmi, Isco, Koke, Alcantara, Gaspar... ne sont pas tous connus du grand public. Mais ils pourraient éclater au grand jour sur les pelouses hexagonales. Avec un meneur d'hommes comme Vicente Del Bosque, âme de cette Espagne, la "Seleccion" vise une quatrième couronne. Seul bémol : l'intégration dans le groupe d'un Diego Costa dont l'apport en attaque ne convainc personne. Surtout que son comportement sulfureux est en décalage complet avec le style d'une Roja brillante.

- La France comme chez elle

Lors des trois derniers grands événements qu'elle a organisés (Euro 1984, Coupe du monde 1998, Coupe des Confédérations 2003), la France l'a systématiquement emporté. La prime au domicile marche à 100% avec les Bleus ! Comparaison n'est pas raison, mais force est de constater que de recevoir à la maison sied parfaitement à notre sélection. Avec un groupe stable depuis l'épopée au Brésil, au sein duquel sont venues se greffer quelques pépites (Martial, Ntep, Coman, sans parler des retours de Diarra et Ben Arfa), Didier Deschamps mise sur un effectif dont l'expérience va crescendo. La prise de volume de joueurs aussi précieux que Raphaël Varane, Paul Pogba, Blaise Matuidi ou encore Antoine Griezmann est un plus indéniable. Reste à gérer désormais l'affaire Benzema-Valbuena, dont le sélectionneur se serait bien passé. Mais d'ici au mois de juin, le dossier devrait être bouclé. Ce serait préférable pour ne pas brouiller l'image d'une équipe de France de nouveau redoutée.

- L'Italie sans en rajouter

La Squadra azzurra avance-t-elle masquée ? Dans un groupe éliminatoire à sa main (Croatie, Norvège, Bulgarie, Azerbaïdjan, Malte), l'Italie d'Antonio Conte n'a guère fait de vagues. Humbles comme jamais, les joueurs de la Nazionale n'ont pourtant concédé aucune défaite durant leur parcours. Il faut dire que leur dernière sortie dans un grand tournoi, avec cette catastrophique élimination au premier tour au Brésil, a calmé les ardeurs des plus optimistes. Pourtant, les partenaires du monument Gigi Buffon (38 ans à l'Euro) ont des arguments pour séduire. Avec une assise défensive retrouvée, les Azzurri ont injecté dans le groupe quelques joyaux, tels Simone Zaza, Nicola Sansone, Graziano Pelle, Ciro Immobile, Alessandro Florenzi, sans oublier Marco Verratti. Du sang neuf qui a redonné des forces vives à cette Italie qui, faut-il le rappeler, fut tout de même finaliste du dernier Euro en 2012. En toute modestie, la Squadra cache son jeu. Gare : elle peut réaliser un coup génial l'été prochain à "Parigi" !

- Le Portugal sur courant alternatif

Evacuons d'emblée le sujet : Cristiano Ronaldo sera l'une des stars les plus suivies durant cet Euro hexagonal. De Marcoussis, où s'entraînera la "Selecçao", à Marseille ou Lille, CR7 fera vibrer les foules. Malgré tout, la virtuosité du groupe dirigé par Fernando Santos ne se  limite aux seules fulgurances du Madrilène. On le sait, le Portugal est un amoureux du jeu à une touche de balle, de la technique aiguisée et des arabesques dans les espaces. A l'image de Joao Moutinho, l'effectif dispose de joueurs adeptes du jeu dans les intervalles, de décalages aveugles et de passes somptueuses. Quaresma, Nani et aujourd'hui le Monégasque Bernardo Silva exploitent au mieux les offrandes de leurs milieux stratèges. Toujours placé, jamais gagnant, le Portugal est beaucoup moins impressionnant en défense. C'est le hic de cette formation lusitanienne. Pepe, Fabio Coentrao, André Almeida et Rui Patricio tenteront de corriger le tir.

DOUZE OUTSIDERS SANS COMPLEXE

[scald=21403:sdl_editor_representation]

Avec sa densité, certainement plus prononcée que pour un Mondial, l'Euro fait rarement la part belle aux outsiders. Pourtant, pour la prochaine édition en France, avec l'élargissement de seize à vingt-quatre équipes, des surprises ne sont pas à exclure. Outre les "poids lourds" que forment la Russie, la Turquie et la République tchèque, qui, récemment, ont su bousculer la hiérarchie, d'autres présentent un attrait non négligeable. On pense notamment à la Pologne de Robert Lewandowski, à l'Autriche de David Abala, à la Suisse de Granit Xhaka ou à la Suède d'un certain Zlatan Ibrahimovic. Cinq autres sélections ne seront pas à prendre à la légère, même si elle ne présente pas le profil de vainqueur en puissance. La Croatie d'Ante Cacic n'aura vraiment rien à perdre et se souviendra forcément que tout avait commencé pour elle en 1998, sur ce même sol français (troisième du Mondial).

Moins en vue sur la dernière décennie, la Roumanie veut retrouver son rôle de poil à gratter et compte notamment sur des attaquants tranchants comme Bogdan Stancu. Autre nation qui ne paie pas de mine sur le papier : la Slovaquie de Marek Hamsik. Juste pour rappel : ça ne l'avait pas empêcher d'éliminer l'Italie lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Restent les deux barragistes miraculés, l'Eire et l'Ukraine, longtemps bloquées à ce niveau par le passé et qui ont enfin connu un dénouement heureux (aux dépens respectivement de la Bosnie et de la Slovénie). Loin d'être de simples faire-valoir, les Irlandais vont retrouver la France non sans une certaine émotion. Avec l'envie de prendre une revanche sur le sort (remember la main de Thierry Henry en 2009). Idem pour des Ukrainiens privés de Mondial 2014 un soir de novembre au Stade de France.

CINQ SANS-GRADE MAIS PAS SANS ÂME

Quatre novices (Albanie, Galles, Irlande du Nord, Islande) et un revenant (Hongrie) complètent le tableau.

Nicolas Gettliffe